Romelu: "En Belgique, il se passe toujours quelque-chose de spécial"

Romelu Lukaku est presque, à lui seul, une synthèse de la génération "20 ans en 2013" de Belgique. De parents congolais, Anversois de naissance et Bruxellois d'adoption, parfait trilingue, il représente le pays à travers le monde entier sous la vareuse des Diables rouges. Il nous a raconté ce qu'évoquait pour lui ce pays à la multiculturalité croissante et auquel il estime qu'il "doit tout".

Romelu est un Belge que l’on ne présente plus aux amateurs de football à travers le monde. Car le jeune homme a rapidement fait parler de lui et pas seulement en Belgique. De son pays très vite devenu trop étroit pour que son talent s'y exprime pleinement, ce jeune expatrié retient surtout le côté accueillant et multiculturel.

Dès août 2010, alors qu’il n’est âgé que de 17 ans, le journal espagnol Marca en fait sa Une, en l’appelant "Le rêve secret de Mourinho (l’entraîneur du Real de Madrid à cette époque, ndlr)". Un "rêve" qui ne restera pas "secret" longtemps puisque José Mourinho -alors considéré comme le meilleur entraîneur du monde- confirmera face caméra, son intérêt pour l'attaquant belge.
 
Quand on vous dit que la Belgique est vite devenue trop exiguë pour ce phénomène... Mais le jeune joueur natif d’Anvers, formé au Lierse et devenu professionnel au Sporting d’Anderlecht dès 16 ans, ne donnera pas suite aux appels du pied du club le plus prestigieux de la planète.
Il préfère rester à Bruxelles pour finir sa scolarité au Sint-Guido Instituut. Un établissement qu’il rendra lui-même célèbre à travers l’émission diffusée sur één : "De School van Lukaku".

Au cours de cette émission, on le voyait notamment découvrir le stade du club londonien de Chelsea lors d’un voyage scolaire. Visiblement très ému, le jeune homme y déclarait sa flamme pour le club et son rêve de pouvoir un jour jouer dans ce stade de Stamford Bridge. En fait, "rêve" n’est pas le mot exact puisque comme il le dit alors lui-même: "Je n’en rêve pas, je vais jouer ici un jour".

 

 

Et devinez quoi ? Dès août 2011, a 18 ans à peine, il rejoint les rangs du club de Chelsea, propriété du richissime Roman Abrahamovic qui n’a pas regardé à la dépense pour le faire venir (le transfert est évalué autour des 20 millions).

Mais au-delà de la star mondiale en cours de fabrication (et du millionnaire en euros qu’il est déjà), il y a aussi et surtout un vrai "Belge 2.0". Né à Anvers, d’un père Congolais, ce Flamand d’origine et Bruxellois d’adoption, parle avec la même facilité les deux langues nationales. Ouvert sur le monde, cet expatrié polyglotte (il parle six langues) représente également la Belgique à travers le globe chaque fois qu’il enfile la vareuse des Diables rouges.

C’est ce jeune belge -représentant en vue de la génération qui a fêté ses 20 ans la même année que les 20 ans de règne et l’abdication du Roi Albert II- et non le footballeur qui s’est confié à la rédaction web. 

 

La spécificité de la Belgique? Son multiculturalisme

"La Belgique devient de plus en plus multiculturelle". Ce constat est ce que Romelu relève en premier lieu lorsqu’on l’interroge sur la spécificité belge. Et cette dynamique a tendance à se renforcer selon lui. " Il y a de plus en plus en plus de mélanges " entre les Belges et des personnes ayant d’autres terreaux culturels, constate-t-il.

"J'ai grandi ici, alors je dois tout à ce pays-ci"

Ce n’est pas forcément un hasard à ses yeux : " la Belgique a toujours été un bon pays d’accueil ". Et en premier lieu pour ses parents, venus de République Démocratique du Congo, souligne-t-il. " Ils m’ont fait grandir ici, alors je dois tout à ce pays-ci ", n’hésite pas à affirmer le jeune colosse (1,91m).

"Regarde-moi ce ket"

Nouvel exemple de son double ancrage, anversois et bruxellois, lorsqu'on lui demande son expression typiquement belge préférée, Romelu doit donner deux réponses.

La première pour un mot bruxellois. "Quand je suis arrivé à Anderlecht, tous les entraîneurs disaient tout le temps:‘Regarde-moi ce ket!'", évoque-t-il. Le "ket" (qu’on pourrait traduire par ‘jeune garçon’ en Bruxellois) a désormais bien grandi mais ce souvenir lui met encore le sourire aux lèvres.

Pour la seconde, il s’agit d’une expression typiquement anversoise qui se traduit par "n’exagère pas" et dont la simple prononciation, même timide, lui fait clairement plaisir.  

 

"En Belgique, il se passe toujours des choses assez spéciales, c’est ça le truc"

Quand on lui demande ce qui l’a marqué en Belgique au cours de ses 20 années de vie, le jeune homme hésite. Il a du mal à choisir : " je crois en Belgique y a toujours des choses assez spéciales qui se passent. C’est ça le truc. Je ne peux pas choisir un moment comme ".

Au final, en creusant un peu, la crise gouvernementale de 2010-2011 et ses 541 jours sans gouvernement resteront l’événement belgo-belge le plus marquant de sa jeune vie. "C’était tout un tralali-tralala. Je n’ai pas trop suivi mais tout de même, c’est un peu spécial, je trouve". On pourrait difficilement le contredire: être le pays qui détient le record de la plus longue crise gouvernementale au monde, c’est en effet "un peu spécial".

La valeur clé? Le respect des anciens

Fils de l'ancien joueur de football professionnel Roger Lukaku, Romelu a le respect des aînés profondément ancré en lieu. Conséquence logique de l'importance qu'il accorde lui même à ces modèles, il dit avoir conscience du rôle d'exemple que lui confère son statut. 

"J'essaie juste d'être un exemple pour mon petit frère et mes cousins et cousines. Mais avec mon statut, je réalise aussi que de plus en plus d'enfants me regardent et les seules valeurs que je veux leur apporter c'est de respecter leurs parents et de finir leurs études tout en continuant de poursuivre leurs rêves", nous confie-t-il. 

Porteur de ces valeurs, il déplore une certaine déperdition de ces valeurs. "Quand je parle avec des personnes plus âgées que moi et qu'ils me racontent leurs histoires, je réalise qu'avant, il y a avait plus de valeurs et beaucoup plus de respect envers les anciens". 

Encore footballeur à 40 ans?

"Euh... Moi dans 20 ans? Je crois que je jouerai encore au foot. J'espère". L'amour du ballon rond semble connaître peu de limites dans le chef du meilleur buteur de West Bromwich (il a inscrit 17 buts pour ce club où il a été prêté par Chelsea la saison dernière). Mais même s'il semble en avoir très envie, lorsqu'il aura 40 ans, il y a tout de même peu de chances que ses 191 centimètres soient encore en mesure de parcourir encore les pelouses avec des crampons aux pieds.

Et à part le foot? "J'espère avoir une vie stable, si Dieu le veut. Et être un bon homme d'affaires après ma carrière footballistique, pour que mes enfants grandissent dans de meilleurs conditions que celles dans lesquelles moi j'ai grandi".

Et la Belgique dans le futur, comment la voit-il? "J'espère que la situation s'améliorera entre néerlandophones et francophones. Je crois qu'après la Coupe du Monde (de football) 2014, il y aura une plus grande unité car là, le peuple sera mélangé, le pays sera vraiment ensemble. Si on fait un bon résultat avec l'équipe nationale, cela aura un effet positif sur l'unité du pays, je pense". 

Julien Vlassenbroek (@julienvlass)

La page spéciale "20 ans en 2013: la génération Albert II"

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