Salon de l'auto : faut-il enterrer le diesel ?

Salon de l’auto : Faut-il enterrer le diesel ?
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Les ventes de voitures diesel sont en forte diminution. Elles sont passées de presque 80% de parts de marché en 2008 (pic des ventes) à 36% en 2019. Le Dieselgate est aussi passé par là. De nombreuses grandes villes ont annoncé leur intention d’interdire définitivement le diesel dans les prochaines années, certaines, comme Bruxelles, le font déjà pour les véhicules les plus vieux. Le Diesel n’a plus la cote à tel point que certains constructeurs ont pris eux-mêmes la décision d’arrêter de développer et produire ces modèles dans les prochaines années, dans la plupart des cas au profit de la voiture électrique. En même temps, de nombreux efforts ont été faits par certains constructeurs pour rendre les moteurs diesel moins polluants. Dès lors, le diesel a-t-il encore un avenir ou faut-il enterrer ? Elodie Mertz, experte Mobilité et Qualité de l’Air chez Greenpeace et Francesco Contino, ingénieur civil et professeur à l’UCLouvain en débattaient dans CQFD.

Faut-il interdire le diesel ?

Pour Elodie Mertz, l’interdiction du diesel est nécessaire: "C’est sûr que ce n’est pas toujours facile pour le citoyen mais c’est nécessaire pour la qualité de l’air et le climat parce que le transport est responsable de beaucoup de pollution de l’air et de gaz à effet de serre. C’est un des secteurs qui est le moins bien régulé". Francesco Contino ne partage pas l’analyse, pour lui, le diesel n’est pas mort : "On a déjà fait la démonstration que le Diesel peut être propre, les technologies existent. Ce qui est important ce sont les émissions de CO2 et la le diesel à un avantage, il est plus performant à cet égard. Le cycle Diesel est plus efficace que le cycle essence, c’est la base de la thermodynamique. Quand je vois que les ventes de Diesel diminuent au profit de l’essence, ça m’inquiète parce que ça menace nos objectifs de réduction de CO2".

Des moteurs diesel plus propres qu’il y a 10 ans

Ces dernières années, et notamment dans la foulée du Dieselgate, de nombreux constructeurs ont investi dans les performances des moteurs diesel pour les rendre moins polluants et notamment pour leur faire respecter la norme Euro 6d. "Aujourd’hui, on peut déjà acheter des voitures diesel très propres", assure Francesco Contino. "Des voitures qui respectent plus que les normes européennes". Ce n’est pas encore suffisant pour la représentante de Greenpeace: "Le diesel se rapproche de l’essence mais l’essence n’est pas non plus au-dessus de tout soupçon ou de tout problème. S’il y a des améliorations, tant mieux. Mais si elles arrivent aussi tard et si elles sont aussi lentes, ça pose question. Encore faut-il que ces performances soient bien mesurées et on sait que par le passé il y a eu des tricheries. Il y a un problème de confiance vis-à-vis de l’industrie automobile et aux efforts qu’elle fait".

"Il faut rentabiliser les investissements dans le Diesel"

Ces développements technologiques dans le diesel ces dernières années pour améliorer leurs performances ont eu un coût : "Il faut maintenant les rentabiliser dit Elodie Mertz. Les efforts de l’industrie automobile ne sont pas forcément liés au climat ou la santé mais plutôt à certains intérêts. C’est une logique très économique. L’industrie cherche à tout prix à continuer à vendre les moteurs à combustion interne. Des choix ont été faits, maintenant ils essayent de les vendre". C’est pour cette raison que Greenpeace plaide, plutôt que pour des motorisations plus écologiques, pour moins de voiture.

Francesco Contino pense aussi que les constructeurs automobiles doivent vendre les progrès techniques qu’ils ont développés : "Mais peut-on leur en vouloir vendre, entretenir des emplois et faire du chiffre ? Et quand bien même ils se déploieraient dans l’électrique pour maintenir cette activité, on pourrait très bien imaginer les mêmes problèmes et découvrir d’autres ennuis avec les véhicules électriques. Je pense qu’il ne faut pas polariser en pensant qu’une solution est meilleure que l’autre. Il y a une série de besoins et de solutions en conséquence".

"Ce n’est pas le rôle du politique d’interdire une technologie"

Pour Fransesco Contino, l’avenir de la mobilité ce n’est pas d’interdire le Diesel mais plutôt de se fixer un objectif clair en termes de qualité de l’air et d’émission de CO2 : "Une fois les objectifs fixés, laissons les gens dont c’est le métier développer les technologies. Ce n’est pas le rôle du politique d’interdire une technologie. Il ne faut pas se focaliser sur le Diesel. Si quelqu’un est assez ingénieux pour faire entrer le Diesel dans les contraintes, pourquoi pas ?".

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