Dramatique accident de Sierre: cinq ans après, toujours autant de questions

Une étoile en pièces de Lego comme mémorial à l'école d'Heverlee pour ne jamais oublier.
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Une étoile en pièces de Lego comme mémorial à l'école d'Heverlee pour ne jamais oublier. - © CHRISTOPHE KETELS - BELGA

Il est 21h15 ce mardi 13 mars 2012. Un autocar transportant 52 personnes à bord, dont 46 écoliers d’une dizaine d’années, vient de s’encastrer contre la paroi du tunnel de Sierre, en Suisse.

Faisant route vers la Belgique, le bus ramenait les enfants de l’école Sint Lambertus de Heverlee et d’une école communale de Lommel, après une semaine de vacances passée à la neige. Le choc est frontal, violent, laissant peu de chance aux passagers. Le car a percuté la paroi du tunnel autoroutier entre les sorties est et ouest de Sierre.

Après seulement une demi-heure de trajet, le bus de la société Top Tours s’engouffre dans le tunnel. Très rapidement, il se déporte sur la droite, vers une zone de dégagement prévue pour les véhicules en difficulté. Les roues heurtent alors la bordure de la chaussée. Sans ralentir, l’autocar finira sa course contre le mur en béton vert et gris, le réduisant en un monstre de ferraille.

« Ce qu’on entend d’abord, ce sont les cris des enfants »

Prévenus par un automobiliste qui suivait le bus, les secours sont rapidement dépêchés sur place. Commence alors une danse d’hélicoptères et d’ambulances : 30 policiers, 60 pompiers de Sierre et de Sion, 15 médecins, 100 infirmiers, 3 psychologues viendront en aide aux victimes.

Sur place, les secouristes décrivent une scène d’horreur : " Ce qu’on entend d’abord, ce sont les cris des enfants qui résonnent dans le tunnel ". Des enfants bloqués à l’avant du véhicule, projetés par la violence du choc. Les sauveteurs devront entrer par l’arrière du car, seule partie accessible, afin de désincarcérer les petites victimes, piégées entre les sièges pliés. Deux heures éprouvantes, pour les enfants d’abord, qui se trouvaient seuls, sans adultes à leurs côtés, tous décédés sur le coup. Pour les secouristes ensuite, qui ont dû faire face à l’inconcevable : parmi les 28 corps sans vie sortis du bus, on compte 22 enfants.

Tout un pays en émoi

La Belgique se réveille endeuillée ce jeudi 14 mars 2012. Une longue attente débute alors pour les parents des élèves, qui se rendent très rapidement sur place. L’identification des corps prendra du temps et les familles restées en Belgique se sentent impuissantes. Les heures qui suivent montrent un magnifique élan de solidarité, notamment sur les réseaux sociaux, qui se parent de noir, jaune, rouge.

A Louvain et Lommel, c’est le choc. Les enfants y étaient scolarisés, les accompagnateurs étaient connus de tous. Les fleurs et les bougies recouvrent le sol aux entrées des écoles. Une semaine plus tard, les corps sont rapatriés en Belgique pour un ultime hommage. Le mercredi 21 mars, une cérémonie multiconfessionnelle est organisée à Lommel, en présence de 6000 personnes. La procession des 15 corbillards laissera la place à 14 cercueils blancs et un cercueil d’adulte, alignés les uns à côté des autres. Le lendemain, les obsèques des enfants de Sint Lambertus de Heverlee se tiennent à Louvain, avec de nouveaux cercueils blancs, faisant prendre conscience à toute une population du drame qui s’est joué dans ce tunnel suisse à Sierre.

La détresse est immense et comme après chaque tragédie, les mêmes questions apparaissent : comment et pourquoi un tel drame ?

13 mois d’enquête et des questions qui persistent

Dès le lendemain du drame, les images de la vidéo surveillance du tunnel permettent d’écarter deux hypothèses : l’intervention d’un véhicule tierce ainsi que l’excès de vitesse du chauffeur, confirmée par les données du tachygraphe du véhicule. Mais alors, y a-t-il eu un incident technique ? Le conducteur a-t-il fait un malaise ? A-t-il commis une erreur ? Les premiers témoignages des enfants blessés indiquent que le chauffeur aurait été distrait en mettant un DVD dans le lecteur, mais cette hypothèse est également écartée, dans la mesure où le conducteur aurait dû quitter son siège pour cela.

Un élément trouble les enquêteurs : la route en descendant de Saint-Luc, le petit village dans le Valais où les enfants avaient logé, est particulièrement sinueuse. C’est le chauffeur le plus expérimenté qui était alors au volant. Juste avant l’entrée du tunnel, Geert Michiels, 34 ans, prend le volant, soit 2 minutes avant l’accident. Aucune trace de freinage ne sera observée dans la trajectoire finale. L’enquête mettra en lumière la pathologie coronarienne dont souffrait le jeune chauffeur. Cette pathologie peut provoquer une altération du rythme cardiaque, voire un infarctus, mais selon le procureur du canton suisse du Valais, Olivier Elsig, rien de ceci n’a pu être prouvé.

Il faudra attendre 13 mois pour que la justice suisse rende ses conclusions, à savoir que " les causes privilégiées de l’accident demeurent une inattention ou/et un malaise du chauffeur ". Des conclusions que ne satisferont pas les parents et les proches des victimes.

Un livre qui vient semer le doute

En mars 2016, l’accident de bus de Sierre revient sur le devant de la scène, poussé par un livre de révélations : "De busramp in Sierre: 1 pil, 28 doden" (La catastrophe de Sierre: 1 comprimé, 28 morts). Selon Douglas De Coninck, journaliste d'investigation pour le quotidien flamand De Morgen et auteur du livre, les médicaments pris par le chauffeur pour calmer sa pathologie pourrait être mis en cause, alors même que les enquêteurs avaient constaté que la posologie était respectée. "C'est surtout lorsque vous mettez tous les éléments ensemble qu'il devient clair que quelque chose d'autre que le hasard est en jeu ici", explique le journaliste, qui a en outre trouvé une dizaine de similitudes avec l'acte de désespoir du copilote Andreas Lubitz, qui avait intentionnellement précipité un avion de la Germanwings contre le flanc d'une montagne dans le sud de la France en mars 2015.

Ces révélations ont été perçues comme un soulagement pour les familles des victimes, qui y ont trouvé des réponses que la justice n’a pas été à même de produire. Pour la veuve de Geert Michiels, c’est par contre "une énième gifle au visage, une énième tentative répugnante de détruire la mémoire de mon mari".

Des médias vivement critiqués

L’accident de Sierre a fait l’objet d’une couverture médiatique très important, que ce soit chez nous ou à l’international. A la suite du drame, la pression de la presse est vive. Les familles demanderont le respect de la vie privée, allant jusqu’à porter plainte pour dénoncer le comportement de certains médias aux abords de l’école Sint Lambertus. Des médias suisses et flamands diffuseront, dans les jours qui suivent l’accident, les photos des victimes sans l’accord des familles et avant même de savoir si les enfants avaient ou non survécu. La course à l’information pour certains médias aura, une nouvelle fois, été vivement critiquée.

Cinq ans après, les questions restent toujours aussi nombreuses autour des circonstances qui ont menées à la mort, le mardi 13 mars 2012 à Sierre, de 28 personnes dont 22 enfants.

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