Santé: des troubles du langage chez les enfants qui regardent trop d’écrans le matin?

S’exposer trop longtemps aux écrans est mauvais pour la santé, c’est connu : risque accru de myopie et d’obésité, dérèglement du sommeil, bouleversement de l’humeur ou encore baisse de l’attention. Mais selon une étude française publiée ce mardi, les risques seraient encore plus grands pour les enfants. Ceux qui regardent des écrans le matin auraient trois fois plus de chances de développer ces troubles.

L’étude, publiée dans le Bulletin épidémiologique de Santé Publique France, a été réalisée sur des enfants de 3 ans et demi à 5 ans et demi. En moyenne, les enfants passaient une heure et quart par jour devant un écran, dont environ vingt minutes le matin. Mais plus que la durée, c’est le moment de la journée qui importe, explique à l’AFP l’une des chercheuses, le Dr Manon Collet de l’université de Rennes. "Cela va épuiser leur attention et les rendre moins aptes aux apprentissages", ajoute-t-elle.


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Depuis plusieurs années, l’usage des médias numériques a augmenté chez les enfants qui ont accès à la télévision, aux ordinateurs, tablettes et smartphones. Des études ont montré que les jeunes enfants exposés aux écrans avaient moins d’interactions émotionnelles avec leur entourage qui est pourtant nécessaire à leur développement psychomoteur, en particulier le développement du langage. L’étude de Santé Publique France ajoute d’ailleurs que 31,5% des parents dont les enfants présentent des troubles du langage ne discutent jamais du contenu des écrans avec leurs enfants.

Le contexte familial est aussi important

Pour autant, la question de la nocivité des écrans mérite d’être nuancée. D’abord parce que ces chiffres n’illustrent pas forcément un lien de cause à effet entre écrans et troubles du langage. De plus, d’autres études ont permis de rappeler que, si les écrans ont bien un effet négatif, notamment sur les adolescents, leur sentiment de bien-être ne diminuait quasiment pas (étude de la revue scientifique Nature Human Behaviour en janvier). En comparaison, le harcèlement scolaire a un impact beaucoup plus fort.


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Il faut également prendre en compte le contexte familial et social, et l’usage qui est fait des écrans. "Le problème ne vient pas de l’écran, mais de l’usage qu’on en fait, explique notamment Séverine Erhel, maître de conférences en psychologie cognitive et ergonomie à l’Université Rennes-2, au magazine L’Express. Ce sont les activités que l’on pratique [devant les écrans] et, parfois, le manque d’accompagnement des parents." Un argument repris par le journaliste et instituteur français Rachid Zerrouki sur Twitter, citant notamment l’ouvrage 'Enfances de classe – de l’inégalité parmi les enfants', sous la direction du sociologue français Bernard Lahire.

Rachid Zerrouki explique que l’exposition aux écrans n’est pas contrôlée de la même façon dans les familles favorisées ou non. Ainsi, chez les enfants des classes supérieures, les plages horaires sont explicites (pas plus d’une heure, pas le matin ou pas après 20h, etc.) Dans une famille précarisée, cela peut être le père qui intervient pour éteindre l’écran quand il juge que c’est assez. "Donc ce qu’on attribue aux écrans peut être tout simplement dû à la pauvreté, conclut l’instituteur. On met sur le dos des écrans les conséquences de la misère sociale, ce qui permet de la masquer." L’exposition aux écrans de l’enfant est donc un sujet important, mais moins que ce qu’il y a tout autour.

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