S'embrasser à nouveau, une réalité pour les Britanniques, pas pour les Belges

Au Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson a estimé que les indicateurs Covid étaient suffisamment bas pour permettre un début de retour à la normale. Depuis ce lundi, les Britanniques sont donc désormais autorisés à boire un verre dans un pub, à assister à un match dans un stade ou encore... à s'embrasser et se prendre dans les bras. Les contacts physiques proches, vecteurs directs de transmission du virus, vont-ils bientôt pouvoir être réadoptés sans inquiétude? 

Protéger les personnes à risque

Pour l'épidémiologiste Yves Coppieters, tout dépend de la protection contre le Covid-19 des personnes à risque. Il estime que recommencer à se faire la bise et se prendre dans les bras "est tout à fait raisonnable si la couverture vaccinale (avec deux doses) est bonne chez les plus de 65 ans et les 45-65 ans avec comorbidités. Il faut atteindre une immunité de 80% dans ces deux groupes à risque. Ce n'est qu'à ce moment-là que les gestes barrières pourront être plus facilement levés, à l'échelle de toute la population."

En Belgique, c'est pour l'instant "un peu tôt pour cela", estime épidémiologiste. "On ne doit pas aller trop vite dans ce type de relâchement parce qu'actuellement, la situation des personnes à risque n'est pas optimale".

Pour rappel, la protection face au Covid-19 devient optimale 7 à 10 jours après la deuxième dose du vaccin. Hors, pour l'instant, des centaines de milliers de Belges âgés de plus de 65 ans attendent encore leur seconde dose.

"Ne pas jouer le jeu du chantage à la vaccination"

Selon Yves Coppieters, il faudrait donc encore un peu attendre avant de recommencer à s'étreindre. Toutefois, explique-t-il, il s'agit d'une recommandation à l'échelle de la société, il y a aussi une dimension individuelle. 

Ainsi, développe-t-il, "si vous allez voir une personne vaccinée et que vous pensez n'être que peu à risque - parce que vous avez déjà fait le Covid par exemple - embrasser la personne vaccinée est normal. Sinon, il n'y aurait aucun avantage à la vaccination." 


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Au-delà du cas par cas réfléchi, il faut donc attendre la protection des 80% dans les groupes les plus fragiles pour qu'on puisse, collectivement, se rapprocher.

Mais une fois cette étape atteinte, estime Yves Coppieters, il ne s'agit pas d'imposer les mêmes conditions à toutes les autres personnes. 

Il explique: "Si vous voulez embrasser des gens à risque, oui, ces personnes doivent se faire vacciner. C'est une réalité de santé publique. Par contre, après avoir atteint une protection suffisante pour les plus fragiles, je ne pense pas qu'on doive jouer le jeu du chantage à la vaccination pour les personnes à faible risque de situation grave covid-19. Il ne faudrait pas leur dire 'si vous voulez vous embrasser, vous devez vous faire vacciner'". 

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Les Britanniques peuvent désormais se prendre dans les bras: "C'est un peu tôt en Belgique" © Maskot - Getty Images/Maskot

La bise pour cet été?

Les comportements à adopter dépendent aussi bien sûr de la circulation  - faible ou haute - du virus. Se faire la bise les uns les autres? "En tout cas avec ceux de notre cercle assez proche, je pense qu'on y arrivera pendant l'été", estime l'épidémiologiste. "Je ne crois pas qu'il faille donner un point de départ. Les gens vont progressivement se relâcher, avoir une vie de proximité plus importante et, petit à petit, on verra que ça n'influencera pas les chiffres de l'épidémie. Ca va se faire naturellement quand on sentira une diminution de la pression de l'épidémie. Et ça, grâce à la vaccination et aux conditions environnementales de l'été."

Ces comportements risquent toutefois d'être fluctuants. "Quand le virus va recirculer plus, peut-être en automne/hiver prochain, il y aura probablement un retour en arrière", pense Yves Coppieters. 

Qui ai-je face à moi? 

Même en atteignant les fameux 80% de protection chez les personnes à risque,  l'épidémiologiste invite quand même à la prudence: "Il faudrait  toujours se demander : "Qui ai-je en face de moi? Pourrait-il/elle faire partie des 20% de personnes à risque non protégées?"

Par ailleurs, au Royaume-Uni, les bisous et câlins restent pour l'instant limités à la famille et aux amis proches. Boris Johnson a averti: "Il ne faut pas arrêter d'être prudent. Je vous demande de réfléchir à la vulnérabilité de vos êtres chers". 

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