"Retard de développement et indemnités": une petite annonce pour trouver une famille d'accueil passe mal

L'ASBL Les Chanterelles, un service d'accompagnement en accueil de type familial (SAF) situé à Seraing, a publié une petite annonce dans le Proximag qui a suscité des réactions. Dans cette annonce, l'ASBL recherche une famille d'accueil pour une petite fille en mettant en avant son "retard de développement" et les "indemnités" à la clé. L'AVIQ, l'Agence pour une Vie de Qualité, se dit choquée par cette pratique. L'ASBL, de son côté, assure que le procédé est fréquent et loin d'être neuf.

C'est une internaute qui a interpellé la RTBF par rapport à cette petite annonce qu'elle a repérée dans le Proximag de Seraing-Neupré: "Emma, 5 ans, a besoin d'une famille d'accueil pour long séjour. Retard de dvlpt. Indemnités. ASBL Les Chanterelles". Cette internaute s'est dite atterrée par le fait que l'on présente Emma (nom d'emprunt) par son "retard de développement" et les "indemnités" qu'elle engendre.

C'est inacceptable!

L'indignation est la même du côté de l'AVIQ, les services de l'ASBL étant agréés par l’Agence pour une Vie de Qualité. "Limiter une personne à son handicap, c'est vraiment inadmissible. Le fait de la réduire à une valeur mercantile d'indemnités, c'est inacceptable!", réagit Marina Goffelli, responsable de la direction du service d'aide en milieu de vie, même si elle admet que trouver des familles accueillantes n'est pas évident. "On a l'impression que l'ASBL joue sur l’appât du gain pour attirer des accueillants et que la petite fille est limitée à un retard de développement. Ce n'est pas un retard de développement que l'on accueille, c'est une petite fille! De plus, on ne devient pas accueillant pour des indemnités parce que ça ne correspond pas à l'investissement que cela représente", explique Marina Goffelli qui rappelle que l'indemnité n'est qu'un remboursement de frais directs (logement et besoins de l'enfant).

Même si "le mal est fait", l'AVIQ assure qu'elle procédera à "une communication envers tous ses services et voir avec notre service audit-qualité comment on peut mettre des balises pour éviter que ce type de situation ne se répète à l'avenir". 

Les familles préfèrent savoir

Mais ces quelques mots accolés les uns aux autres dans l'annonce sont trompeurs et le procédé est loin d'être neuf. Depuis la création du service il y a 40 ans, l'ASBL procède de cette manière. Les Chanterelles sensibilisent aussi par d'autres moyens, souvent en vain, nous explique sa directrice Nicole Delcourt. C'est ainsi qu'actuellement le groupement des 7 services d'accueil  (AFEA) a lancé la campagne "J'ouvre ma porte" mais 90% du recrutement des familles se fait  via des annonces même si la directrice comprend que cela puisse choquer. 

"Emma est un prénom fictif, rassure d'emblée Nicole Delcourt. Le fait qu'il y ait une personnalisation, les personnes sont touchées différemment que si on fait une annonce plus générique. Si on a mis "retard de développement", c'est aussi un peu lié à ce que les familles nous disent: elles préfèrent savoir. Certains nous disent quelques fois "on voit toujours vos petites annonces, on voit que c'est un service qui est là sur la durée". Et le projet a mûri! C'est la répétition qui finalement amène quelque chose".

Quant à l'indemnité de 22 euros par jour fixée par l'AVIQ, elle suffit à peine à couvrir les frais, notamment médicaux, et n'est jamais à la base de l'investissement des familles, assure l'ASBL. Avant de devenir une famille d'accueil, il y a aussi un long processus de rencontres avec avec les membres de l'ASBL: une enquête qui peut prendre six mois. N'importe qui ne peut donc pas répondre à cette petite annonce et accueillir l'enfant dans la foulée.

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