Régularisation: les sans-papiers se mobilisent et adressent une lettre ouverte aux autorités

Les sans-papiers se mobilisent pour rappeler qu'eux aussi subissent de plein fouet la crise du covid.
Les sans-papiers se mobilisent pour rappeler qu'eux aussi subissent de plein fouet la crise du covid. - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Nous sommes tous des enfants d’immigrés " ou encore " une seule solution, la régularisation ", des cris qui ont une nouvelle fois résonnés cet après-midi devant l’Office des étrangers à Bruxelles. Les sans-papiers demandent que le gouvernement prenne en compte leur situation et leur donne des perspectives. Ils réclament notamment des critères clairs pour la régularisation de leur situation.

Selon les estimations, entre 100 000 et 150 000 personnes vivent sans papiers en Belgique. Ed-Darham en fait partie. Il était magasinier dans une entreprise qui l’employait au noir mais, du jour au lendemain, il a perdu tous ses revenus. " Les sans-papiers sont aussi touchés de plein fouet par les conséquences de la pandémie. Sans aucun filet de sécurité, on n’a plus les moyens de survivre ", explique-t-il. Depuis le premier confinement, la situation est très, très compliquée."

Contribuer à la société

Maria, elle aussi, est sans-papier. " Nous on veut travailler, on veut contribuer à la société belge, c’est pour cela qu’on demande des papiers. ". D’origine brésilienne, elle travaille habituellement comme femme de ménage chez des particuliers qui l’emploient au noir. " C’est difficile cette situation mais on doit garder espoir, toujours ! "

Sophie Devillé travaille au CIRE (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Etrangers), une association qui vient en aide aux sans-papiers. Elle aussi évoque les conséquences de la crise du Covid. " Beaucoup de ces personnes travaillent au noir dans des entreprises ou chez des particuliers. Mais avec la situation sanitaire, elles se sont retrouvées sans revenus parce que tout le travail informel s’est arrêté d’un coup. "

Blocage politique

Mais pour elle, cette crise ne fait qu’aggraver une situation préexistante. " Le Covid agit comme un amplificateur d’une situation qui était déjà précaire avant. " Elle évoque un blocage politique depuis de nombreuses années. " Il y a eu des opérations de régularisations des sans-papiers par le passé, en 1999 et en 2009 par exemple mais depuis tout est bloqué. "

C’est pour cela que nous demandons plus de clarté, des critères clairs de régularisation pour les sans-papiers pour sortir de l’arbitraire de la situation actuelle. 

Selon la loi, une demande d'autorisation de séjour prolongé ne peut être accordée à une personne déjà présente sur le territoire belge que si elle justifie de circonstances exceptionnelles qui rendent difficile un retour temporaire dans son pays d'origine. Mais selon Sophie Devillé, ces " circonstances exceptionnelles " ne sont définies nulle part. " Elles sont laissées à l’appréciation du Secrétaire d’Etat à l’asile et la migration. C’est ce qu’on appelle le pouvoir discrétionnaire du ministre. C’est pour cela que nous demandons plus de clarté, des critères clairs de régularisation pour les sans-papiers pour sortir de l’arbitraire de la situation actuelle. "

En Belgique parfois depuis 10 ou 15 ans

Modou Ndiaye, porte-parole de la Coordination des sans-papiers de Belgique, regrette lui aussi cette situation. Il explique que les sans-papiers ont proposé des critères clairs pour la régularisation des personnes déjà présentes sur le territoire, mais ils n'ont pas été entendus.

Certains sans-papiers vivent parfois en Belgique depuis 10 ou 15 ans. " Certaines de ces personnes ont parfois obtenu un titre de séjour provisoire qui leur a ensuite été retiré ", explique Sophie Devillé du CIRE. Elle estime que ce blocage est néfaste tant pour ces personnes que pour la société belge. " Elles veulent contribuer, apporter ce qu’elles ont de meilleur à noter société mais elles ne le peuvent pas. Je pense par exemple à des personnes qui ont des formations d’infirmiers ou d’aide-soignants qui pourraient nous aider contre le Covid mais qui, aujourd’hui, ne le peuvent pas. "

Lettre ouverte

Alors face à cette situation, les sans-papiers ont adressé une lettre ouverte aux autorités dans laquelle ils dénoncent leur situation. " Alors que nous travaillons, nous ne pouvons bénéficier de protection sociale. Nos soins de santé ne sont pas remboursés, nous n'avons aucun filet de sécurité quand nous perdons notre emploi. " expliquent-ils." Sans existence légale, nous nous retrouvons à la merci de patrons abuseurs et de marchands de sommeil ", détaille la lettre ouverte.

Les sans-papiers expliquent que, depuis nombreuses années, ils interpellent les décideurs politiques à travers des manifestations, des pétitions et des occupations pour, disent-ils, "trouver une solution durable et raisonnable à leur situation mais, jusqu’ici, nos interpellations sont restées sans réponse".

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