"Se priver du toucher, c'est se priver d'un essentiel" , Gabriel Ringlet revient sur une année 'Covid' qui a connu aussi des moments de joie

"On doit prendre soin de son âme, que l’on soit croyant ou pas, les croyants ne sont pas plus touchés que les autres par cette crise du Covid". Gabriel Ringlet, prêtre et écrivain, était l’invité de Pascal Claude dans Matin Première ce jeudi matin, et c’est ainsi qu’il se positionnait face au rejet par le Conseil d’Etat de la requête de prêtres catholiques afin de pouvoir célébrer la messe de Noël en accueillant du monde.

"J'aurais souhaité l’ouverture des églises, mais en parallèle celle des théâtres et des cinémas aussi, reprend-il, les églises n’ont pas à réclamer un statut privilégié de l’âme. Aller au cinéma c’est aussi nourrir son âme. Donc pour moi  la religion et la culture devant ce problème du Covid  doivent vraiment mener le même combat".

La distanciation, la privation du toucher, les gestes barrière sont-ils particulièrement difficiles à vivre pour les chrétiens ?

Se permettre de temps en temps des exceptions

"Se passer du toucher est quelque chose que je trouve très très dur. Je l’ai dit, on devrait de temps en temps se permettre des exceptions malgré les règles sanitaires, que je respecte tout à fait. Mais j’ai vécu, je vis actuellement, l’accompagnement de personnes en soins palliatifs, dans des hôpitaux ou des maisons de repos. Si vous saviez comme le passage d’une coiffeuse, ou d’une esthéticienne, parfois seulement quelques heures avant de mourir met ces personnes en joie ! Je trouve qu’il y a des touchers que même par temps de Covid, on devrait pouvoir se permettre,  car on peut mesurer à quel point en être privé touche à l’essentiel".


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Le prêtre du prieuré de Malèves-Sainte-Marie, dont la messe de Noël attire chaque année beaucoup de monde vivra cette année une célébration particulière. Elle sera filmée, depuis la Ferme du Biéreau à Louvain-la-Neuve et visible sur le site du Prieuré (www.leprieure.be).

"Nous l’avons préparée avec plus de soin que d’ordinaire : je serai entouré d’artistes, la formidable  conteuse Chantal Dejardin, les accordéonistes Didier Laloy et Tuur Florizoone, le choeur des Muses and  friends, car nous allons interpréter aussi bien du Léo Ferré que du Julos Beaucarne ou du Fred Pellerin. Et ce qui me plaît beaucoup c’est que nos artistes et musiciens vont proposer une manière très neuve d’aborder les chants de Noël dans des rythmes d’aujourd’hui".

Retenus pour cette célébration, trois mots : le rien, la joie et le souffle.

Pour moi Noël est une fête très sobre

Le rien, qui pour Gabriel Ringlet symbolise vraiment Noël : "pour moi c’est une fête très sobre, qui accueille un enfant qui vient d’une famille ordinaire. Il n’est pas de naissance royale, de naissance sacerdotale". Et Gabriel Ringlet évoque Jean-Paul Sartre, qui selon lui a le mieux exprimé ce rien de Noël : "alors qu’il  dans un camp de concentration en Allemagne, des jeunes séminaristes lui demandent un texte pour la célébration de Noël, et il crée ce texte extraordinaire où il fait dire à Marie penchée sur son enfant : il est Dieu et il me ressemble. Je trouve ça extraordinaire de la part d’un écrivain comme Sartre. C’est cela Noël, un Dieu de rien du tout qui me ressemble mais qui pourtant me donne souffle. Un Dieu qui partage mon sort dans l’incertitude".

La joie est au cœur de Noël également pour le prêtre ; très différente du bonheur, qui est "quelque chose de trop fermé". Même dans la souffrance, une petite goutte de joie peut atteindre chacun.

Une année particulière, mais avec des moments de joie

Durant cette année si particulière, Gabriel Ringlet a connu des "moments de joie, curieusement" relève-t-il. "Dans des homes, dans des hôpitaux, et où, malgré l’extrême fatigue, malgré l’épuisement parfois et l’absence de la famille, à travers quelques gestes tout simples, quelques pétales de fleurs, quelques photos, un parfum, une onction parfumée, on voyait soudain la joie sur un visage dont on pensait qu’il ne serait plus éclairé par cette joie-là. Donc, oui, même à travers le Covid, cette joie, je l’ai vécue à plusieurs reprises et ça montre à quel point — et je ne m’y attendais pas à ce point-là — le rite est fondamental. Encore une fois, qu’on soit croyant ou non, le rite est quelque chose d’anthropologique tout à fait essentiel et qui peut nous donner ce brin de joie, justement".

Décès solitaires, funérailles en très petit comité, les rites ont été absents durant cette année.   "Nous allons devoir célébrer ce qui n’a pas pu l’être en direct, si j’ose dire, ou bien au moment où ça était voulu. Nous aurons besoin de célébrations de mémoire dans tous les sens du terme et de recréer du lien symboliquement par ce chemin-là, parce que le fait d’avoir dû laisser partir quelqu’un sans l’accompagnement affectif et rituel habituel, j’ai senti que c’était très, très dur et qu’il y avait là à s’exprimer, même si c’est plusieurs mois, voire une année après. C’est indispensable."

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