Santé: les dérives sectaires en forte hausse

Sandrine Mathen, analyste au Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN)
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Sandrine Mathen, analyste au Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN) - © CIAOSN

C’est un constat de l’Observatoire des sectes (CIAOSN) : plus de 21 % des demandes d’information adressées au CIAOSN concernent la santé. "Plus d’un appel sur cinq concerne ce sujet, détaille Sandrine Mathen, analyste au CIAON. Quand ce sont des proches de victimes qui appellent, ils sont inquiets que le chemin thérapeutique choisi n’ira pas vers un mieux-être du patient. Et plus de la moitié de ces appels concernent des situations où l’on tente de détourner le patient de la médecine classique alors qu’il est face à une maladie comme le cancer. Le cancer revient de manière récurrente dans les appels du public".

Guérir du cancer en arrêtant tout traitement ?

C’est le credo de certains thérapeutes et plusieurs patients en ont déjà fait les frais. Nathalie De Reuck a perdu sa maman en 2007. Elle souffrait d’un cancer du sein.

"D’après ce que les médecins disaient, c’était un cancer du sein qui répondait positivement à tout ce qui était hormonal et qui était pris à temps". Très vite, Nathalie De Reuck constate que sa mère ne se soigne pas correctement. "Je m’en suis rendu compte quand j’ai vu que son sein était ouvert, c’était une plaie béante, ouverte, et qu’elle m’a assuré que c’était normal et que selon les personnes qui la soignaient, c’était un signe de guérison".

C’est le principe de la biologie totale. La maladie serait l’expression d’un stress psychologique ancien. "Chaque symptôme physique est attribué à un problème psychologique. Ils n’ont le droit à aucun traitement, ne fût-ce que pour atténuer la douleur. Maman, à la fin, quand son cancer était généralisé, n’avait même pas droit à un antidouleur, à de la morphine, rien du tout. La souffrance faisait partie intégrante des traitements qu’ils préconisent".

Deux des trois thérapeutes de sa mère ne l’avaient jamais rencontrée. Ils la soignaient par téléphone.

Des thérapeutes "abuseurs"

"Le danger, précise Sandrine Mathen, réside souvent dans le chef du praticien lui-même qui peut être un abuseur. Il abuse de la faiblesse du malade, parce qu’il estime qu’il est compétent dans son domaine alors qu’il n’en est rien, parce qu’il veut mettre la main sur l’argent de la personne, parce qu’il veut avoir de l’emprise sur la personne…"

En Occident, on les appelle des gourous. Nathalie De Reuck a porté plainte contre ces thérapeutes qui ont conduit sa mère vers une mort certaine. Le procès devrait avoir lieu dans les mois qui viennent. La biologie totale a été plusieurs fois sur le banc des accusés, et des condamnés. "Des personnes en sont mortes, en Belgique et ailleurs. A Liège, un praticien a été condamné en 2011. En France, en novembre dernier, le fondateur de la biologie totale a été condamné. Ce sont des signaux qui montrent qu’il faut être circonspect par rapport à cette théorie qui offre du sens à la maladie ".

L’association des victimes de la biologie totale, de la médecine nouvelle germanique et d’autres thérapies associées reçoit plusieurs appels au secours de la part de victimes, chaque mois. Le journal De Morgen publiait encore un article sur le sujet le 6 février.

Il dénonçait la tenue de formations à la médecine nouvelle germanique dans un centre pourtant reconnu par la région flamande. C’est donc un problème très actuel.

"Les effets sont ceux d’une secte ordinaire, décrit Nathalie De Reuck. Ils éloignent la personne concernée de son entourage familial, de son travail, c’est un isolement total. Et au niveau financier, ils abusent aussi du malade".

Si la médecine est un art, les thérapies alternatives déviantes sont des credos

Elles portent des noms aussi divers que "biologie totale", "médecine nouvelle germanique", "respirianisme", "loi de l’attraction". "La loi de l’attraction, explique Sandrine Mathen, c’est un autre concept qui est un peu un dérivé de la méthode Coué. Il suffit de penser qu’ils vont aller mieux, et ils iront mieux. Les malades sont convaincus que s’ils répètent une phrase de guérison en appelant l’univers à l’aide– puisqu’on est dans un domaine plus spirituel- la guérison va arriver". Les thérapies alternatives, quand elles sont choisies à l’exclusion de la médecine classique, relèvent d’une croyance, non-fondée scientifiquement. "Les gens continuent à entrer dans ce qui est un système de croyances. Beaucoup se tournent vers ce genre de thérapies parce qu’ils sont désespérés".

Le CIAOSN rappelle qu’il n’accuse pas toutes les thérapies alternatives d’être des dérives sectaires. "Les thérapies alternatives peuvent venir en complément, mais pas être exclusives. C’est là le problème".

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