Sans confinement, la Suède a eu la mortalité la plus élevée: c'est maintenant au Royaume-Uni que le virus fait le plus de décès

UPDATE: L'article a été écrit le 21 mai, sur base des chiffres du 13 au 20 mai. A la date du 22 mai, le bilan sur la semaine écoulée, soit du 14 au 21 mai, affiche un autre "classement": c'est maintenant le Royaume-Uni (pays qui avait tardé à mettre en place le confinement comme expliqué dans l'article) qui affiche la plus grande mortalité sur 7 jours, avec 5,3 morts par million d'habitants par jour, devant la Suède (5,25), les Etat-Unis (4,02), le Brésil (3,84) et la Belgique (3,78).


La Suède, qui se distingue par son approche plus souple et controversée face à la pandémie provoquée par le nouveau coronavirus, est sur les 7 derniers jours le pays où l’on observe la plus grande mortalité due au coronavirus par habitant, relève le Daily TelegraphElle a ainsi dépassé le Royaume-Uni, l’Italie et la Belgique, amplifiant encore un peu la polémique sur sa décision d’éviter tout confinement.

Selon les chiffres rassemblés par le site Web Our World in Data, la Suède a enregistré 6,08 décès par million d’habitants par jour sur une moyenne mobile de sept jours entre le 13 et le 20 mai. C’est le plus élevé au monde, au-dessus du Royaume-Uni, de la Belgique et des États-Unis, qui ont respectivement 5,57, 4,28 et 4,11.

Il faut cependant tempérer : ce n’est que depuis le 14 mai que la Suède est arrivée en tête de ce funèbre classement ; jusque-là c’est la Belgique qui affichait la plus forte mortalité, que ce soit sur la semaine écoulée ou au total. L’épidémiologiste d’État Anders Tegnell, porte-parole de la stratégie suédoise contre le coronavirus, a d’ailleurs rejeté les chiffres mardi soir, arguant qu’il était trompeur de se concentrer sur le nombre de morts sur une seule semaine.


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Il est vrai que si on envisage la mortalité depuis le début de l’épidémie, outre la Belgique (780 morts par million d’habitants), des pays comme l’Espagne (590), l’Italie (524) ou le Royaume-Uni (510), ou même la France (423) présentent des bilans bien plus tragiques que la Suède (365). Mais ce qui pose justement question, c’est que la Suède n’a pas connu de "pic" aussi terrible… et que ce qui se passe actuellement, c’est que sans confinement, les chiffres baissent très lentement. Et il y a donc des milliers de morts qu’on aurait pu éviter avec une autre stratégie.

Les cartes et graphiques d’Euromomo, le projet européen qui surveille la surmortalité dans les régions d’Europe, qu’elle soit liée ou non au coronavirus, viennent conforter cette impression : alors que le pic a été terrible en France, en Italie, ou en Espagne, il semble aujourd’hui complètement dépassé dans ces pays, alors que la Suède, dont le pic de surmortalité a été plus faible, est toujours dans le petit groupe de pays où elle était excessive début mai.

Autre élément de réflexion : la surmortalité dans les pays voisins de la Suède, Danemark, Finlande, Norvège, a été quasi nulle !

Et comme la courbe de la Belgique continue à descendre, il semble que la Suède devrait rester avec l’Angleterre (où la stratégie de confinement a été lancée avec retard) les seuls pays où le coronavirus continue à faire des ravages plus longtemps…

Pendant ce temps, les autorités se félicitent que plus d’un habitant de Stockholm sur cinq pourrait avoir développé des anticorps contre le virus.

Interrogé sur une étude menée par l’Agence de santé publique suédoise, l’épidémiologiste en chef Anders Tegnell a déclaré qu’il pensait qu’en date de mercredi "un peu plus de 20%" des habitants de Stockholm avaient probablement contracté le Covid-19. L’étude en cours a montré que 7,3% d’un échantillon de personnes sélectionnées au hasard dans la capitale suédoise -la région la plus touchée du pays- avaient développé des anticorps lorsqu’elles ont été testées pendant la dernière semaine d’avril.

A l’opposé des mesures de confinement souvent strictes du reste de l’Europe, la Suède, jamais confinée, a maintenu ouverts les écoles, cafés, bars et restaurants, demandant à chacun de respecter les recommandations de distanciation sociale et de "prendre ses responsabilités".

Cette approche a suscité une vague de critiques, aussi bien dans le pays qu’en dehors, à l’heure où le nombre des morts y a largement dépassé ceux des voisins nordiques, qui ont tous imposé des mesures restrictives. Si le lien entre le développement d’anticorps et une certaine immunité au virus n’est pas encore établi, le développement d’anticorps devrait en théorie contribuer à réduire la propagation du virus. Mercredi, la Suède déplore un total de 31.523 cas de nouveaux coronavirus pour 3831 morts.

Portrait d'un médecin chef en Suède (JT du 17 mai)