Sécheresse : "Les agriculteurs sont inquiets pour leurs cultures"

Sécheresse : "Les agriculteurs sont inquiets pour leurs cultures"
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Sécheresse : "Les agriculteurs sont inquiets pour leurs cultures" - © PATRICK HERTZOG - AFP

Dans le jargon, on appelle cela un "stress hydrique", un manque d'eau. Des périodes durant lesquelles la demande en eau dépasse la quantité disponible. Nous n'y sommes pas (encore), mais la météo de ces dernières semaines interroge. Depuis le milieu du mois de mars (tout le monde l'a remarqué depuis le début du confinement...), il fait bon. Très bon. Un mois d'avril exceptionnellement ensoleillé – le deuxième mois le plus ensoleillé depuis le début des mesures à Uccle ! Un mois de mai qui s'annonce suivre la même tendance. Une inquiétude : comment vont évoluer les cultures agricoles ? Les agriculteurs sont inquiets. Et les prévisions ne sont pas bonnes.

Au SPW (Service Public de Wallonie), on prévient d’emblée : pour son porte-parole, Nicolas Yernaux, la situation wallonne est satisfaisante "même si la vigilance s’impose". Les précipitations abondantes de l’hiver dernier ont rechargé les nappes phréatiques, le niveau est donc bon. "Mais il faut être particulièrement prudent pour les semaines à venir", précise-t-il. Des données confirmées et précisées par l’IRM (Institut Royal de Météorologie). Pour le climatologue Pascal Mormal, "on a pu limiter les dégâts grâce à ce qui est tombé entre février et la mi-mars".

Mais voilà, depuis le 15 mars, les pluies sont devenues très, très, rares. Exemple : pour la station de référence d’Uccle, on a relevé seulement 19 litres d’eau/m², là où la normale est de 51 litres/m². Pour le mois de mai, duquel nous sommes seulement à la moitié, on compte seulement 5 litres/m² alors que l’entièreté du mois en compte normalement près de 66 !

"Cela devient un petit peu préoccupant, surtout quand on regarde les prévisions qui n’annoncent pas nécessairement de pluies importantes ces prochains jours ni même ces prochaines semaines. En tout cas si on regarde les échéances à dix jours, on ne voit pas un retour de la pluie en quantité importante, donc il y a une sécheresse qui a tendance à s’installer", alerte Pascal Mormal.

Sécheresse dans les champs

Une sécheresse bien visible déjà dans certaines cultures. Pour Isabelle Jaumotte, directrice du service d’études de FWA (Fédération Wallonne de l’Agriculture), l’impact se fait ressentir "surtout au niveau du nord de la Meuse, où l’on a parfois des levées de semis hétérogènes, c’est-à-dire qu’au lieu d’avoir un champs qui a levé de manière uniforme et où l’on distingue les plantules commencer à sortir de terre, il y a des champs qui présentent des plaques, des zones dans lesquelles les semis n’ont pas levé où la terre reste nue".

Bien sûr, ces conséquences se font ressentir de manière différente en fonction des cultures. Pour les semis plantés fin mars, comme la betterave ou la chicorée, cela a un impact sur leur levée. "Mais pour l’escourgeon par exemple, qui est planté en automne, cette sécheresse a un impact sur le remplissage des grains et donc potentiellement sur les rendements", analyse Mme Jaumotte. "On est à un stade où l’épis doit se former, l’eau est donc importante et s’il en manque, ç’aura inévitablement un impact sur les grains."

Et le blé ? L’eau a permis de faire de nouvelles feuilles, mais il va falloir voir comment évolue la situation. "Mais concernant le lin, c’est même plus inquiétant car cela pourrait occasionner la mort des plantules", selon l’experte de la FWA.

Une séquence sèche "depuis plusieurs années "

Cette sécheresse, si elle se confirme, n’est pas exceptionnelle. Si l’on regarde sur le temps long, "on connaît des déficits considérables depuis 2017", note Pascal Mormal de l’IRM : "Déjà en 2017, on avait un déficit de 100 litres d’eau/m² sur le total de l’année. Au lieu d’avoir 850 litres, on était autour de 750, et en 2018, c’était encore plus grave, on avait 200 litres de déficit par rapport à la normal ! Et même 2019, qui était une année légèrement plus arrosée, est restée en-dessous de la moyenne." Mais cette année, on l’a dit, la situation en hiver a permis de limiter la casse car l’hiver 2019-2020 a été relativement proche de la normale, "mais sans excès". Des bonnes pluies qui n’ont donc pas permis de récupérer tout le retard accumulé depuis 2016.

Surtout, note-t-on à la Fédération Wallonne de l’Agriculture, les nappes phréatiques se sont remplies grâce à l’hiver humide, certes, mais "le problème c’est que l’eau n’est plus en surface, dans la couche arable, celle qui permet d’amener l’eau aux plantes. Alors, avoir des recharges en eau, c’est intéressant pour pouvoir irriguer, mais on ne va pas pouvoir, demain, irriguer toutes les cultures. Habituellement, on irrigue plus les cultures de légumes. On ne peut pas commencer à irriguer les céréales. Pour cela, il faut s’équiper et les agriculteurs ne le sont pas du tout", relève Mme Jaumotte.

Alors comment les agriculteurs vont-ils pouvoir supporter le choc, si nouvelle sécheresse il y a cette année ? La FWA demande d’ores et déjà un fonds d’indemnisation pour reconnaître cette situation comme "calamité agricole".

Archives : Journal télévisé du 17/09/2019