Salah Abdeslam a choisi le silence: "Ce n'est jamais une bonne tactique"

Dessin de Salah Abdeslam le 5 février 2018.
Dessin de Salah Abdeslam le 5 février 2018. - © PALIX

Le procès de la fusillade rue du Dries à Forest a débuté ce lundi. Salah Abdeslam a décidé de ne pas répondre aux questions ce lundi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Le suspect-clé des attentats de Paris a opté pour le silence comme ligne de défense. 

Pour l'avocat Bruno Dayez - qui représente notamment Marc Dutroux -, le silence "n'est jamais une bonne tactique." 

Un effet de manque qui nuit au prévenu

Il développe: "Parfois, c’est une nécessité du point de vue du prévenu parce qu’il a sans doute d’excellents motifs de vouloir garder le silence. Mais ça le concerne seul. Du point de vue de son avocat, ça lui complique la vie. L’avocat ne peut plaider que sur le dossier et contrarier les arguments invoqués par le ministère public. Et cela risque toujours de mettre son avocat en porte-à-faux." Au delà des éléments de fait, l'avocat a à faire valoir les éléments de personnalité. Donc ça rend les choses plus compliquées." 

Par ailleurs, ajoute Bruno Dayez, "on attend du procès qu’il contribue quand même à la manifestation de la vérité. Tout le monde est impatient et ce silence crée un effet de manque qui est délétère et qui nuit de toute façon, dans le cas d'espèce, au prévenu."

Quelle marge de manoeuvre pour son avocat?

Que peut-on faire faire à un client qui a décidé de se taire? Quelle est la marge de manoeuvre d'un avocat? "J'ai vécu cette situation par le biais d’un associé dans le cadre du procès des CCC[l'attentat de la rue des Sols], où les accusés ne voulaient pas être défendus. Ils demandaient à leurs avocats de faire de la figuration. Si telle est la limite de notre mandat, on est effectivement là uniquement pour faire la potiche, pour parler en langage clair."

Pour Bruno Dayez, l'avocat dispose tout de même d'une "assez large marge de manoeuvre", "pour autant qu’il n’ait pas de consignes précises de son client qui viennent l’entraver dans le libre exercice de sa défense.". Dans le cas de Salah Abdeslam, s'il "permet à son avocat de plaider en toute liberté, il lui reste encore le dossier. Il peut voir si la préméditation est établie, si l’intention de tuer est établie, si la peine requise est convenable ou s’il y a des choses à dire sur le quantum de la peine."

Dans le cas de Salah Abdeslam, "je suis persuadé que mon confrère [Sven Mary] tente tout pour se faciliter la vie et amener son client à s’exprimer. (...) C’est extrêmement déstabilisant de plaider pour quelqu’un qui reste mutique."

Un silence qui n'a toutefois pas été total, puisque Salah Abdeslam a fait quelques déclarations ce lundi. En refusant de répondre aux questions et en disant placer sa "confiance en Allah", Salah Abdeslam a décidé de placer la justice d'une religion au dessus des êtres humains. Mais que peut faire un avocat dans ces cas là?

Selon Bruno Dayez, "la tâche de l’avocat est d’expliquer, de rentrer dans l’intimité du client et parvenir à être le porte-parole de quelqu’un qui se tait. Nous sommes les seuls intermédiaires entre un individu qui est face à la machine."

Il est tout à fait légitime d'avoir demandé à plaider jeudi

Le procès de Salah Abdeslam reprendra jeudi. Le procès ayant pris une allure accélérée, Sven Mary a demandé 48h pour préparer ses arguments. Chose que comprend Bruno Dayez: "Je pense qu’il est tout à fait légitime d’avoir demandé à plaider jeudi parce qu’il a entendu pour la première fois les arguments de son contradicteur lundi après-midi. Il doit pouvoir revoir ses classiques et peut-être recharpenter sa ligne de défense en fonction des arguments de son adversaire."

Par ailleurs, ajoute Bruno Dayez, "je suppose qu’il voudra revoir son client dans l’intervalle pour s’expliquer sur ce qui a eu lieu et se mettre d’accord avec lui — c’est une autre tâche compliquée."

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