"S'il y a de la fatigue, il y a une augmentation des risques d'avoir un accident de travail", estime Liane, une infirmière

Horaires trop lourds, congés impossibles à poser, heures supplémentaires en pagaille, les conditions de travail dans les hôpitaux se détériorent. Ce jeudi, certaines blouses blanches des hôpitaux privés se croiseront les bras pour dénoncer cette situation.


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C’est le cas de Liane, infirmière dans un bloc opératoire à Bruxelles. Pour la jeune femme, la coupe est pleine. Ses horaires deviennent de plus en plus difficiles.

"Personnellement, j’effectue des horaires qui sont variables, c’est-à-dire qui alternent entre le matin, le soir et la nuit, et qui ne sont évidemment jamais les mêmes. Je suis prévenue au moins un mois, si pas trois mois, à l’avance, dépendant des endroits où j’ai travaillé, pour pouvoir m’organiser entre le travail et ma vie privée. Mais la réalité du terrain fait qu’avec le manque d’effectifs, le travail qui a changé et le fait qu’on reste solidaire entre collègues pour maintenir une activité avec un patient au centre, on a des heures supplémentaires qui s’accumulent et qui sont difficiles à récupérer."

Des heures supplémentaires qu’elle peut en théorie récupérer, soit en prenant congé ou en obtenant qu’elles soient payées. Mais là, il y a un petit hic… "On peut en effet normalement obtenir qu’elles soient payées, mais évidemment, à ce moment-là, les taxes sont plus élevées. Le meilleur serait donc de pouvoir les récupérer, mais c’est le cercle vicieux, puisqu’on est en sous-effectif, donc on travaille des heures supplémentaires, et vu qu’on est en sous-effectif, on ne sait pas les récupérer. Il y a donc une fatigue qui s’installe et qui peut avoir des conséquences sur notre travail."

La charge administrative

Le travail de l’infirmier a évolué et s’est complètement diversifié, avec pour conséquence, une charge supplémentaire. Il y a bien sur la prise en charge clinique habituelle, mais aussi une prise en charge administrative "nécessaire pour la traçabilité, pour la sécurité du patient, pour la facturation", précise-t-elle.

"Ce travail n’est pas pris en compte dans le fait qu’on est très vite dispersé dans notre activité et qu’on n’arrive pas à donner les soins qu’on aimerait évidemment bien donner."

Ce rythme effréné a donc aussi des répercussions sur son propre travail et sur celui de ses collègues. "Vu le changement dans le travail, il y a une certaine fatigue qui peut s’installer et il y a un burn-out étant donné qu’on est en sous-effectif. Il y a plein de côtés négatifs qui se passent au niveau de notre équilibre vie privée et vie au travail et ça peut justement engendrer de la fatigue, des absences, et s’il y a de la fatigue dans le soignant, il y a évidemment une augmentation des risques pour les accidents de travail, etc. Donc, de nouveau, on rentre dans le cercle vicieux d’être plus fragilisé, d’avoir un accident de travail, de ne pas être là, et donc d’avoir évidemment des sous-effectifs qui continuent."

Diminution des inscriptions dans les études et burn-out

Mais comment expliquer ce problème de sous-effectifs ? Selon elle, la faute vient du changement du système des études, qui est passé de trois à quatre ans, mais aussi la dévalorisation de la profession. "Il y a une diminution dans les inscriptions dans les études de soins infirmiers, et c’est évidemment difficile. Même si l’employeur veut engager, il y a tellement de burn-out de nouvelles infirmières qui arrivent dans le métier et qui, au bout de trois ou quatre ans, n’en peuvent déjà plus qu’elles sortent des soins infirmiers. Tout ça fait qu’il n’y a pas d’infirmières qui sont disponibles. Et dans les intérims, même si on fait appel aux intérims, il y a un moment donné où il y a un nombre limité d’infirmières qui font de l’intérim. Je pense que les institutions sont elles aussi prises en otage, parce que même si elles veulent engager, il n’y a pas d’infirmières pour l’instant."

Malgré tout, Liane estime que si c’était à refaire, elle s’engagerait dans ce métier. "Je pense que c’est un métier passionnant. Je pense que c’est une vocation et c’est triste justement qu’on arrive à un point où il y a une telle dévalorisation de la profession et à un tel sentiment de fatigue par rapport au fait de ne pas être soutenu, que oui je le referais. Je le referais, je souhaite que les choses changent et de remotiver les gens à faire ce métier, qui est un très beau métier."

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