Scarifications, tentatives de suicide: une infirmière raconte le terrible quotidien auquel elle est confrontée en prison

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I.Care - © http://i-careasbl.be/

"Je peux à peine leur donner un antidouleur et leur promettre que le médecin passera. Les scarifications et les tentatives de suicide se multiplient." Le témoignage est anonyme, il émane d’une infirmière en milieu carcéral et nous est parvenu via l’asbl I.Care, qui milite pour une meilleure prise en compte de la santé en milieu carcéral.

Cette infirmière décrit son quotidien en prison depuis le début de la grève : une ambiance terrible, une agressivité sans précédent de la part de détenus qui sont à bout. "Ils pètent les plombs... et je pense qu'à leur place je ferais encore pire. Ils s'ennuient, foutent le feu, hurlent, tapent, se scarifient, nous disent d'aller nous faire foutre, se retrouvent au cachot. Aaaah les cachots ! Tous remplis, tous les mêmes blessures causées par les agents pénitentiaires (chevilles et poignets foulés)."

Elle n’a jamais été confrontée à un tel degré de violence. "On pourrait croire qu'on fout rien mais pas du tout, je passe mes heures de boulot à courir entre les ailes, distribuer des pilules, recevoir les insultes des détenus "psy" qui ne comprennent pas, soigner des plaies qu'ils se font, courir quand on m’appelle pour une tentative de suicide ou une mise au cachot, voir des policiers blasés d'être là qui ont eux-mêmes mis en prison la plupart des gars ici, stresser de devoir prendre en charge des gens qui simulent pour faire un tour à l’infirmerie (je ferais la même chose)... "

"A quoi tu sers alors ?"

Cette question, cette infirmière se la pose encore davantage ces jours-ci. "Elle se pose beaucoup de questions sur son rôle et sur ce qu’elle peut faire dans ces conditions, nous explique Vinciane Saliez, la présidente de l’asbl I.Care, sachant que déjà en temps normal, il faut savoir que les soins de santé dans les prisons en Belgique ne sont pas à la hauteur de ce à quoi les détenus devraient avoir droit".

Un détenu n’est pas un patient comme un autre

Le personnel soignant en prison est dans une situation particulière puisque, contrairement au reste du personnel soignant de notre société, il ne dépend pas du ministère de la santé publique, mais de celui de la justice. "Quand c’est le même budget, donc celui de la justice qui doit en même temps régler les questions de sécurité et de santé, on a vu ces dernières années des coupes régulières dans le budget de la santé au profit de la sécurité".

Vinciane Saliez pointe un autre problème dans cette dépendance du département de la justice. "On a des équipes médicales, en sous-effectif,  qui dépendent de la Justice et peuvent vivre une forme de conflit de loyauté puisque leur employeur, c’est la Justice, mais que leur rôle est de soigner les patients".

Pour l’asbl I.Care, le détenu doit être un patient comme les autres. C’est ce que recommande également l’organisation mondiale de la santé, ou encore du Comité de prévention de la torture des êtres humains.

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