Sciensano a modifié sa façon de communiquer les chiffres du coronavirus: "plus significatifs", selon Van Laethem, "ça cache une réalité", selon Coppieters

Depuis le début de l’épidémie, à 11h pile, nous avions pris l’habitude de voir les membres du centre interfédéral de crise nous annoncer les chiffres quotidiennement rapportés de l’épidémie. Mais alors que les courbes s’aplatissent, Sciensano a décidé de ne plus publier les chiffres absolus par jour mais les tendances, en indiquant la moyenne journalière sur une période de sept jours.

Changement de méthode

"Désormais, l’accent est mis sur l’évolution des tendances, et non plus sur les chiffres des dernières 24 heures. Cela permet de mieux objectiver l’évolution de l’épidémie, indépendamment des fluctuations des chiffres des dernières 24 heures", considère Sciensano.

De plus, les chiffres ne sont plus publiés tous les jours mais du mardi au samedi. Une pause que certains spécialistes tel que Marc Van Ranst ont jugée comme étant "prématurée". "Un pays avec plus de 20 nouvelles infections par jour (la semaine dernière, il y en avait en moyenne 90 par jour !) ne peut pas se permettre de passer en 'mode vacances d’été' et de ne pas publier de nouveaux chiffres du coronavirus les dimanches et lundi. Gérer, c’est mesurer ! Désolé, mais cela doit être amélioré !" avait-il tweeté le 22 juin dernier.

Ajoutons également que, selon le rapport épidémiologique hebdomadaire de ce vendredi, nous sommes à une moyenne de 94 cas journaliers sur la dernière semaine.

Confusion ?

Une nouvelle méthode basée sur les tendances, qui se justifie, selon le porte-parole du centre de crise, Yves Van Laethem : "On ne donne plus les chiffres tous les jours parce que nous étions en train d’égrainer des chiffres qui étaient non significatifs par eux-mêmes tellement ils étaient petits. On avait quelque chose qui était comme 9, 8, 10, 11 etc… Ça n’a pas de signification et ces variations ne veulent rien dire d’un jour à l’autre. D’où le fait que nous ayons désormais des tendances sur les sept derniers jours qui nous montrent dans quelle direction on va".

Sciensano explique par ailleurs que les chiffres quotidiens sont toujours disponibles dans leur base de données sur leur site internet. Mais la question de la clarté dans ce qui est communiqué et en conséquence, de la transparence de l’institut fait débat.

La façon de communiquer les chiffres semble effectivement moins compréhensible. Et en plus, il faut désormais aller les chercher soi-même. "En termes de communication de la crise, on perd une information", estime pour sa part Yves Coppieters, professeur en santé publique à l’ULB.

Ce qu’indiquent les chiffres absolus

Or, garder "les chiffres absolus a encore du sens", indique-t-il. "Travailler sur des moyennes de sept jours, cela cache un peu la réalité", dit-il. Et d’ajouter "si un nouveau cluster a été identifié hier, par exemple, 10 ou 15 personnes ont été contaminées hier, ça ne va pas apparaître dans les chiffres du jour, puisque ce sera dilué dans la moyenne des sept jours".

De plus, l’argument de Sciensano qui consiste à dire que la diminution de la contamination se poursuivant et les chiffres étant relativement bas, les tendances permettraient de mieux "objectiver" la situation de l’épidémie, peut également être remis en question. En effet, "les chiffres sont stables mais ne sont pas si petits. On parle entre 80 et 100 transmissions par jour et 10 décès par jour. Le taux de transmission est lui à 0,87. L’épidémie n’est pas du tout finie. La transmission est assez stable mais pour l’instant il n’y a pas encore les cas importés avec l’été", souligne Yves Coppieters.

"Il y a un peu une volonté de cacher une réalité", tacle l’expert.

Un "rebond" en Belgique ?

C’est d’ailleurs l’un des arguments contre Sciensano. Selon le communiqué de ce vendredi, les moyennes et les tendances semblent indiquer que la diminution du virus se poursuit sur le territoire. Mais cette analyse se base sur les chiffres enregistrés entre le 16 et le 22 juin, par rapport à la semaine précédente. Pourquoi? Parce que Sciensano dit vouloir se baser désormais sur les données "consolidées" pour indiquer les tendances: de nouveaux cas diagnostiqués sont en effet parfois rapportés à Sciensano avec plusieurs jours de retard. Pour pouvoir donner le nombre de cas effectivement diagnostiqués sur une journée, il faut donc attendre plusieurs jours pour être sûr du total définitif.

Mais justement, si l'on prend les indicateurs "bruts", non encore "consolidés" (ce qui veut dire que les chiffres définitifs pourraient même être un peu plus haut) de ces derniers jours, les tendances semblent remonter légèrement. Alors qu'on était à une moyenne de 90 cas quotidiens, on était plus autour des 100 ces deux derniers jours, selon les chiffres non encore "consolidés".

Il est certainement trop tôt pour parler de rebond, mais parler de diminution comme le fait Sciensano ne semble pas refléter la réalité. "Le nombre de personnes détectées remonte et varie autour de 100, analyse Yves Coppieters. C’est assez stable et assez important. Et de même pour les admissions à l’hôpital qui reste stable entre 20 et 40 par jour. Donc oui, attention aux indicateurs hospitaliers. Mais par contre, les lits hospitaliers se vident toujours. C’est paradoxal. On a toujours une transmission mais de moins en moins de cas graves".

 

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