Se laver les mains, porter un masque, désinfecter les surfaces : va-t-on garder ces gestes après la fin de la crise sanitaire?

Il y a un an, on aurait à peine imaginé ce que 2020 aurait pu nous réserver : du confinement au lavage des mains, jusqu'au port du masque. A l'époque, on aurait parlé d'un scénario de film de science-fiction. Et pourtant, la pandémie nous a obligé à adopter de nouvelles habitudes qui font désormais partie de notre quotidien : lavage des mains plus fréquent, désinfection des surfaces, port du masque. Mais après la pandémie, va-t-on garder ces réflexes ? Eléments de réponse avec Olivier Luminet, psychologue de la santé, professeur à la Faculté de psychologie de l'UCLouvain et membre du groupe d’experts "Psychologie et corona". 

"La différence entre le port du masque et le lavage des mains réside dans le fait que le port du masque nous était totalement étranger avant le début de la pandémie, alors que le lavage des mains était déjà bien connu par la population", précise le psychologue.

"Porter un masque était une nouvelle habitude et il est remarquable de voir à quel point, en peu de temps, tout le monde s'y est mis. Les dernières études montrent qu'on l'oublie de moins en moins : c'est l'indice du fait que, désormais, il s'agit d'un automatisme. C'est une transition importante dans nos comportements", explique-t-il.


►►► A lire aussi : D’une " légère grippe " au " pays le plus touché " : les déclarations, les mesures… et puis les chiffres


Le lavage des mains, au contraire, a toujours fait partie de nos bonnes habitudes. Pourtant, "son importance était souvent oubliée car les maladies infectieuses n'existaient presque plus dans notre société", observe Olivier Luminet. "Puisque les gens ne percevaient pas les conséquences immédiates de ce geste, ils le faisaient moins. Au contraire, quand la pandémie a fait son apparition, on a commencé à rappeler l'importance du lavage des mains, montrant que ce geste permettait d'éviter la contagion".

Pour le professeur, il est alors probable que l'on n'abandonnera pas si vite le gel hydroalcoolique ni le réflexe de se laver les mains. "Les études menées après des épidémies plus récentes, comme celle du Sras ou du Mers, montrent que dans les années qui ont suivi, il y a eu moins d'infections classiques. Le même constat a été fait suite à l'épidémie de H1N1 : dans les deux ou trois années ultérieures, il y a eu moins d'infections liées à la grippe ou à la gastroentérite", observe le professeur. La déduction est qu'ayant gardé les gestes hygiéniques, on a évité de contracter d'autres infections.

Le souvenir de l'épidémie ne suffit pas à conserver les bons gestes

"Cela suggère un changement dans les habitudes: il n'est pas éternel, mais sur le moyen terme, les gens gardent les bons réflexes et cela fait la différence", souligne encore l'expert.

Dans un cadre comme celui du coronavirus, cela pourrait bel et bien se produire, notamment pour le lavage des mains, moins coûteux et peu fastidieux, tandis que le port du masque pourrait plus facilement disparaître.

Alors que les études citées par Olivier Luminet analysent des sociétés impactées par des épidémies, leurs conclusions pourraient avoir encore plus de poids pour une pandémie qui a profondément changé nos vies.

Pour que le lavage des mains persiste dans nos habitudes, le traumatisme et le souvenir de la pandémie ne suffisent pas. "Il faudrait garder les affiches et les pictogrammes que l'on voit déjà aujourd'hui dans les lieux publics, mener des campagnes qui rappellent l'enjeu sanitaire qu'il y a derrière. Ces annonces pourraient fonctionner comme un 'nudging', c'est-à-dire un 'coup de pouce', une incitation à changer ses habitudes".


►►► A lire aussi : Anxiété sociale et covid : la crainte d'un retour à la normale ?


Puis, pour que cela reste dans les mœurs, il faudrait surtout montrer à quel point ce geste, autrefois anodin, peut aider à sauver des vies. "Si on arrive à démontrer qu'il existe un lien entre le lavage des mains et la diminution voire la chute des cas de grippe, de gastroentérites et pathologies semblables, cela pourrait motiver les gens à garder ce réflexe. Faire le lien entre l'effort, donc le lavage des mains, et le résultat, une diminution de cas de grippe ou d'autres maladies, pourrait aider les gens à garder le réflexe"

Difficile à ce stade d'aller plus loin que les hypothèses. Pourtant, cela semble bien parti pour que le gel hydroalcoolique reste encore dans nos sacs à main et dans les lieux publics. Quant à la désinfection de surfaces et de zones collectives, il est fort à parier, selon l'expert, que cela reste aussi dans nos habitudes.

Si auparavant on attribuait à ce nettoyage une espèce de "côté agréable, voire parfois esthétique, on se rend compte aujourd'hui qu'il y a un véritable enjeu de santé publique", conclut l'expert.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK