Sacrifices financiers et satisfaction personnelle pour un ouvrier reconverti de Ford Genk

Sacrifices financiers et satisfaction personnelle pour un ouvrier reconverti de Ford Genk
Sacrifices financiers et satisfaction personnelle pour un ouvrier reconverti de Ford Genk - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Les moteurs et les feux vont d'éteindre à Ford Genk ce jeudi. Les deux dernières voitures sortiront alors de la ligne de montage. Les dirigeants européens du géant américain de l'automobile ont décrété en octobre 2012 la fermeture du site limbourgeois. Les usines européennes tournaient en sur-capacité. A peine 15% du personnel (sur les 4300 emplois directs) a préféré quitter Genk avant la fermeture.

Magasinier pendant vingt-deux ans à Ford Genk, Joël Philippens n'a pas attendu la dernière échéance pour postuler un autre emploi. Il n'a perçu qu'une partie de la prime de départ (en l'occurrence, 90 000 Euros bruts), mais il a évité une concurrence, en 2015, sur le marché de l'emploi. Dans le Limbourg aussi, les places sont chères, aujourd'hui... "Il y a sept mois, j'ai envoyé des CV à gauche et à droite. J'ai été bien accueilli dans une société qui fournit des dalles de béton à des chantiers. Mais le carnet de commande devenait plus fin. Le patron ne m'a pas retenu et je le comprenais parfaitement. Je lui ai dit que ce n'était pas grave, que l'on restait comme ça, c'est tout..."

Un test de Néerlandais à Tongres

Etabli dans le Limbourg depuis de longues années, Liégeois d'origine, Joël Philippens (50 ans) s'est alors rendu à cinq reprises dans une entreprise de matériaux de construction. Chez Metrotile, à Tongres, il réussit tous les tests, celui de la maîtrise du Néerlandais inclus. Avant de proposer un contrat à durée indéterminée, le patron lui a signalé qu'il ne pourrait lui offrir un salaire équivalent à celui perçu chez Ford Genk. Un rabotage de 20% environ, sous les deux mille Euros. "J'ai dû faire des concessions. Ford, c'était une grosse entreprise, bien cadrée, chacun savait ce qu'il devait faire. Ici, c'est plus dépouillé. Mais je me consacre totalement à ce nouveau travail." Au point d'en oublier Ford? "Je ne m'intéresse quasiment plus à ce qu'il s'y passe. A Tongres, nous sommes cinq ou six anciens de Ford, dont le dernier arrivé a 56 ans. Eh bien, avec lui, nous n'en avons même pas parlé pendant trente secondes."

A quelques heures de la sortie des deux derniers véhicules assemblés dans le Limbourg, Joël Philippens ne cache cependant pas un pincement au coeur. "Mais je me consacre totalement à mon travail. A cinquante ans, c'est une belle chance pour moi. Mon patron aurait pu prendre un jeune..."

 

Dominique Delhalle

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