"Salope, on t'aura au tournant" : un an après les applaudissements, le personnel soignant est insulté

C’est un rendez-vous que les Belges ne manquaient pour rien au monde. Tous les soirs à 20 heures pétantes, le silence des rues plongées dans un confinement strict était rompu par de bruyants applaudissements.

Depuis les balcons, les fenêtres et les pas-de-porte, petites et grandes mains battaient la cadence pour remercier le personnel soignant. Ces courageuses et courageux en blouse blanche restés au front pour soigner les victimes du coronavirus, dont on ne savait à l’époque pas grand-chose.

Mais ça, c’était en 2020.

Désormais, fini les applaudissements, fini les pralines et fini les mots doux.

Le personnel soignant est la cible de violences verbales et physiques

"Salope, on t’aura au tournant", "Connasse, tu es insensible", le personnel de l’hôpital Epicura à Hornu brise le silence et témoigne des injures qu’il se prend désormais en pleine figure sur son lieu de travail et sur les réseaux sociaux.

Principale source de tension : l’interdiction d’accompagner un proche aux urgences.


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Beaucoup de patients ne comprennent pas cette mesure. Parfois, la tristesse se mue en agressivité. "Me faire traiter d’inhumain alors que j’essaie juste de soigner les gens, ce n’est pas correct et ça fait mal", lance le Dr Samuel Esole Yuna, médecin urgentiste.

Quand le médecin dit aux proches des patients qu’ils ne pourront pas pénétrer aux urgences en raison des mesures sanitaires et qu’ils devront patienter dans la salle d’attente, les réactions sont parfois très violentes : "Certains défoncent des portes pour pénétrer malgré tout", déplore l’urgentiste.

On est rendus responsables de la crise alors qu’on soigne les malades

Également inquiétant : le personnel hospitalier est parfois perçu comme responsable du confinement et des mesures liberticides qui vont avec. Considérés comme les complices d’un grand complot, les soignants sont des cibles faciles.

"Certaines personnes nient la crise qui perdure, nient le fait que les soins intensifs sont saturés, qu’on doive transférer des patients ailleurs. On nous dit : "Non, ce n’est pas possible, vous inventez"", s’insurge Alda Dalla Valle, cheffe infirmière aux urgences.

Pourtant, dans les hôpitaux aussi la lassitude s’est installée. Dans les hôpitaux aussi, on a envie travailler à nouveau sans masque, de prendre la main des patients pour les rassurer sans devoir se soucier de la distanciation sociale. Bref, retrouver cette fameuse "vie d’avant".

Mais dans les hôpitaux, on est vite rattrapé par la réalité. Les patients intubés sont de plus en plus jeunes et restent plus longtemps aux soins intensifs. Chaque jour qui passe est un défi pour les équipes épuisées par une année de combat. D’autant que désormais, le bruit encourageant des applaudissements a fait place au bruit détestable des insultes et des menaces.

 

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