Romans, essais et bandes dessinées dopent les ventes d'une majorité de libraires enthousiastes

Vous avez attendu quelques minutes sur le trottoir avant d’accéder à une librairie, selon la jauge disponible ?

Vous n’êtes pas les seuls.

Les premiers chiffres de ventes en librairie du mois de décembre sont globalement excellents en France, très bons en Belgique, comparativement à décembre 2019.

Tout n’est cependant pas à ranger au même rayon de l’enthousiasme après des mois de fermeture et, par conséquent, d’importantes pertes du chiffre d’affaires.

Exemples en Belgique : -45% en mars, -95% en avril, une trentaine de pour cent en été.

En France, l’activité de la profession a reculé de 3,3% l’année dernière, mais à la réflexion, ne s’agit-il pas d’une performance, compte tenu des plus nombreuses semaines de fermeture qu’en Belgique ?

Avant de poursuivre, précisons que le groupement des libraires francophones belges ne dispose pas des moyens financiers et humains ou d’une informatique standardisée à l’image de la France, par ailleurs plus fertile terre d’éditions.

Les données statistiques sont détaillées d’un côté, parcellaires de l’autre.

L'implantation des enseignes

Attachons-nous donc à ce mois de décembre.

En France, il coïncidait avec la réouverture des librairies : "Mes ventes ont augmenté de 70% par rapport à décembre 2019", constate, les yeux éberlués, un indépendant de Saint-Jean-de-Luz, dans les Pyrénées-Atlantiques.

En Belgique, selon quelques coups de sonde du syndicat des librairies francophones, l’augmentation se situe entre dix et vingt pour cent.

À nouveau, plaçons ces chiffres, très positifs, en regard de l’année : "Et là, constate Gaëlle Charon, la directrice du syndicat des librairies francophones de Belgique, le retard concédé n’est pas rattrapé, ou tout juste, en tout cas pour les ventes en caisse."

Encore faut-il distinguer les enseignes selon leur implantation.

Dans ce secteur-là aussi, les centres-villes et commerciaux ont pâti du télétravail, plus encore pour certaines d’entre elles à Bruxelles. 

Les banques, les administrations ou institutions et lobbys européens retenant la majorité de leur personnel à domicile, livrent moins de clients aux commerces, donc aux librairies.

Le précieux lien social

En revanche, des librairies de quartier, attirantes, dynamiques, organisées (sur le plan sanitaire aussi, bien sûr) ont séduit un public plus nombreux.

"Tournez-vous vers les librairies indépendantes, faites-leur confiance", suggèrent volontiers les présentateurs d’émissions radios et TV spécialisées.

Le prix unique du livre gomme quelque peu la concurrence des sites en ligne.

De plus nombreux clients acceptent un délai de livraison d’un livre commandé. Comme si, depuis quelques mois, il y avait un autre rapport au temps.

"Et puis, relève Gaëlle Charon, "ces lieux sont devenus l’un des rares à créer un lien social. Un des trop rares représentants accessibles de la culture."

Un autre mode de vie

Sur quel type d’ouvrages se concentraient les demandes ?

La comparaison avec la France est pertinente, d’où nos indications chiffrées avec l’hexagone (cette fois, toutes enseignes confondues)

1) La littérature (romans, essais, poésie) : 27% des ventes (+4,6% de hausse par rapport à décembre 2019).

2) La bande dessinée : 15,9% des ventes (+14,3%) "Chez nos libraires, observe Gaëlle Charon, quand une BD se vend bien… elle se vend très bien ! Je pense à Sapiens, ou le monde futur."

3) Les livres pratiques (cuisine…) : 5,8% des ventes (+6,5%).

Dans la colonne voisine, se pressent les livres scolaires (-18,7%), les beaux-arts (-15,3%), le tourisme (-33,5%), autant de secteurs affectés par un mode de vie différent.

Peu ou plus d’expositions, des musées, s’ils sont ouverts, à fréquentation limitée, des voyages annulés…

493 nouveaux romans

Quant aux meilleures ventes…

Tournons-nous donc vers la France et, pour référence, "Livres hebdo".

La première semaine de janvier confirme les ventes de décembre, avec quelques best-sellers.

1) L’anomalie, de Hervé Le Tellier.

2) Fait maison, 45 recettes du quotidien, de Cyril Lignac.

3) Une terre promise, de Barack Obama.

4) Les impatientes, de Djaïli Amadou Amal.

5) Le cri du Moloch, aventures de Blake et Mortimer.

Soit deux romans, un essai, un livre pratique et une bande dessinée.

Un classement qui, naturellement, sera progressivement revu, d’autant que vont s’empiler sur les tables 493 nouveaux romans en langue française, une rentrée hivernale inhabituelle en quantité (que d’attentes depuis l’été !) et en degré de notoriété des auteurs (Pivot, Besson, Adam, Ben Jelloun, King…).

Conséquence ?

Les petits nouveaux, les plus modestes maisons d’édition pourraient en souffrir. A moins d’avoir anticipé, comme Kennes, en Belgique : "Nous avons recentré l’offre. Une production inférieure de 20%, pour des pertes limitées à 3%. Dommage pour la diversité".

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