Se déplacer sans argent: "Pour suivre ma formation, j'ai deux heures de marche tous les jours"

Se déplacer sans argent: "Pour suivre ma formation, j'ai deux heures de marche tous les jours"
Se déplacer sans argent: "Pour suivre ma formation, j'ai deux heures de marche tous les jours" - © peakpx

Une famille sur huit n'a pas de voiture. Ces chiffres concernent les familles de Wallonie et de Bruxelles, dans lesquelles vivent des enfants en bas âge. Candy, maman de trois enfants, s'épuise dans de longues marches, pour rejoindre son lieu de formation. Majid et Louis ont conservé leur voiture, mais jusqu'à quand pourront-ils encore en assumer les frais? Trois itinéraires de vie, marqués par des problèmes de finances et de mobilité. Ce sont des rencontres réalisées dans le cadre de l'opération Viva For Life.

Maman de trois enfants, qu'elle élève seule, Candy vit dans le petit village de Sirault (Saint-Ghislain). Elle suit une formation aux métiers de la vente, chez " Sac à Dos ", un service d'intégration sociale. Assumer les permanences dans le magasin de seconde main réclame beaucoup d'organisation. " Il faut rejoindre les locaux, situés à Tertre, ce n'est pas très loin, mais il y a 7 kilomètres tout de même ". Le plus souvent possible, la jeune maman va à pied au travail. " Cela me demande une grosse heure de marche, le matin, et le soir évidemment ". Tout le monde se lève plus tôt. " Il faut conduire les enfants (Ndlr: 4,8 et 10 ans) à l'école. Je pars de chez moi à 7h30. Je reviens chez moi, et je vais au travail ". Le bus ? Oui,il y en a un. Mais elle ne touche "qu'un CPAS" pour faire vivre sa famille. Elle a fait ses comptes : " 2 euros 50 par trajet, fois deux, et pour un mois entier...c'est un sacré budget. J'évite autant que possible ". Tout cela est, évidemment, fatiguant pour Candy. " Je n'ai pas le choix!Il faut travailler pour avoir ce qu'on veut, ce n'est pas en restant chez soi que l'on va s'en sortir." Le "Sac à Dos" espère lui trouver un vélo, très bientôt, pour rendre ses trajets moins pénibles.

L'oeil rivé sur la jauge de carburant

Papa de 4 enfants, dont trois qu'il voit une semaine sur deux, Majid doit garder sa voiture, impérativement. " J'habite Nivelles, mes enfants vivent à Braine-L'Alleud, une semaine sur deux, et vont à l'école là-bas. Je n'ai pas le choix ". Il fait le plein avec angoisse. " Et quand je roule, j'ai toujours le regard sur la jauge ! " Par mois, le carburant engloutit presque 300 euros du budget. " C'est énorme ! Mais ce sont tous ces allers-retours, vers l'école, le sport, etc ! " Il a introduit des demandes pour obtenir un logement social. " Le problème, c'est que ce qu'on me propose est trop éloigné de mes enfants. Je suis vraiment coincé par la garde alternée ". Il a par exemple reçu une proposition de logement à Tubize. " J'ai regardé les itinéraires...c'est loin de tout, je dois dire non ! " Dire non aussi aux envies de vacances des enfants. " Ce n'est évidemment pas possible. Pourtant, mon petit demande. Il est même revenu avec un souvenir d'école, ramené par un copain de Marrakech. Il m'a dit 'ce serait vraiment bien qu'on y aille un jour' ".

Après la voiture de société, un vieux break qui coûte un pont

Étranglé par les charges qu'il devait assumer, Louis, père divorcé de 3 enfants, a accepté le logement social éloigné. "Les enfants râlent, les trajets en bus sont longs le matin, c'est loin de chez leur maman, pour moi aussi ça représente beaucoup de kilomètres...mais pour l'instant, on n'a pas le choix ". La mobilité est devenue un problème, depuis que les temps sont durs. La société pour laquelle il travaillait a fait faillite.

" Toute ma carrière, j'ai roulé dans de belles voitures, sans jamais devoir débourser un euro. J'étais commercial. J'avais la carte carburant, les entretiens gratuits. Et bien sûr une super voiture ". Désormais au chômage, c'est dans un break familial plus très jeune qu'il circule, en priant pour que ce véhicule tienne la route le plus longtemps possible. " Je prends conscience de tous les frais relatifs à la voiture. C'est un gros budget. ". Cela fait deux ans qu'il cherche du travail, mais ses recherches ne donnent rien pour l'instant.

 

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