R. Coolsaet: "Les jeunes qui partent en Syrie, ça n'a rien à voir avec l'islam"

Rik Coolsaet
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Rik Coolsaet - © RTBF

Pour le professeur Rik Coolsaet de l'université de Gand, les services de renseignement belges manquent de moyens pour lutter contre les attentats. Il était plus facile de lutter contre le terrorisme à l'époque d'Al-Qaïda qu'aujourd'hui: les "loups solitaires" tels que Mehdi Nemmouche sont imprévisibles.

Pour Rik Coolsaet, professeur à l'université de Gand et spécialiste du terrorisme djihadiste, les autorités n’auraient pas pu éviter la tuerie du Musée juif de Bruxelles : "Un ‘loup solitaire’ est une personne qui ne se fait pas remarquer, et qui n’a parfois pas de passé. Et c’est un grand problème pour les services de renseignements. Si on était cynique, on dirait qu’il vaudrait mieux qu’Al-Qaïda existe. Al-Qaïda étant une structure, on peut l’intercepter, on peut contrôler ses mouvements. Lorsqu’il s’agit d’individus sans attaches réelles, sans liens organisationnels ou financiers, c’est extrêmement dur à prévoir" explique-t-il au micro de Bertrand Henne.

Actuellement, comme le dit le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme Gilles de Kerchove, le danger d’une attaque de grande envergure comme celle du 11 septembre n’existe plus, poursuit Rik Coolsaet : "Le terrorisme d’aujourd’hui est un terrorisme d’en bas, beaucoup plus ponctuel. Mais il est imprévisible. Il ne faut pas sous-estimer le danger ; il ne faut pas non plus surestimer la menace".

Anti-musulman

Concernant la cinquantaine de résidents belges qui sont rentrés de Syrie, Rik Coolsaet précise : "Tous ne sont pas des terroristes potentiels. Il y a des désillusionnés, des dégoûtés. Il y en a qui sont complètement déboussolés". Et il rappelle les nombreux incidents causés par des GI américains revenus du Vietnam ou d’Afghanistan : "Le stress post-traumatique n’a rien à voir avec la religion ou avec l’idéologie. Se retrouver à l’âge de 20 ans en Syrie, dans une région sans foi ni loi, il y a de quoi être complètement déboussolé. Il faut les garder à l’œil, mais il ne faut surtout pas surestimer la menace qu’ils représentent".

Même si la ministre de l’Intérieur a annoncé avoir mis plus de moyens pour surveiller les jeunes rentrés de Syrie, les services de renseignement manquent de moyens : "Si tous les experts anti-terrorisme de la Sûreté ne s’occupent que de Syriens, que se passera-t-il si un anti-musulman fait un attentat ? Je crains qu’il passe entre les mailles du filet".

Prévention

"Depuis l’existence du plan anti-radicalisation du gouvernement belge en 2006, pour la première fois Joëlle Milquet a créé un volet préventif. Je crois qu’après un an de fonctionnement, il est temps de prévoir une évaluation, de manière à renforcer le dispositif préventif" estime Rik Coolsaet.

Est-ce que c’est l’existence en Belgique, dans le nord de la France ou en Europe, de réseaux salafistes qui pose problème ? Pour Rik Coolsaet "le salafisme est une opinion religieuse extrêmement légitime. C’est une orthodoxie religieuse comme ça existe dans le catholicisme, comme dans le protestantisme. Le problème, c’est que à Roubaix ou à Tourcoing (où le Front National est le plus important), on vit dans une région sinistrée. Donc ce qui se passe c’est que ces jeunes qui partent en Syrie ne sont pas influencés par les salafistes".

"La couche religieuse est extrêmement superficielle"

Rik Coolsaet croit "que le trait commun de tous les jeunes qui partent en Syrie, c’est que ce ne sont pas des religieux, la couche religieuse est extrêmement superficielle. Ce sont des jeunes en perte de repères, des jeunes qui se sentent mal dans leur peau, des jeunes qui cherchent à laisser derrière eux une vie de petite criminalité. C’est un processus extrêmement personnel et ça n’a rien à voir avec des religieux : ce sont en fait des jeunes très modernes dans le sens où ils trouvent qu’eux-mêmes, à 20 ans, ils peuvent interpréter le coran. C’est justement anti-salafiste, c’est anti-fondamentaliste. En fait ce sont des jeunes en perdition qui, avant qu’ils partent, sont plus des victimes que des coupables. Les jeunes qui partent et qui vont combattre, il y a 30 ans, ils se seraient retrouvés dans les Cellules Communistes Combattantes. Ce sont des jeunes en perdition qui cherchent des perspectives et donc ça n’a rien à voir avec l’islam".

La menace actuelle pourrait disparaître dans les années qui viennent, conclut Rik Coolsaet : "Comme la vague de terrorisme d’extrême-gauche, la vague de terrorisme djihadiste monte, plafonne et puis descend. Même si cela paraît contre-intuitif, on est dans la phase descendante du djihadisme mondial".

A.L. avec B. Henne

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