Saturation des hôpitaux à cause du Covid-19 : comment la Belgique peut-elle y faire face ?

Ça y est : il y a déjà une province où le nombre d’hospitalisations quotidiennes a dépassé le pic maximum d’admissions lors de la première vague de coronavirus en Belgique. 97 admissions en 24 heures, le Hainaut, pourtant très touché lors de la première vague, n’avait jamais connu ça en mars-avril.

Et selon une projection du journal Le Soir, basée sur la moyenne des admissions de ces derniers jours, et la vitesse de l’augmentation actuelle, ce n’est qu’une question de jours pour que les autres provinces wallonnes soient dans le même cas.

 

La Flandre semble avoir un peu plus de temps pour se préparer… mais la tendance y est la même, avec environ deux semaines de décalage.

Alors que de nombreux hôpitaux ont commencé à déprogrammer les opérations non-urgentes, comment la Belgique peut-elle faire face à cette saturation due à l’afflux de patients Covid-19 ? Il y a plusieurs pistes :

1. Des transferts entre hôpitaux… même à l’étranger

C’est la solution d’urgence. Victimes de la plus grosse résurgence de la pandémie (le taux de positivité est de 29,6%, le taux d’incidence de 1732, soit les plus hauts du pays), la province de Liège a vu très vite ses hôpitaux saturés par les nouveaux patients Covid-19. Ce jeudi, le CHU de Liège expliquait que 5 des patients de ses structures avaient ainsi été transférés vers des hôpitaux moins encombrés de Tongres, Tirlemont, Leuven et Hasselt.

En fait, explique Lucien Bodson, coordinateur du plan d’urgence au CHU de Liège, chaque hôpital dispose d’un plan d’urgence sanitaire, qui prévoit qu’il s’adresse d’abord aux autres hôpitaux de son réseau, puis à l’autre réseau, aujourd’hui tout aussi saturé, et enfin, aux structures des autres provinces, voire de l’étranger.

Côté germanophone, on s’est ainsi assurés de pouvoir transférer les patients dans les hôpitaux allemands d’Aix-la-Chapelle toute proche.

Ces possibilités de transferts dépendent toutefois du bon vouloir… et de la disponibilité des hôpitaux contactés. On l’a vu avec le bourgmestre N-VA d’Alost, Christoph d’Haese, qui ne voulait plus accueillir dans les hôpitaux de sa ville des patients covid-19 venant de Bruxelles. C’est illégal, mais certains hôpitaux ne comprennent pas pourquoi ils devraient se surcharger davantage, tout simplement parce que d’autres n’ont pas su gérer et cela crée des tensions.

Jean-Michel Hougardy, directeur médical de l’hôpital Erasme, explique : "Nous avons eu des essais de transferts la semaine dernière et effectivement cela a été très compliqué. Parfois avec des transferts qui ne se font pas et parfois avec des transferts qui durent très longtemps. Je parle de toutes les régions. Que ce soit vers le nord ou le sud du pays". L’homme en appelle aux autorités fédérales pour réguler les transferts qui doivent avoir une vision large des capacités des différents hôpitaux. "Je peux comprendre que des hôpitaux qui sont eux-mêmes saturés ne soient pas capables de prendre nos patients".

 

2. Un plan de répartition national

Si à Liège la saturation est générale, la situation est plus contrastée dans d’autres régions : certains hôpitaux bruxellois semblent moins occupés que d’autres par exemple, et ils le sont encore un peu moins côté flamand.

Pour l’instant, aucun plan de répartition national n’existe. Les hôpitaux doivent se débrouiller avec les moyens du bord. Le personnel estime perdre beaucoup de temps à organiser le dispatching des patients quand cela s’avère nécessaire.

C’est là que le fédéral et le nouveau ministre de la santé Franck Vandenbroucke pourrait intervenir pour imposer un plan de répartition, inter-structures, et surtout inter-provinces et régions, "venu d’en haut".

3. Le report des opérations non urgentes

C’est la solution la plus "simple". Depuis plus d’une semaine, au CHU de Liège, entre 30% et la moitié des actes non-urgents sont reportés. Pour Lucien Bodson, le coordinateur du plan d’urgence de cet hôpital, c’est très alarmant : "Il n’est plus question de vider les services comme nous l’avons fait en mars-avril. Nous devons reprendre tous ceux qu’on a postposés pendant 6-7 mois, mais nous devons prendre aussi les nouveaux patients, c’est-à-dire tous ceux qui souffrent de problèmes aigus au niveau cardiaque, au niveau pulmonaire, au niveau rénal. On ne peut plus se permettre de les postposer".

4. L’intervention de l’armée

De la même façon qu’elle est intervenue dans les maisons de repos confrontées à un manque de personnel lors de la première vague, l’armée pourrait être appelée en renfort dans les hôpitaux pour ses compétences en termes logistiques et médicaux. La nouvelle ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, a "demandé une mobilisation générale de la Défense pour venir en aide et en appui face à cette 2e vague COVID". Sous quelle forme ?

Un plan sera présenté ce vendredi : "Une analyse de l’ensemble des capacités disponibles, des moyens immédiatement disponibles, de ceux qui pourraient l’être moyennant la suspension d’activités a été réalisée et sera présentée en Conseil des ministres ce vendredi. Cela concerne notre personnel médical, paramédical mais aussi le personnel non spécialisé qui pourrait venir en appui logistique. Cela concerne aussi le matériel et l’équipement pouvant être mis à disposition".

5. L’appel à des bénévoles

Il existe déjà. Mais il pourrait être relancé : près de 20% du personnel est en maladie, et les volontaires sont clairement moins nombreux que lors de la première vague. A Verviers, vu la pénurie de personnel, des sages-femmes ont quitté leur service pour renforcer les soins intensifs et les urgences.

Comme plusieurs établissements de soin, le CHR de la Citadelle, à Liège, a lancé un appel massif au volontariat. Les besoins sont grands et les tâches variées. "Ce sont des tâches qui ne demandent aucune compétence", rassure Sabine Lezay. "A l’entrée, nous avons besoin de monde pour accueillir les patients, vérifier leur température et leur mettre du gel. Dans les salles, on peut distribuer des plateaux-repas. En cuisine, on peut préparer des sandwiches. Du côté de l’administration on peut classer des documents ou rédiger certains courriers", énumère-t-elle. Un engagement ferme toutefois : aucun bénévole ne sera envoyé en salle Covid.

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