Sécheresse : pas de plan de délestage de l'eau en Wallonie

CQFD, ce qui fait débat, en mode grand entretien : 25 minutes avec un invité pour vous aider à mieux comprendre l'actualité. Le mois de mai 2020 a été très sec chez nous. Les cultures en souffrent déjà. Alors, aura-t-on assez d'eau cet été? Après le coronavirus, ira-t-on vers un green-deal wallon? La ministre wallonne de l'Environnement, Céline Tellier, est notre invitée ce jeudi.

2020 : le mois de mai le plus chaud ...

… depuis 1833!! Il n'est tombé à Uccle que 5,4 mm de précipitations sur l'ensemble du mois de mai 2020, contre 66,5 mm habituellement. Ces 5,4 mm sont tombés en 6 jours seulement, contre 16,2 jours en moyenne. Une autre donnée intéressante concerne cette fois le soleil. C'est ce qu'on appelle la durée totale d'insolation. Elle a atteint à Uccle en ce mois de mai, jusqu'à 301 heures. Contre 191 heures en moyenne. Des cumuls plus élevés que celui-ci n'avaient été observés qu'en 1989 et 1990. Enfin, la température la plus élevée du mois de mai a été mesurée en Belgique le 21. C'était à Lichtervelde en province de Flandre Occidentale, où le mercure est monté jusqu’à 29,9°C.

Toutes ces données viennent de l'Institut Royal de Météorologie. L'IRM qui relève aussi que les quantités régionales moyennes de précipitations de ce mois de mai ont partout été largement inférieures aux valeurs normales. Elles ont varié entre environ 5% de la normale dans le Tournaisis et environ 55% de la normale en Lorraine belge.

Selon l'Organisation météorologique mondiale, l'été 2020 pourrait être aussi caniculaire que l'été 2019. Avec 3 vagues de chaleur annoncées en Belgique.

Tombe, tombe, tombe la pluie

La pluie revient (enfin!) en ce début du mois de juin. "Et je m'en réjouis", s'exclame Céline Tellier. "Malheureusement, il est fort probable qu'elle ne soit pas suffisante pour rattraper cette sécheresse, qui est une sécheresse à répétition. C'est la quatrième année consécutive que nous avons ces sécheresses-là", ajoute la ministre wallonne de l'Environnement.

Petit à petit, je pense qu'il faut se rendre compte que ces crises à répétition vont devenir malheureusement la nouvelle normalité.

Pourrait-on dès lors imaginer qu'à l'avenir nos régions soient baignées d'un climat comme on a davantage l'habitude d'en voir, par exemple, dans le centre de la France? "Ce qui est certain c'est qu'on commence à voir les effets des dérèglements climatiques. Ce qui va consister à la fois en des phénomènes intenses plus réguliers, notamment ces sécheresses, avec ou sans canicules", nous explique la Ministre. "Mais c'est également des phénomènes de gel qui vont être moins importants, moins réguliers. Or, on sait que ces phénomènes de gel ont vraiment des fonctions importantes, notamment dans la forêt, pour supprimer les ravageurs de nos arbres."

Et Céline Tellier ne s'y trompe pas! Car l'Observatoire Wallon de la Santé des Forêts tire lui aussi la sonnette d'alarme, dans sa dernière lettre d'information. Les forets wallonnes viennent de subir 3 années consécutives de sécheresse. Les arbres qu'on trouve en forêt -principalement les hêtres, les chênes et les épicéas,- y sont très sensibles et sont dès lors moins résistants à des attaques de ravageurs ou de maladies déjà identifiées. Prenons l'exemple de l'épicéa. En 2018, 500 000 mètres cubes d'épicéas ont été scolytés. Donc attaqués par ces petits insectes coléoptères, les scolytes. En 2019, c'était un million de mètres cubes. D'après l'Observatoire, ces chiffres risquent d'être dépassés en 2020

C'est pourquoi il faut sortir d'une approche en gestion de crise pour avoir une approche plus structurelle de gestion de ces soucis.

Va-t-on manquer d'eau cet été en Wallonie?

La question se pose en Wallonie car la Flandre, elle, se questionne quant à son approvisionnement en eau pour les prochains mois. Le Nord du pays pense même à délester ses réserves. D’ici à l’été, les autorités flamandes souhaitent pour cela disposer d’un plan qui indiquera qui, en cas de grosse sécheresse, obtient une priorité pour l’utilisation ou la consommation d’eau. A l'inverse, certains seraient alors limités. C’est ce qu’indique ce jeudi le quotidien De Standaard. Mais la Ministre se veut rassurante. "La situation est assez différente entre la Flandre et la Wallonie", remarque Céline Tellier.

La Wallonie dispose de nappes souterraines plus importantes. Alors qu'en Flandre on est très vite dans de l'eau salée lorsque l'on est en souterrain.

Et la Ministre Wallonne de l'Environnement d'ajouter : "C'est pourquoi la Flandre, pour sa distribution d'eau potable, doit se baser sur des eaux de surface (barrages, cours d'eau, etc.). Du coup, la Flandre est dans une situation plus critique étant donné qu'elle ne peut pas bénéficier comme nous de l'hiver pluvieux qui a rechargé les nappes souterraines en Wallonie." A noter que la Wallonie exporte une partie de son eau en Flandre. Les situations ne sont donc pas totalement isolées l'une de l'autre. "Et cela n'empêche donc pas qu'il faille être prudent sur la façon dont nous consommons l'eau", rappelle Céline Tellier. "Certaines communes, comme Rochefort ou Gouvy, ont d'ores et déjà des mesures pour limiter la consommation d'eau aux usages essentiels. Et par ailleurs, nous prenons également des mesures pour faire en sorte que ces distributions d'eau se réalisent pour l'ensemble du territoire en Wallonie." Le Centre Régional de crise se réunit à présent tous les 15 jours, nous explique la Ministre, pour faire le point sur la situation. Si nécessaire, des mesures comparables à la Flandre pourraient être prises.

La situation régionale n'est pas encore problématique pour la distribution de l'eau.

 

Pour l'heure, aucun plan de délestage de l'eau n'est à l'étude côté wallon, comme c'est le cas en Flandre. La Ministre wallonne de l'Environnement n'a eu de cesse de nous le rappeler : "A ce stade-ci, nous ne sommes pas dans la même situation."

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat ci-dessous.

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