Se motiver à étudier en regardant d'autres étudiants le faire via Youtube, bienvenue dans le monde de "Study with me"

Tous les jours ou presque surtout en période de révision comme maintenant, Constance, 17 ans se branche sur Youtube pour y rechercher une vidéo "Study with me". Elle choisit la vidéo en fonction de la durée plus qu’en fonction du Youtubeur. De l’autre côté de l’écran ? Un étudiant se filme en temps réel, en train de potasser ses cours pendant des heures. C’est une nouvelle sorte de "téléréalité de l’étude".

C’est un peu comme si j’avais un partenaire d’étude mais avec lequel, je ne parle pas

"C’est un peu comme si j’avais un partenaire d’étude mais avec lequel, je ne parle pas", nous avoue Constance, "cela me met dans une ambiance d’étude plus vite, je suis moins distraite, et comme il y a des compteurs pour l’étude, souvent 25 minutes puis 5 minutes de pause pendant deux heures. Je reste très concentrée avec un objectif."

Ces influenceurs studieux font des millions de vues sur "You Tube", ils sont suivis par des milliers parfois des millions d’autres aux quatre coins du monde qui cherchent à se motiver pour se mettre au travail et rompre leur solitude. Le phénomène, parti de Corée du Sud, a gagné tous les autres continents. Regarder une autre personne travailler, les inciterait à se mettre, eux aussi, à la tâche et à y rester.

Grégoire Dossier, étudiant en droit, a plus de 60.000 abonnés, par exemple, qui suivent ses séances d’étude :

Pour Damien Van Achter, spécialiste des médias digitaux, c’est un effet collatéral du confinement mais qui existait déjà bien avant internet : "Travailler ensemble à quelque chose est motivant pour les étudiants. A l’époque, on organisait des retraites pour travailler dans un lieu commun, pouvait donner de l’inspiration, du calme, et l’opportunité pour les élèves de s’entraider. "Study with me", c’est une nouvelle façon de partager des choses à distance, chacun dans sa chambre, en se filmant en train de travailler pendant des heures, avec toute une série d’accessoires, c’est tout l’intérêt de ce genre de tendance." Même des marques commencent à surfer sur la vague puisqu’il y a désormais des "Influenceurs de l’Etude" en ligne.

Apparemment, tout s’est emballé, alors que les jeunes -crise sanitaire oblige- n’ont plus été en cours pendant toute l’année, ils ont commencé à se parler et confier leur difficulté à se concentrer, à trouver de l’intérêt, de la motivation à leurs études. Sur le Web, ont alors émergé toutes sortes de vidéos, de musiques relaxantes ou propices à l’étude, de conseils donnés par des étudiants qui partageaient aussi leurs outils de travail, les logiciels avec lesquels ils travaillaient, des trucs et astuces, résume notre spécialiste, pour rendre l’étude plus facile, plus pratique. Certains d’entre eux sont devenus de réelles références en la matière, rassemblant parfois des millions d’abonnés. Parfois, les jeunes se réunissent autour d’un personnage central, parfois c’est autour d’un hashtag, d’un tweeter ou une tendance sur Tik Tok.

Une étude bien documentée, "Caught in the Study web" sur Cybernaut montre que cette tendance devrait perdurer après le retour à la vie normale car les étudiants y ont trouvé un intérêt. Cette façon de se connecter et d’interagir en ligne quand ils sont stressés, tendus avant les examens, va rester. Même si, cela restera un comportement complémentaire nous sommes des êtres sociaux et donc chercherons bien sûr aussi à nous voir.

"Au départ", poursuit Damien Van Achter, "beaucoup d’utilisateurs étaient basés en Corée du Sud, on sait l’obsession du travail et de la réussite scolaire que les Coréens ont. Ils ont une culture du travail qui est particulièrement développée. Certains influenceurs comme le Coréen "Sitting next to me" qui propose ses révisions virtuelles depuis 2018, voulaient mettre en avant leurs traits de bons élèves capables de passer 6 jours sur 7 à travailler. Mais cette façon parfois un peu superficielle de se présenter est confrontée à la réalité, ce sont les points finalement obtenus, qui comptent pour les utilisateurs. Si ça ne marche pas, personne ne va les suivre." Ce n’est pas le cas ici, des millions d’étudiants suivent toujours ce coréen sur "Study with me".

Mireille Houart, Pédagogue au département Education et Technologies de l’UNamur a mené une étude avec des collègues d’autres universités sur 4000 étudiants de première bachelier, 85% d’entre eux avaient des difficultés à se mettre au travail et surtout à y rester. La pédagogue avait défini des stratégies pour gérer le temps, la motivation, les ressources. Elle s’est intéressée à "Study with me" qu’elle a découvert lors d’entretiens récents : "Ils me disaient combien cela les motivait à travailler et surtout à y rester. Cela ne m’étonne pas qu’ils se branchent pour voir d’autres étudiants dans la même galère qu’eux. En les voyant en train de travailler, ils s’y mettent car ils ne sentent plus seuls à devoir le faire. Il n’y a pas de bonne et de mauvaise méthode, il y a des méthodes efficaces ou pas. Il faut les essayer. Ici, certains semblent avoir trouvé un système qui leur convient qui leur permet de rester concentrés, je ne peux qu’applaudir des deux mains."

"Study with me" permettrait aussi de forcer les enseignant à utiliser de leur temps pour faire de la pédagogie, s’ils ne veulent pas se retrouver complètement dépassés. Il n’y a pas de limitations, pour ceux qui veulent apprendre, estime notre expert du digital, c’est important pour la plasticité de notre cerveau à s’adapter à un monde qui change à une vitesse hallucinante. Les institutions pédagogiques qui ne s’adapteront pas à cette façon d’apprendre, disparaîtront.

Mireille Houart, elle, pense aussi que les professeurs devraient un jour participer à ces salles d’étude "virtuelles" pour soutenir leurs élèves en demande. On pourrait imaginer que cela évolue dans ce sens. Il faut prendre ce qu’il y a de bien dans la technologie, conclut-elle.

 

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