Retour de la rougeole: "Les couvertures vaccinales ne s'améliorent pas", selon une infectiologue

Retour de la rougeole: "Les couvertures vaccinales ne s’améliorent pas", selon une infectiologue
Retour de la rougeole: "Les couvertures vaccinales ne s’améliorent pas", selon une infectiologue - © SCHNEYDER MENDOZA - AFP

La rougeole est l’une des maladies les plus contagieuses au monde. Les îles Samoa sont d’ailleurs complètement coupées du monde, car elles subissent une épidémie actuellement. L’an dernier, cette maladie a tué 140.000 personnes à travers le globe, selon un rapport de l’OMS publié jeudi.

Des chiffres qui n’étonnent pas le Docteur Charlotte Martin, infectiologue à l’hôpital Saint-Pierre. "En Belgique, par exemple, c’est déjà depuis 2017 qu’on observe une résurgence de la rougeole. Par ailleurs, les couvertures vaccinales n’ont pas exactement tendance à s’améliorer ces dernières années, ni dans le monde, ni en Europe, ni en Belgique."

La rougeole ne doit pas du tout être considérée comme une maladie bénigne, insiste-t-elle, "ni pour les tout petits enfants qui vont faire des complications, de type déshydratation, pneumonie, mais aussi encéphalite, donc infection du cerveau avec éventuellement des séquelles gravissimes, ni pour les adultes. La rougeole peut être vraiment grave chez les adultes également, et ça, on a tendance à l’oublier", ajoute-t-elle.

Une maladie grave qui se transmet dans l’air. Si l’on se retrouve dans une pièce avec quelqu’un de contaminé, l’effet est immédiat. Mais pas que. "Vous pouvez aussi être contaminé par quelqu’un qui n’est même plus dans la pièce, par exemple dans la salle d’attente d’un médecin. Vous pouvez contaminer en moyenne entre 15 et 20 personnes quand quelqu’un est malade."

Le problème de la seconde dose

Il existe pourtant un vaccin sur le marché depuis de nombreuses années. "Il est disponible depuis plus de 50 ans et je pense que quand il est arrivé, ça a été un vrai soulagement pour la population mondiale, qui voyait énormément d’enfants — à l’époque, c’était une maladie uniquement infantile — mourir de la rougeole. Il y a un proverbe en Inde qui dit : compte tes enfants après le passage de la rougeole. Ce vaccin est très efficace, cependant il nécessite deux doses pour être parfaitement efficace. C’est-à-dire qu’après une dose, on est partiellement protégé, on peut quand même faire une rougeole atténuée ou même une vraie rougeole et on sera quand même contagieux. C’est donc important d’avoir reçu deux doses dans sa vie pour être bien protégé. La rougeole est un virus, donc il n’y a pas de traitement. On n’a pas d’antiviral efficace pour la rougeole et bien entendu, comme pour tous les virus, les antibiotiques ne servent à rien."

"Négligence et manque d’informations des parents"

Sa présence en Belgique est due au fait que la vaccination est en diminution. La première dose est donnée aux tout petits, à environ 11-12 mois, mais la vigilance de la part des parents diminue pour la deuxième dose.

"On n’a pas beaucoup de problèmes pour la couverture vaccinale de la première dose, qui est aux alentours de 95% en Belgique, ce qui est la couverture recommandée pour empêcher la circulation du virus. Mais comme je le disais, il faut bien deux doses, et en Belgique, historiquement, la deuxième dose est aux alentours de 11-12 ans, moment où les enfants sont un peu moins dans le circuit médical. Ils ne vont plus vraiment chez le pédiatre, ni à l’ONE, ils ne vont pas encore chez le médecin généraliste et ils sont plutôt dans le circuit de médecine scolaire, où parfois la vaccination n’est pas tout à fait… on peut être absent le jour de la vaccination, on peut être envoyé chez le généraliste pour faire la vaccination parce que la médecine scolaire ne peut pas s’en occuper, etc."

Mais c’est surtout un manque d’informations des parents et de la négligence, selon elle. "Je pense que les gens ont un peu oublié ce qu’était la rougeole, ont oublié que ça peut être très grave et ont oublié que ce n’est pas seulement pour les petits enfants africains, mais aussi éventuellement pour les adolescents ou les adultes européens, avec malheureusement des conséquences parfois graves."

Quand les gens cherchent des informations, ils tombent souvent sur des sites peu fiables, ou encore pire, des sites anti-vaccins

Mais comment faire pour que cette vaccination soit plus répandue ? Abaisser l’âge de cette deuxième dose que l’on doit faire vers 11 ans ? "Le Conseil supérieur de la santé a cette année fait des recommandations pour abaisser l’âge de la deuxième dose, pour l’instant aux alentours de huit ou neuf ans. On espère donc que ces recommandations vont être bien appliquées, parce que je pense que ça peut augmenter la couverture vaccinale de la deuxième dose en Belgique. Cela, mais aussi, je pense, une meilleure information du public. Et dans ce sens, dans ce but, il y a un très bon site Internet qui a été créé il y a quelques mois et qui s’appelle vaccination-info.be, cela dans le but de prendre aussi la place au niveau information, au niveau Internet. Quand les gens cherchent des informations, ils tombent souvent sur des sites peu fiables, ou encore pire, des sites anti-vaccins, et on pensait que c’était important de pouvoir bien informer les gens."

Ces sites sont responsables, indique-t-elle, mais cela vient surtout "de la négligence, des problèmes organisationnels et peut-être de temps en temps un peu de réticence parentale à cause des lobbys anti-vaccins. À nouveau, je pense que c’est la bonne information et l’éducation à la santé qui peuvent contrer cela."

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