Route Nationale 7: road trip des vacances à la française

Route Nationale 7: road trip des vacances à la française
Route Nationale 7: road trip des vacances à la française - © Tous droits réservés

"Nationale7…Il faut la prendre que l’on an aille à Rome ou Sète….C’est la route qui fait recette." Tout le monde aura reconnu la chanson de Charles Trenet  écrite en 1955 à la gloire de la route de vacances longue de 997 km. Un long serpent de 1000 bornes qui relie Paris au sud de la France. C’est alors la plus grande route nationale de l’Hexagone. Une sorte de Route 66 à la française sacrifiée dans les années 70 sur l’autel des autoroutes payantes et des restoroutes à la mode Tricatel. Si les moins de 50 ans ignorent totalement l’épopée annuelle que représentait cette ruée vers le sud, ceux qui l’ont vécue ont gardé ce souvenir ancré dans leur mémoire d’enfant. Dans leurs tripes aussi, car certains estomacs résistaient mal à l’inconfort des sièges arrière en simili cuir. Envie de découvrir ce monde à jamais englouti? Montez avec nous dans notre Simca 1000, et en route pour la grande aventure de la RN7.   

Piqûre de rappel

Pour en retrouver l’origine, il faut se rendre dans la capitale des Gaules (Lugdunum qui deviendra Lyon) d’où sont créées des routes vers Paris et vers Rome en longeant le Rhône et la méditerranée. Dans la série Astérix, la BD "Le tour de Gaule" ne craint pas l'anachronisme volontaire en montrant les deux Gaulois croiser une borne rouge et blanc marquée d’un " VR VII " (voie romaine VII).

Le tracé romain sera affiné par Louis XI  qui créera la poste royale empruntant la même route. Un siècle plus tard se généraliseront les premiers transports réguliers de voyageurs.

Et c’est en 1811 que Napoléon, décidant de  numéroter les routes, la future porte des vacances se voit attribuer le "7".

Le front populaire et la voiture reine

Après la guerre, la RN7 s’étire sur 997 km, de Paris jusqu’à Menton aux portes de l’Italie. En passant par Nevers, Roanne, Lyon, Valence, Avignon et Nice.

Dès 1936, le Front populaire instaure les congés payés de 15 jours. Rien que cette année-à, 600.000 personnes partent en vacances. La Nationale 7 s’associe à la fête en se donnant un nouveau statut. Mais ce n’est qu’après la deuxième guerre que la nationale 7, ou RN7, devient enfin pour les Français et les Européens du nord, leur "Route 66 européenne" qui, plutôt que de relier l’Est à L’Ouest, préfère parcourir le pays du Nord au Sud "vers les rivages du Midi " pour reprendre le texte de Trenet. C’est la conjonction de cette "voie rapide" et de la démocratisation de l’automobile que naîtra la légende de la N7.  Les 2 et 4CV, la Renault 4L, la Citroen Dauphine et la Simca 1000 déboulent sur la route des vacances pour créer une noria sans fin. Cette route truffée de stations-services et de relais routiers est une véritable industrie qui fait vivre des milliers de pompistes, garagistes et restaurateurs. Car on ne parlait pas, alors, de 'stations d’essence': Il fallait, à chaque arrêt, vérifier le niveau d’huile pour éviter la casse moteur. Et ouvrir le capot pour lui permettre de respirer un peu.

50km/h dans les montée, et pas d'air-co

Pour tous ceux qui l’ont empruntée, la RN7 est celle de l’épopée touristique. Une route souvent réduite à une seule voie qui, la plupart du temps, oblige à dépasser les véhicules en prenant le risque d’un accident frontal... qui se produit parfois. Une route embouteillée à l’entrée de chaque petite ville traversée, et où les camions puant le diesel  semblent mettre toute leur énergie à bloquer le trafic.

Pour les habitants des villes traversées, la grande transhumance de juillet et août était enfin l’occasion de découvrir les derniers modèles présentés au salon de l’auto. Des modèles souvent réservés aux Parisiens et Lyonais fortunés. 

La Nationale 7 c’est aussi la route des pannes et des accidents. Avec les vieilles deux chevaux qui peinent dans les côtes pour atteindre les "sommets" à moins de 50 km/h. Des Renault R8  abandonnées sur le bord de la route avec un radiateur crachant toute la vapeur de ses entrailles. La belle Ford Taunus 17m , capot ouvert, face à son propriétaire qui contrôle la jauge d’huile d’un air inquiet. Et les enfants geignant dans la chaleur d’un habitacle qui, bien sûr, ignore encore ce qu’est l’air-co. Et les auto-stoppeurs qui lèvent le pouce vers une destination de rêve. L’occasion de belles rencontres elles aussi immortalisées par une chanson qui raconte l’histoire de " deux enfants qui se sont trouvés au bord du chemin, sur l'autoroute des vacances…  C’était sans doute un jour de chance " . Une rengaine qui a traversé les générations, même si, dans une intervieuw accordée en 2018, Michel Fugain a reconnu, que sa chanson ("Une belle histoire") s’inspirait plutôt des road movies liés à la route 66.

Les longues files de voitures: c'était mieux avant?

Les vacances? Un mois sinon rien

Les grandes vacances, c’est souvent un périple d’un mois, soit la quasi-totalité des congés payés utilisés en une seule fois pour rejoindre une destination qui semblait au bout du monde.

Pour rejoindre les plages de Peñiscola (Taragone) à 1500 km de Bruxelles, une famille allait rouler 3 jours durant, en passant deux nuits dans des "routiers" pleins à craquer où vacanciers et conducteurs de poids lourds créaient une ambiance bruyante. Avant d’aller s’écrouler dans des lits à la propreté souvent discutable. Mais c’étaient les vacances. Aujourd’hui, deux conducteurs qui se relaient peuvent  parcourir la même distance en 16 heures, dans le silence presque parfait d’un habitacle à température constante et des enfants qui regardent la télé quand ils ne dorment pas. Le monde a changé.

Les années 70: le début de la fin

A la fin des années 60 et au début des années 70, se construisent, parallèlement à la route des vacances, les autoroutes A6, A77, A7 et A8. L'ouverture des autoroutes du Sud et du Soleil feront perdre à la RN7  la plus grande partie de son trafic automobile.

En 1972 le ciel s’assombrit encore par le déclassement des premiers tronçons de route nationale qui se transforment en routes départementales. Dès 2005, plus de la moitié du tracé a été transféré au réseau départemental. Un réseau moins apprécié des vacancier, comme le répète Jean Yan dans une tirade culte d’un sketch consacré au permis de conduire. 

Un petit "7" conservé en souvenir

Récupérant les anciennes routes dans leur giron, les départements français renomment les tronçons de RN en RD. Mais en y laissant presque toujours un chiffre 7 symbolique à la fin du nombre (D707, D607, etc.) Certains départements iront jusqu’à conserver le  ‘D7’, voire, comme les Bouches-du-Rhône, la dénomination  ‘D7n’

Mais la magie a disparu en même temps que les historiques bornes  blanc et rouge, remplacées par les bornes réglementaires blanc et jaune, caractéristiques des routes départementales.

Pour renouer –un peu- avec ce passé, les vacanciers peuvent quitter l’autoroute pour visiter le Musée de la route nationale 7 situé à Piolenc, dans le Vaucluse, à 5 km au nord d'Orange. Fermé un temps, le musée a rouvert ses portes le 1er juin 2009. Il fonctionne principalement grâce à des bénévoles.

Ou alors passer une nuit dans " L’hôtel de la N7 ", un hôtel totalement vintage au décors années 60 avec des voitures et des accessoires d’époque dans l' hall d'accueil.

Et si vous aimez ça, faites une partie de "1000 bornes". Le nom du jeu s'est directement inspiré des 1000 km de la RN7 pour baptiser son jeu de société qui a toujours la cote. 

Les embouts’ comme si vous y étiez

Mais on peut aussi, revivre, chaque année, les embouteillages historiques de la RN7. C’est le cas de "l’embouteillage de Lapalisse", véritable reconstitution annuelle des problèmes de trafic vécus, chaque année durant les vacances, par la petite ville traversée par la RN7. Aujourd’hui encore, cette reproduction est le plus gros événement du canton en termes participation du public. Mais ces type de rassemblements se produisent un peu partout, comme à Delcroix. L’occasion de réunir des voitures, et même des cars des années ’60. 

La reconstitution de l’embouteillage de Lapalisse en octobre 2012

La reconstitution de l’embouteillage de Delcroix en 2013

Adieu N7, place à la route du Soleil

Désormais, seuls les nostalgiques et les clubs de véhicules anciens empruntent encore volontairement les tronçons sectionnés de la route Nationale 7. Les autres ont adopté les autoroutes A6 et A7. Avec plus de sécurité, de confort, de vitesse, mais en payant des octrois comme au Moyen-Âge et en s’arrêtant dans des stations-services sans âmes et aux tarifs usuraires. Ce qui fait dire à un amateur de la route mythique que la N7 a laissé la place à "une sorte d’indifférence autoroutière." Pas faux.


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