S. Furfari: "Le renouvelable ne suffit pas, il faut utiliser des énergies 'antipathiques'"

Alors que l’Europe évoque ouvertement une taxe carbone pour sortir de sa dépendance aux énergies fossiles, Donald Trump, lui, promet du pétrole, du gaz, du charbon, et relance des projets contestés dont la construction avait été bloquée par l’administration Obama au nom de la lutte contre le changement climatique. A-t-il raison ?

Pour répondre à cette question, Samuele Furfari, spécialiste en géopolitique de l’énergie, s’est prêté aux jeu des questions de Bertrand Henne sur la Prem1ère.

On ne peut pas vivre sans énergie, et il nous en faut beaucoup pour vivre

Et la réponse de ce professeur à l’Université Libre de Bruxelles peut de prime abord étonner : " On ne peut pas vivre sans énergie, et il nous en faut beaucoup pour vivre. Et il en faudra de plus en plus est en croissance et surtout une grande partie de la population n’en utilise pas encore. Comment le faire ? Avec des énergies renouvelables mais ce n’est pas suffisant, du moins à moyen, court terme. Il faudra donc également utiliser des énergies ‘antipathiques’. "

En 2030, le champion du monde des énergies renouvelables dépendra donc à 78% d’énergies non-renouvelables.

La bonne décision donc pour relancer l’économie américaine ? " Pas que l’économie américaine. Trump n’est pas le seul à penser cela. L’ensemble du monde pense cela. L’union européenne est la championne de la production d’énergies renouvelables. Son objectif est de 30% de ces énergies renouvelables en 2030, ce qui équivaut à 22% en énergie primaire. 100-22, cela fait 78%. En 2030, le champion du monde des énergies renouvelables dépendra donc à 78% d’énergies non-renouvelables. "

C’est la technologie qui a permis cela, qui a imposé cela !

Reste que là où l’Europe (voire même la Chine) semble se démener afin de réduire cette dépendance, d’autres pays investissent dans ces énergies fossiles. " À pékin, la première source de pollution ce ne sont pas les usines, c’est le chauffage urbain, domestique, au charbon. Par contre aux Etats-Unis, il y a une exploitation du gaz de schiste, du pétrole de roche-mère, qui a révolutionné la géopolitique du monde qui a fait chuter les cours du pétrole fin 2014. Et la politique n’y est pour rien. C’est la technologie qui a permis cela, qui a imposé cela. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère technologique, c’est cela que les gens ont du mal à comprendre. Et c’est cette amélioration technologique qui a entraîné une amélioration technologique sur l’environnement. Ne pensons pas que l’on va d’office vers plus de pollution ".

Nous n’en sommes pas encore là.

Et c’est là tout le propos de Samuele Furfari. De plus en plus d’énergies fossiles mais qui seront de moins en moins polluantes. " Je suis un défenseur de l’énergie pour les gens. Ils ont besoin d’énergie pour sortir de la misère en Afrique, et ils ne feront pas avec des panneaux photovoltaïques, c’est cela que je veux pense. Il n’est pas possible de vivre uniquement avec les énergies renouvelables que nous connaissons aujourd’hui. Dans le futur, nous arriverons à la fin des énergies fossiles, mais nous n’en sommes pas encore là."

L’Europe a atteint un plafond dans sa consommation

Combien de temps alors faudra-t-il encore vivre, et polluer, avec les énergies fossiles? " Tant que nous ne parviendrons pas à fournir l’énergie dont le monde a besoin. Car l’Europe a atteint un plafond dans sa consommation, on aura difficilement plus de voitures, on aura pas cinq frigos chez nous, on introduit de plus en plus les ‘smartgrids’ et les ‘smartdevices’pour réduire notre consommation d’énergie, mais le reste du monde n’en est pas encore là et sont dans un autre paradigme. Ils ont besoin des énergies fossiles et il y en a !"

Il y a 93 ans que l’on dit qu’il n’y aura plus de pétrole

Qu’en est-il alors de la fin du pétrole annoncée, puis reportée, ces dernières années ? " Cette théorie date de 1924, il y a 93 ans que l’on dit qu’il n’y aura plus de pétrole, mais chaque fois de nouvelles découvertes ont repoussé l’échéance. Oui, un jour il n’y en aura plus, mais ce jour-là on aura trouvé autre chose. La technologie va plus vite que nos besoins. Je suis un indécrottable défenseur de l’efficacité énergétique. On a fait et on a continué à faire."

Sous Obama, les USA ont d’ailleurs diminué peur empreinte carbone en remplaçant le charbon par le gaz de schiste. " Ce n’est pas politique, c’est le marché qui a décidé cela. Le gaz est moins cher que le charbon, donc on a utilisé du gaz. "

Si on pouvait pousser l’Afrique à construire des barrages

Nécessité ferait-elle loi ? Samuele Furfari en est convaincu. C’est d’ailleurs le propos qu’il développe dans son nouvel ouvrage "La vie sans énergie moderne: Pauvre, Désagréable Et Brève" où il affirme que les pays en voie de développement ne peuvent évoluer sans plus d’énergies fossiles, notamment du charbon, et d’énergie hydraulique. "Quand nous regardons comment l’Europe s’est développée. On s’est développé grâce au charbon, au pétrole, grâce aux barrages. La Norvège, c’est 100% d’hydraulique. Si on pouvait pousser l’Afrique à construire des barrages il y aurait assez d’énergie pour tout le continent, ou presque. Le monde est de plus en plus urbanisé, et c’est une réalité en Afrique.", ponctue l'universitaire.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK