Rues fantômes, ruines : les inondations ont défiguré les bords de Vesdre sur des dizaines de kilomètres

Il n’est désormais plus possible de relier Chênée, au sud de Liège, à Eupen en empruntant la route qui longe la Vesdre, sans être détournée vers les hauteurs. Maisons entièrement ou partiellement détruites, désormais inhabitées parce qu’inhabitables, carcasses de voiture, route en travaux : les inondations de la mi-juillet ont défiguré les villages sur des kilomètres. Les dégâts apparaissent dans toute leur étendue et leur gravité quand l’on parcourt les bords de Vesdre, de village en village.

A Liège même, les inondations ont meurtri les quartiers méridionaux d’Angleur et de Chenée. Pas seulement une ou deux maisons. Non, ce sont deux quartiers entiers où l’eau a pénétré dans les habitations, les plongeant parfois sous deux mètres d’eau. Presque huit semaines après les inondations, le gaz n’est pas raccordé partout, et les habitants tentent tant bien que mal de reconstruire leur foyer. Ils sont fragilisés alors que l’automne est à leur porte.

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Jean-Luc Smets aide son fils à réaliser les travaux à Vaux-sous-Chèvremont, après les cruelles inondations © Africa Gordillo – RTBF

La vie à Vaux-sous-Chèvremont

Quelques petits kilomètres après Chênée, un pont enjambe la Vesdre et conduit directement à la place Foguenne à Vaux-sous-Chèvremont. Ici, la crue de la rivière a solidement endommagé les maisons et les commerces. La pharmacie est désormais installée dans un bloc préfabriqué situé juste en face de l’officine et les eaux boueuses de la Vesdre sont toujours visibles sur les façades abîmées.

 

Une dizaine de maisons plus loin, Jean-Luc Smets s’active dans la friterie et la maison attenante de son fils Quentin dont il ne reste… rien. "L’eau est montée jusqu’à un mètre quatre-vingt et a tout détruit. On a gratté le plafonnage sur tous les murs parce que l’humidité était trop importante. Il faut tout refaire, dans toutes les pièces du rez-de-chaussée", explique ce père attentif, le sourire aux lèvres.


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Jean-Luc nous fait visiter les lieux. Le travail a bien avancé mais la tâche est immense. Et en attendant, Quentin n’a plus sa source principale de revenus. Il n’est pas le seul dans le cas. Le restaurant situé de l’autre côté de la place Foguenne, sur les berges mêmes de la rivière, est lui aussi fortement endommagé.

Chaudfontaine meurtrie

Les villages situés le long de cette rivière, jusqu’à sa source en Allemagne, portent quasi tous les cicatrices laissées par la crue de la Vesdre. Sur la route, les maisons se succèdent. Dans la commune suivante, Chaudfontaine, c’est le premier gros choc avec la découverte d’un village dont la rue principale est devenue une rue fantôme, désertée par ses habitants parce que les maisons sont devenues inhabitables. Le grillage d’un restaurant italien a été tordu par les eaux.

Quand les propriétaires ou locataires sont restés, les fenêtres sont grandes ouvertes ce jour de beau temps, pour permettre l’aération des pièces humides. Un étrange silence alterne avec le bruit des travaux réalisés sur les voiries en mauvais état. Des déviations sont installées à Chaudfontaine mais il est encore possible de traverser le village.

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A Trooz, une carcasse de voiture est restée sur le rivage de la Vesdre. © Africa Gordillo – RTBF

Fraipont surgit bientôt dans un virage. Une petite cité sur la gauche, à l’entrée de laquelle un panneau indique "les voisins veillent", semble vivre tranquillement, loin des inondations. Plus loin, en arrivant à Trooz, une carcasse de voiture est restée sur le rivage de la Vesdre.

L’épave est tellement sale, aplatie et endommagée qu’il est impossible d’en déterminer la marque ou le modèle à moins d’être connaisseur. Le parcours jusqu’à Verviers sera jalonné de quelques carcasses de ce genre, abandonnées sur les bas-côtés. A Fraipont, quelques déchets sont aussi visibles sur les berges de la rivière et une fine couche de terre brunit routes et trottoirs.

A Trooz, l’impression de désolation est la même, avec des rangées de maisons vides ou en travaux. Le temps semble s’être arrêté. Sur la petite colline où se dresse la gare en pierre, une tente de la Croix Rouge a été installée. C’est l’un des points de distribution de repas de la Croix Rouge dans la région sinistrée.

Deux bénévoles, âgés d’à peine vingt ans, discutent avec une femme d’une cinquantaine d’années. Elle a besoin de certaines informations. A Trooz d’ailleurs, tout est bon pour communiquer : des affiches sont apposées un peu partout, y compris sur les poubelles.

Plus loin, la route est barrée. Un homme en training et bottes est occupé à remettre en état chez lui. Il nous indique qu’un pont a été fortement endommagé au-delà du village et que le passage est impossible. Pour rejoindre Verviers, un itinéraire bis s’impose, par les hauteurs. Il faut prendre la route de Banneux.

Le choc, à Pepinster

Ce détour de plusieurs kilomètres conduit à Pepinster, au confluent de la Vesdre et de la Hoëgne. Avant d’arriver dans la commune, les images vues à la télé et les témoignages écoutés en radio nous reviennent en mémoire. Il y avait cette maison au confluent des deux rivières, à moitié détruite. Elle est toujours là, étrange, avec un ciel bleu qui la nargue. Il faut être patient pour l’atteindre.


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La traversée du village en voiture est ralentie par les travaux et des feux intermittents. Il faut une vingtaine de minutes pour passer de l’autre côté du cours d’eau.

C’est le deuxième gros choc. C’est là que se dressent, comme elles le peuvent, plusieurs maisons devenues insalubres. Un frigo ouvert, rempli de victuailles, pourrit littéralement devant ces habitations vides. Des déchets jonchent encore les rues. A l’étage de l’une des maisons, une cuisine. Et l’on imagine ce que devait être la vie avant les inondations.

Peu après 15 heures, des jeunes jaillissent dont on ne sait où après l’école et empruntent les rues désœuvrées, comme si de rien était. Pas d’exagération ici mais le tableau est déroutant. Et pourtant, dans le centre de Pepinster, la vie n’a pas repris son cours "normal". Comment en serait-il autrement dans une commune qui ressemble désormais plus à une "zone de guerre", expression entendue lors de l’une de nos conversations avec des personnes du coin.

Les rues serpenteront encore jusqu’à Eupen en passant par d’autres villages et d’autres habitants maltraités par les pluies de la mi-juillet, que ce soit Verviers ou Limbourg. Suivre le chemin tracé par la Vesdre donne la mesure des inondations aujourd’hui et semble presque impossible. Dans les conversations, beaucoup s’interrogent sur le réchauffement du climat mais aussi sur le rôle du barrage d’Eupen en amont dans ces crues venues par "vagues".

Effondrement d'une façade à Pepinster (reportage du 30 août)

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