Revue parallèle, effets secondaires, système de surveillance : comment la sécurité des vaccins anti-Covid est-elle garantie ?

Revue parallèle, effets secondaires, système de surveillance : comment la sécurité des vaccins anti-Covid est-elle garantie ?
Revue parallèle, effets secondaires, système de surveillance : comment la sécurité des vaccins anti-Covid est-elle garantie ? - © JOEL SAGET - AFP

Tandis que plusieurs pays ont entamé leur processus de vaccination contre le coronavirus et que la Belgique est à l’aube de sa campagne vaccinale, le centre de crise est revenu sur les nombreux points qui font douter un Belge sur trois quant à la fiabilité des vaccins qui seront mis à disposition, selon une stratégie précise, dès janvier prochain. Le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus en Belgique, Yves Van Laethem est revenu, en trois arguments, sur les raisons pour lesquelles il ne faut pas avoir peur d’être vacciné contre le Covid-19.

"Il faut savoir qu’un vaccin c’est un médicament. Un médicament dans le monde occidental c’est une substance qui est soumise à des études intensives et à une revue extensive de ses données par des gens qui sont indépendantes des sociétés pharmaceutiques", a d’emblée défendu Yves Van Laethem, estimant utile de revenir sur les points d’accroche qui rendent vacillante la confiance des Belges dans les vaccins, développés en un temps record.


►►► À lire aussiCoronavirus : un tiers d’hésitants sur le vaccin en Belgique, comment communiquer ?


Alors que la durée moyenne de développement d’un vaccin oscille entre 7 et 8 ans, il aura fallu moins d’un an aux États, englués dans une crise sanitaire parfois ravageuse, pour entamer la vaccination de leurs citoyens contre le Covid-19. Au-delà d’un vaccin unique, ce sont une petite dizaine de vaccins qui ont été développés dans le monde, ce qui laisse place à des interrogations jugées "légitimes" par les spécialistes.

Toutefois, "aucune instance de santé dans le monde occidental n’a voulu prendre de risque par rapport aux tests faits sur ces vaccins et n’a voulu prendre de chose qui soient différentes de ce qu’il se passe d’habitude", tempère le virologue.

Chronologie du développement du vaccin

Pour illustrer la différence avec le développement traditionnel d’un vaccin, Yves Van Laethem est revenu à décembre 2019, lorsque le coronavirus a été déclaré pour la première fois par la Chine auprès de l’OMS. Dès début janvier, les progrès de la génétique ont permis aux scientifiques de disséquer ce virus inédit et de publier son code génétique. "Il a été rendu public et diffusé dans le monde entier de manière que partout les chercheurs puissent mettre en place leurs études", relate celui qui est devenu l’un des visages belges de la lutte contre le Covid-19.

Pourtant, bien que ce code génétique soit nouveau à l’époque, ses racines sont déjà connues des scientifiques. "Ce virus ne partait pas de zéro", confirme le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus. "Il y a eu des coronavirus qui ont fait des dégâts importants dans le passé proche." Ce spécialiste évoque ensuite le SRAS, qui surtout sévi en Asie et Aux États-Unis il y a 17 ans, en 2003. Il pense aussi au MERS, le coronavirus du syndrome respiratoire au Moyen-Orient, qui sévit encore à l’heure actuelle bien qu’il est apparu en 2012. "Dans ce contexte-là on avait déjà deux exemples de coronavirus virulent pour baser le départ des recherches", explique Yves Van Laethem.

Le vaccin anti-Covid : une priorité

Nous sommes donc au début de 2020 et le virus prend de l’ampleur en Europe et dans le monde. Les chiffres s’affolent, du point de vue des contaminations comme des décès. Pour les autorités, il est nécessaire et urgent d’offrir une solution aux États, à l’économie et aux populations, c’est pourquoi les plus grands laboratoires de recherche pharmaceutiques font du vaccin anti-Covid-19 leur priorité.

Concrètement, avant de recevoir le feu vert pour être mis à la disposition du public, "un vaccin est soumis à une procédure d’essais cliniques longue et rigoureuse", peut-on lire sur le site belge d’information quant à la vaccination. Les tests se déroulent selon une procédure particulière. Ils sont d’abord informatiques puis les tests sont réalisés sur des animaux avant d’être appliqués à des humains, volontaires. "Une fois que le vaccin est jugé efficace et sûr, les autorités sanitaires accordent à son producteur une autorisation de mise sur le marché", peut-on aussi lire. C’est justement à ce stade que l’Union Européenne en est puisque l’Agence Européenne du Medicament (EMA) doit rendre cette autorisation prochainement. En réalité, pour donner son aval, l’agence compare le risque d’effets indésirables associé à un vaccin et les bénéfices attendus pour la santé des personnes vaccinées.


►►► À lire aussi Coronavirus : le vaccin pour le Covid-19 est-il dangereux ? Quels sont les arguments des anti-vaccins ?


"Revues parallèles"

"Les recherches se sont déroulées d’emblée en étroite collaboration entre l’industrie et les unités d’enregistrement", précise Yves Van Laethem. Un suivi des autorités compétentes en matière de vaccins a donc été réalisé en temps réel lors de l’élaboration des vaccins anti-Covid. "Ce fut et c’est toujours un travail considérable qui a requis l’attention de dizaines et dizaines de personnes de manière intensive pour analyser en parallèle, au niveau des firmes comme dans les agences, les données qui étaient produites par les études qui sont en cours", ajoute-t-il. L’objectif : garantir l’efficacité mais aussi la sécurité du vaccin pour les futurs vaccinés

"C’est ce qu’on a appelé les revues en parallèle à la fois par les chercheurs de l’industrie et par les gens indépendants de ces instances d’enregistrement et la Belgique a très activement participé à ces revues", clarifie aussi le virologue. Résultat : les phases de développement traditionnelles qui se succèdent habituellement ont pu se chevaucher. La conséquence de tout cela est une réduction du temps de développement du vaccin. "Seul ce type de revue en parallèle fait gagner énormément de temps par rapport aux revues classiques", estime-t-il.

De lourds investissements

Mais la rapidité du début des recherches et les revues parallèles ne sont pas les seuls éléments ayant favorisé l’arrivée rapide des vaccins dans le monde. Les États et les grandes organisations mondiales, comme c’est le cas de l’Union européenne, ont fait des investissements importants, notamment dans la recherche mais aussi dans les structures nécessaires pour produire les vaccins. Tout ceci alors que rien n’était encore développé.

C’est en quelque sorte un pari qu’ont fait les États, sur un vaccin non-développé, afin de garantir une arrivée rapide de celui-ci sur le marché. Grâce à cela, des milliers de doses du vaccin ont été produites avant même que le vaccin ait été enregistré et autorisé par les instances de vérifications nationales et internationales.

"Cela faisait courir un risque. Non pas un risque sur la santé mais un risque financier considérable. Certains de ces vaccins peuvent encore être considérés comme non adéquats et donc les stocks déjà produits pourraient encore être détruits avec des pertes financières importantes", précise Yves Van Laethem. "Mais c’était la seule manière de disposer d’assez de vaccins au moment où ceux-ci seraient passés sous l’œil de sa revue par les unités d’enregistrement et au moment où ils seraient mis sur le marché et ne pas attendre pour avoir les centaines de millions de doses qui seraient nécessaires."

Quid des effets secondaires

Mais l’inquiétude d’une partie de la population quant au vaccin destiné à ce qu’ils ne soient pas contaminés par le coronavirus avec les conséquences parfois néfastes que l’on connaît désormais, réside principalement dans des effets secondaires, qui n’auraient pas pu être décelés étant donné la rapidité de développement du vaccin. "Une chose que je peux vous garantir c’est que vous aurez des effets secondaires", répond le virologue.

Il explique que "la plupart des vaccins qui fonctionnent bien" donnent, par exemple une gêne ou une rougeur au niveau du site de l’injection. Il évoque aussi une sensation de "mal partout", que beaucoup de personnes qui se sont fait vacciner contre n’importe quelle maladie ont déjà pu ressentir car il s’agit d’effets secondaires inhérents à l’administration d’un vaccin. "Ce sont des petits effets secondaires pour un gain en termes de vie qui est important", rassure-t-il aussi.


►►► À lire aussiEffets secondaires, immunité, développement : voici les réponses aux questions que vous vous posez sur le vaccin anti-Covid


Il ne balaye toutefois pas la possibilité d’effets secondaires plus sévères, malgré les nombreuses vérifications nécessaires à l’avalisation du vaccin avant sa mise sur le marché. Il estime toutefois que cela ne devrait pas arriver et ce, grâce aux précautions prises par les autorités du médicament. "En revoyant la littérature scientifique sur les 50 dernières années, les autorités américaines ont démontré que l’immense majorité des effets secondaires d’un vaccin surviennent endéans les six semaines après son administration", indique Yves Van Laethem. "C’est dans ce contexte-là que tant aux Etats-Unis qu’en Europe, les unités d’enregistrement ont demandé que les dossiers des vaccins ne leur soient soumis uniquement à partir du moment où les gens qui ont été vaccinés avaient reçu le vaccin depuis une durée d’au moins 2 mois."

Aussi, les sociétés qui ont développé les vaccins ont eu recours à énormément de volontaires pour tester leurs doses. Tandis que la plupart des vaccins sont enregistrés et considérés comme sûrs après avoir été administrés à un nombre de volontaires entre 3000, 5000 ou, plus rarement, 10.000 personnes, le vaccin au Covid a été testé encore plus largement. "Dans les études contre le SARS-Covid2, on a systématiquement plus de 15.000 personnes dans chacune des études qui ont reçu le vaccin. Ceci est un nombre sans précédent. Le volume de gens vaccinés avant que le vaccin soit sur le marché est beaucoup plus important et donne une plus importante sécurité quant à l’apparition d’effets secondaires. Beaucoup plus d’expérience, donc une situation plus sûre", insiste le virologue.

Enfin, si des effets secondaires à postériori devaient survenir, "un gigantesque système de surveillance de la sécurité vaccinale qui a été mis sur pied dans tous les pays pour assurer un suivi adéquat", rassure Yves Van Laethem. "Tout médicament peut avoir des effets secondaires potentiels extrêmement rares survenant, par exemple, une fois tous les 100.000 ou les 200.000 personnes qui le reçoivent. Ce type d’effet secondaire n’a que très peu de chance d’être identifié lors des études, même si elles se font sur un nombre considérable de volontaires. Dans ce contexte-là c’est le rassemblement des données, leur enregistrement et un échange rapide des résultats d’apparition réel des effets secondaires peuvent permettre de fonctionner en toute sécurité."

Sauver ce qui a été mis de côté ces derniers mois

"Une transparence totale est extrêmement importante pour que l’équipe de 11 millions de Belges puisse gagner la partie", ajoute le porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19 en Belgique. Il estime que la "victoire" dépendra du respect des règles destinées à endiguer la propagation du virus.

"Mais ce qui fera la différence pour nous, pour nos proches, c’est la manière dont nous allons ensemble comprendre ce principe de la vaccination, comprendre son importance pour sauver des vies, les nôtres et celles des autres mais aussi pour sauver des valeurs sociales, culturelles et affectives que nous avons dû mettre beaucoup de côté ces derniers mois", se réjouit-il avant de préciser que les médecins traitants comme les pharmaciens seront à la disposition de la population dans les semaines et mois à venir pour garantir la compréhension de la campagne de vaccination made in Belgium.

"On aimerait pouvoir dire que 2021 sera l’année des trois V, l’année de la victoire, sur le virus grâce à la vaccination", conclut Yves Van Laethem.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK