Enfants de djihadistes retenus en Syrie: "Ils sont prisonniers, mais ils ont commis quoi ?"

Samira Laakes attend désespérément le retour de sa fille Nora et de ses quatre petits-enfants. Ils vivent dans un camp en Syrie dans des conditions épouvantables. Les recommandations de l’ONU qui préconisent le rapatriement des enfants et de leurs mères vers leurs pays respectifs lui redonne de l'espoir.

En mai 2013, Nora, 18 ans, part en Syrie pour rejoindre son compagnon. Celui-ci décédera deux semaines plus tard. Après une période de deuil, Nora est remariée de force et enchaînera ensuite les grossesses. Deux se termineront par une fausse couche. Et sa dernière-née en août 2019 décédera par manque de soin et de nourriture. Nora est aujourd’hui maman de 4 enfants qu’elle élève comme elle peut dans le camp syrien de Al-Hol.


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Samira, sa maman, se bat depuis plusieurs années pour le rapatriement de sa fille. Pour elle, la position de l’ONU est encourageante. "Ça me donne de l’espoir évidemment mais il faut l’appliquer maintenant. La vie de nos enfants et de nos petits-enfants est entre la main de l’État belge. S’ils ne bougent pas assez vite, ils vont mourir, c’est tout ce qu’ils ont comme horizon. Maintenant c’est l’hiver, ils n’ont rien. Il y a déjà beaucoup d’enfants qui sont morts. Où sont leurs droits, comment peut-on les laisser mourir ? "

Samira Laakes vit cette situation comme une terrible injustice. "J’ai toujours cru en la justice mais maintenant je ne vois plus les choses de la même façon. Il y a des meurtriers, des pédophiles qui vont en prison puis, on leur donne une seconde chance. Mais pas à nos enfants. Pourtant, ils sont partis jeunes, mineurs ou à peine majeurs. Ils veulent rentrer et se rendre à la justice mais on ne leur donne pas de deuxième chance. "

Les petits enfants de Samira grandissent et commencent à comprendre ou plutôt à ne pas comprendre. Le plus grand a aujourd’hui 5 ans. "Nora lui parle de la Belgique, qu’il a une famille là-bas, qu’il aura à manger, qu’il sera libre, qu’il ira à l’école… Et lui, il dit : 'Mais pourquoi on ne part pas ?' Il ne comprend pas pourquoi il est enfermé, pourquoi il a faim, il voit sa mère pleurer. Ces enfants sont prisonniers, mais ils ont commis quoi ? Ils payent très cher le départ de leurs parents".

"Il ne faut pas séparer mère et enfants !"

Pour Bernard Devos, délégué général aux droits de l’enfant de la fédération Wallonie Bruxelles, c’est une très bonne recommandation que fait aujourd’hui l’ONU. Une position qu’il partage depuis longtemps. "On plaide pour le retour de ces enfants avec les mères depuis le tout début. Car elles représentent la seule sécurité affective pour ces enfants. Provoquer une séparation après les violences que ces enfants ont connues, ce serait une violence supplémentaire dont nous serions responsables. C’est impensable ".

Cet appel de l’ONU tombe à poing nommé alors que l’hiver approche et que les enfants s’apprêtent à connaître à nouveau des situations extrêmement difficiles. "L’année dernière, cinq enfants sont décédés durant l’hiver du fait du froid et des conditions de vie déplorables dans les camps. L’intérêt supérieur de l’enfant doit être la priorité. Ici clairement, qui peut dire que l’intérêt supérieur des enfants est de rester dans ces camps qui sont de véritables mouroirs ? Aujourd’hui, les états sont informés. On ne peut pas tolérer que ces enfants restent dans cette situation."

Plusieurs voix s’accordent

Depuis quelques mois, plusieurs hauts responsables d’institution se sont également exprimés en faveur du rapatriement des Belges encore en Syrie. "Nos arguments humains ont été renchéris par le patron de l’OCAM, l’organe de coordination pour l’analyse de la menace, qui a recommandé que tout le monde, enfants, mères et pères, soient rapatriés pour des raisons de sécurité. Et puis après, le procureur fédéral, Frédéric Van Leeuw, a aussi abondé dans ce sens. Donc, on comprend mal que, quand les arguments humanitaires rencontrent les arguments sécuritaires, rien ne bouge ".

Si l’État belge se décidait aujourd’hui à lancer le processus, un point épineux subsiste néanmoins. La question des documents d’identité de ces enfants. Un point pourtant essentiel selon le délégué général aux droits de l’enfant. "Avoir des papiers prouvant son identité, c’est le premier gage de sécurité pour des enfants. Sans document, ils ne peuvent pas être rapatriés et ils sont protégés nulle part. L’apatridie est un grand risque. La Belgique pourrait être coupable à long terme de mettre les enfants dans des situations d’apatridie".

Dans les camps syriens, 69 enfants au moins seraient nés de parents belges. Seuls 6 orphelins ont été rapatriés en juin dernier.

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