Rokhaya Diallo: "Porter un voile n'est pas plus sexiste que de porter des talons aiguilles"

Je ne vois pas pourquoi j’isolerais le voile  par rapport à d’autres signaux qui sont plus socialement acceptables.
Je ne vois pas pourquoi j’isolerais le voile par rapport à d’autres signaux qui sont plus socialement acceptables. - © PHILIPPE HUGUEN - AFP

Militante antiraciste et féministe, Rokhaya Diallo se bat sur tous les fronts, y compris comme chroniqueuse sur le plateau de l’émission controversée "Touche pas à mon poste" de Cyril Hanouna. En novembre dernier, elle était invitée par Barack Obama à Chicago dans le cadre de sa fondation pour les jeunes générations d’activistes. Depuis, elle mène un combat contre le cyber-harcèlement avec un discours parfois clivant qui fait éclater le politiquement correct. Notamment à propos du port du voile

Pourtant explique-t-elle, le féminisme en 2018 n’est pas différent de celui d’hier. "C’est le combat pour l’égalité. Aujourd’hui cette égalité est acquise en droit, mais pas dans les sphères du quotidien."

Contre le militantisme des femmes blanches

Rokhaya Diallo revendiques une militance différente de celle des "Chiennes de garde", présentées comme des  groupes composés de femmes blanches qui ne tiennent pas toujours compte de femmes aux origines et aux profils différents. Elle critique aussi les féministes "qui s’en prennent à d’autres femmes alors qu’on a intérêt à s’unir pour lutter."

Le voile n’est pas la problématique n°1 des femmes

Sur la question du voile, son discours est clivant: "Je ne vois pas pourquoi marquer la féminité par un voile serait plus sexiste que de porter des talons aiguilles ou des mini-jupes. Je voyage beaucoup, est je vois que ce n’est pas la problématique n°1 des femmes. Je suis autant solidaire de celles qui se battent contre le port du voile forcé dans des pays autoritaires que de celles qui veulent librement porter le voile dans un pays où il n’est pas obligatoire. Je suis pour le choix. Je ne vois pas pourquoi j’isolerais le voile par rapport à d’autres signaux qui sont plus socialement acceptables".

Pour la militante, le port d’un foulard musulman ne peut pas avoir le même sens dans une théocratie autoritaire où les femmes n’ont pas le choix que dans un pays laïque où les femmes sont libres. "On ne doit pas dire aux femmes ce qui est bon pour elles. Les hommes qui ne sont féministes que pour expliquer aux musulmanes comment elles doivent s’habiller, cela me pose problème."

"Touche pas à mon poste": il faut toucher les publics populaires

Prête à briser les codes, Rokhaya Diallo est devenue chroniqueuse de l’une des émissions les plus controversées du moment: 'Touche pas à mon poste'. "Ciryl Hanouna a été sanctionné, ce qui est une bonne chose. Après les différentes controverses, il a décidé d’inviter d’autres personnes dont les propos sont situés aux antipodes de ce qu’il faisait." Et Rokhaya Diallo rappelle que la militance n'est pas un métier: "Mon métier c’est journaliste ce n’est pas militante, et TPMP est une émission de critique média. Je ne néglige aucun espace. J’étais cliente de l’émission à ces débuts. Le public de TPMP est populaire comme moi lorsque j’étais plus jeune. Il ne faut pas mépriser certaines catégories de la population sous prétexte qu’elles auraient des goûts populaires".

Il existe un racisme d’Etat en France

Rokhaya Diallo mène aussi un combat contre ce qu’elle appelle le racisme d’Etat qui règne en France. Il ne fait aucun doute, selon elle, que les démocraties produisent du racisme. "Si on est d’origine maghrébine et que l’on est jeune, on a 20 fois plus de chances d’être contrôlée par la police. La Cours européenne des droits humains a condamné des comportements racistes de l’Etat Français. Ce n’est pas un Etat raciste, mais il y a du racisme produit par l’Etat. En France on a des Territoires d’Outre Mer (TOM) qui ont des traitement différents. L’usage de certains pesticides est autorisé en Guyane mais pas en France métropolitaine. Des territoires où la majorité est noire."

Il ne faut pas fermer le couvercle sur des propos qui dérangent

Approchée par Emmanuel Macron pour participer au groupe chargé du changement numérique, Rokhaya Diallo a fait l’objet d’une levée de boucliers contre sa nomination. Suite à la volonté du gouvernement de proposer une nouvelle liste des membres du Conseil du numérique, l’institution ne se réunit plus. "Le Conseil du numérique n’a donc plus d’activités. Cela montre la difficulté à écouter des propos différents. Je n’ai jamais tenu aucun propos illégal. Il ne faut pas fermer le couvercle sur des propos qui dérangent. Les rares noirs qui prennent la parole ne peuvent pas évoquer les questions raciales"

Les propos tenus sur Internet sont aussi du harcèlement

Reste un autre sujet marquant: le cyber-harcèlement. Car pour la militante, le racisme se rencontre, surtout, sur internet. "J’ai réalisé ‘Les réseaux de la haine’ pour montrer l’intimidation et le harcèlement sur les réseaux sociaux. J’ai fait l’objet d’appels au viol. La personne a été condamnée, mais c’est très difficile d’arriver à cet aboutissement. Il faut la force mentale et il faut de l’argent pour aller en justice. Les jeunes doivent prendre conscience que les propos tenus sur Internet sont aussi du harcèlement, et qu’ils sont dommageables pour le débat public et la santé démocratique. "

À l'occasion de ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, la RTBF se mobiliseet propose une journée spéciale sur La Première, dans ses rendez-vous d’information et une soirée thématique sur La Trois. 

 

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