Robert décède ébouillanté dans sa maison de repos: pourquoi l'eau était-elle à 63 degrés?

Robert décède ébouillanté dans sa maison de repos : pourquoi l'eau était-elle à 63 degrés?
Robert décède ébouillanté dans sa maison de repos : pourquoi l'eau était-elle à 63 degrés? - © Tous droits réservés

Robert, 92 ans, est décédé il y a quelques mois dans une maison de repos de la région de Charleroi. En cause : l'eau à 63 degrés qui circule dans les tuyaux. Encore très émue, sa petite-fille Anne veut témoigner, pour éviter qu'un décès aussi tragique ne se reproduise à l'avenir.

"Mon grand-père s'est dirigé vers les toilettes de sa salle de bain. Il a perdu l'équilibre et est tombé dans la baignoire qu'il était en train de longer. Ce sont des baignoires au rebord assez bas, pour que les résidents puissent y entrer et en sortir plus facilement". Anne explique ensuite que son grand-père aurait saisi le robinet d'eau chaude pour tenter de se relever… "L'eau chaude coulait à 63 degrés. Et il est décédé quelques jours plus tard, 30 à 40 % de son corps totalement brûlé. C'est une mort abominable. C'est inadmissible. Ça veut dire que demain, la même chose peut arriver à qui que ce soit."

Pourquoi une eau à 63 degrés?

La justice a décidé de classer le dossier sans suite "parce que le système actuel prévoit que l'eau peut être à 63 degrés dans les tuyauteries", nous explique Anne.

L'Agence pour une qualité de vie (AVIQ) confirme que c'est une mesure de prévention contre la légionellose, une pneumonie induite par des bactéries qui sont neutralisées par une eau à 63 degrés. Mais Alice Baudine, l'administratrice générale de l'AVIQ, nous a confié avoir été très ébranlée par ce dramatique accident. "Je n'en ai pas dormi pendant trois jours. C'est un accident tragique qui ne peut plus se reproduire. On doit donc trouver une réglementation. Et on pourrait appliquer assez facilement notre réglementation 'services pour personnes lourdement handicapées' aux maisons de repos. D'ailleurs on leur a déjà envoyé pour information".

Dans les services accueillant des personnes lourdement handicapées, des accidents comportant des brûlures ont aussi été répertoriés. En 2017, l'AVIQ avait par conséquent émis une circulaire encourageant fortement ces services à placer des mitigeurs sous les éviers, plutôt qu'au niveau du robinet. "Quand on tourne le robinet, même si on se trompe et qu'on met l'eau chaude à fond, l'eau ne dépasse pas 43 degrés. Donc même si la personne âgée est désorientée, elle ne peut pas se tromper, elle ne peut pas se brûler". Ce système permet de conserver contre la légionellose l'effet de la forte chaleur d'une eau à 63 degrés émise au niveau du boiler, tout en évitant que l'eau qui sort des robinets ne soit bouillante. 

Réformer le système de boutons d'appel?

Ce soir de novembre 2017, le sort s'est acharné contre Robert. Il n'a pas pu appeler à l'aide : la sonnette d'appel se trouvait de l'autre côté de la salle de bain, à côté des toilettes. De quoi aussi faire réfléchir l'AVIQ. "J'ai aussi demandé qu'on travaille sur les boutons d'appel. On est à l'époque du Wi-Fi et je ne comprends pas qu'on n'ait pas des boutons d'appel autour du cou. Pour le moment, le bouton est sur le lit, au fauteuil ou dans la salle de bain, mais on peut toujours tomber à deux mètres du bouton d'appel. On court donc toujours ce risque de rester à terre jusqu'à ce que quelqu'un passe. Ca fait partie de nos réflexions d'amélioration de la qualité de vie."

Anne nous a confié qu'elle s'était sentie écoutée par l'AVIQ. Qu'une réflexion soit en cours pour améliorer les choses suite au décès de son grand-père la rassure. Pour que la mort du vieil homme permette d'éviter d'autres accidents tragiques.

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