Sécheresse de ces derniers mois : quels seront les impacts sur les récoltes de cette année ?

Ce dimanche 21 juin marque (presque) l’arrivée de l’été et de son climat a priori plus favorable grâce à un ensoleillement plus important. C’est aussi le début d’une période importante pour les agriculteurs qui vont commencer d’ici quelques jours les premières moissons. Des moissons qui se feront parfois avec une inquiétude importante dans la tête de certains : la sécheresse de ces derniers mois aura-t-elle lourdement impacté leurs cultures ?

Les derniers mois ont été particulièrement secs en Belgique. Le mois de mai 2020, par exemple, a été le deuxième mois de mai le plus sec depuis le début des observations météorologiques en 1833.

Le niveau des nappes phréatiques est globalement très bas en Flandre, et si la Wallonie est un peu mieux lotie, des appels ont été émis dans certaines provinces comme Liège ou le Brabant Wallon pour inviter les consommateurs à économiser l’eau.

Jardiniers expérimentés ou amateurs sont globalement très déçus de leurs potagers cette année avec une croissance des légumes fortement ralentie par le manque d’eau. Et malgré des pluies intenses cette semaine, ces précipitations ne sont qu’un "sursis" pour des sols qui ont été rudoyés par la sécheresse de ces derniers mois.

Cette situation s’inscrit dans une tendance lourde de ces dernières années, avec des périodes de sécheresse plus longues entrecoupées de précipitations très intenses lors desquelles seule une petite quantité d’eau peut réellement être absorbée par le sol.

Mais quel impact cette sécheresse pourra-t-elle avoir sur la production agricole ? S’il est encore trop tôt pour le dire avec précision, le manque de précipitations de ces derniers mois aura un effet relativement important sur certaines récoltes, en fonction de différents paramètres comme la météo à venir, le type de culture et le type de sol dans lesquels elles sont cultivées.

Les champs de chicorée, betteraves et maïs font grise mine

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Champ de chicorée à Bousval. © Nicolas Manneback

Dans cette exploitation agricole familiale de Bousval, commune rurale du Brabant Wallon, les pluies abondantes de cette semaine ont reverdi les prairies. Un soulagement après de longues semaines quasiment sans aucune pluie.

Mais autour de la ferme de Marie et Nicolas, le manque de pluie de ces derniers mois est visible sur certaines parcelles. Les champs de chicorée, de betteraves et de maïs font grise mine. Si l’hiver a été relativement humide et a permis de recharger les nappes phréatiques, l’absence de gel n’a pas été bénéfique pour la structure du sol ce qui a accentué ce problème de manque d’eau.

Cultures courtes et de printemps impactées

Ce manque d’eau est d’ailleurs flagrant dans leurs cultures de chicorée ou de betteraves mais aussi de maïs, cette variété tropicale exigeante en eau. Et cela devrait se ressentir sur les récoltes. Dans cette exploitation, le technicien agronome Constantin Wanzoul estime, par exemple, qu’il y aura un impact important de la sécheresse sur la chicorée : de l’ordre de 30 à 40%

"Il est difficile de dire ce qu’il en sera pour le maïs. Un été normal avec un peu de pluie pourrait limiter les dégâts. Mais dans certaines exploitations le maïs n’a pas bien levé et il y aura des chutes de rendements, c’est certain. La situation est cependant hétérogène d’une exploitation à l’autre avec des pertes de rendements pouvant aller jusqu’à 50%", explique Constantin Wanzoul.

Globalement, pour ces cultures "de printemps", la production devrait être "moyenne à mauvaise".

Pire encore pour les cultures à végétations courtes comme les pois et le lin. L’impact de la sécheresse sur le rendement est très fort. C’est le cas pour le lin, notamment : "Le lin a souffert énormément. À un point tel qu’à certains endroits on se demande si ça vaut la peine de le récolter", déplore le technicien agronome.

Celui qui est aussi professeur pour certaines IFAPME estime globalement que pour ce type de culture à végétations courtes, les rendements de ces cultures seront "très mauvais".

Les céréales, la grande inconnue

À coté des champs de maïs de Marie et Nicolas, il y a aussi les champs de céréales. Dans leur ferme, on cultive essentiellement de l’orge et du froment. Si les céréales souffrent aussi du manque d’eau de ces derniers mois, il est encore trop tôt pour savoir à quel point cette sécheresse impactera les récoltes.

Au printemps, les céréales développent d’abord leurs tiges. Ce n’est qu’ensuite que le grain se remplit et il est très compliqué d’évaluer la qualité de ce grain avant de l’avoir récolté. Les agriculteurs pourraient cependant avoir de bonnes surprises. "L’année passée il a fait très sec, mais on a fait une super récolte", indique Nicolas.

Mais cela dépendra de la météo : "La crainte c’est que nous ayons une fin de mois de juillet très pluvieuse, au moment de la moisson du froment", ajoute l’agriculteur. Car l’humidité élevée présente au moment de la moisson affecte la qualité des grains récoltés.

Un été favorable fera des heureux

Pour Constantin Wanzoul, la situation dépend d’un terrain à l’autre. "A priori la situation est difficile dans les zones sableuses avec des dégâts déjà importants. En raison du manque d’eau, l’épi est plus faible. Dans les terres légères, l’impact sur le rendement pourrait être important. Dans les terres plus profondes et mieux irriguées il y aura peut-être peu d’impact, je suis assez optimiste".

Plusieurs indicateurs sont donc au rouge mais la situation est très variable d’une exploitation à l’autre. Un été chaud, ponctué d’averses modérées et régulières, pourrait redonner le sourire à certains.

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