"Restez chez vous bordel": le défi des enfants qui doivent raisonner leurs parents "boomers" en plein confinement

"Mes parents qui étaient de passage […] m’ont envoyé un petit message : 'On vient juste te faire un bisou et saluer nos petits-enfants, après on part et tu ne nous revois plus pendant plusieurs semaines.' Je leur ai dit non. Je leur ai dit non parce que je veux les protéger."

Ces mots, lapidaires et douloureux à prononcer, ce sont ceux d’Olivier Véran, ministre français de la Santé, sur le plateau de TF1 lors de la soirée électorale du premier tour des municipales dimanche dernier. Depuis plusieurs jours, inlassablement, ce médecin bombardé ministre au début de la crise du coronavirus fait de la pédagogie. De plateau télé en studio de radio, il explique cette règle simple : pour éviter de propager le Covid-19, il faut rester chez soi. C’est tout.

En Belgique aussi, les consignes sont claires. Même si certains ont eu du mal à les appliquer à la lettre quand le soleil a pointé le bout de son nez ce mercredi. Parmi les indisciplinés, il y a des jeunes, bien sûr, mais aussi des plus âgés. Difficile en effet de comprendre, quand on a 70 ans et plus, qu’il faut limiter ses interactions sociales. Qu’il ne faut plus aller voir ses amis. Qu’on peut aller faire ses courses, prendre l’air et promener son chien, mais tout en gardant des distances de sécurité.


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Pour ceux qu’on appelle désormais les "boomers", dont les enfants sont partis de la maison, le message n’est pas toujours bien perçu. "Est-ce que vous, vous en êtes aussi à brayer au téléphone sur vos parents : 'NON VOUS ALLEZ PAS RENDRE LES BOCAUX À LA VOISINE, VOUS RESTEZ CHEZ VOUS BORDEL DE CUL.' Parce que moi ; totalement", écrit un internaute sur Twitter.

 

Un cri du cœur suivi de dizaines d’autres semblables, après des appels au confinement sans cesse ignorés. Exemple avec cette affirmation lancée par un parent visiblement frondeur : "On n’a pas l’habitude de faire de grosses courses, alors on y va un peu tous les jours. De toute façon il faut sortir pour aller chercher le pain. Mais on vérifie si des gens toussent, on s’éloigne." Résultat : "Je n’en peux plus. Je suis devenue mère de deux gosses de 60 ans", souffle un autre.

Entre les parents, les enfants, les grands-parents et leurs petits-enfants, on ne sait plus qui est qui. "Ma grand-mère me râle dessus parce qu’elle est privée de sortie." Ou quand le mot d’ordre "prenez soin de vous, prenez soin des autres" se heurte à la réalité de nos vies quotidiennes.

Pour Anna, c’est l’agacement qui prédomine : "Mon grand-père (qui pour le coup en plus est très malade et tout à côté) pareil ça va chercher le pain etc. [Il me dit] : ‘Mais mes copains ils étaient tous à la belote hier et aujourd’hui ils sont tous aux boules ! Y’a que moi qui reste ici, m’en fous demain j’y vais !!’" Même chose pour Emilie qui cite cette phrase entendue de la bouche d’un grand-parent : "Si j’peux pas aller chez mon amie, je l’appelle pour qu’elle vienne !"

Selon eux je dramatisais, j’étais parano

Toutes les personnes que nous avons interrogées semblent partager la même impression : ils ne sont pas pris au sérieux quand ils tentent de mettre leurs aînés en garde. "Mes parents ont près de 65 ans. L’un est diabétique et cardiaque, l’autre souffre d’une maladie chronique. Mais quand je leur ai dit d’arrêter de sortir, d’aller chez leurs copains et de recevoir des gens chez eux samedi dernier, selon eux je dramatisais, j’étais parano", nous confie Louise.

La jeune femme déplore : "Ils ne se considèrent pas comme à risque. Ils font un peu plus attention depuis mardi mais continuent tout de même à faire leurs courses et voir des amis. Et se vexent quand je leur dis pour la énième fois d’arrêter leurs bêtises."

"Ma mère veut absolument que je vienne manger chez eux ce week-end, enchaîne Marie-France, dont les parents ont dépassé les 70 ans. Elle ma dit : ‘J’ai acheté du canard rien que pour toi. Je ne pourrai pas survivre le confinement sans te voir’. Je suis en train de négocier de manger sur la terrasse tandis qu’eux seraient à l’intérieur."

"On dirait que ceux de leur génération sont incapables de modifier un tout petit peu leurs habitudes et que c’est la fin du monde trop difficile de les garder à l’intérieur j’envisage les somnifères dans l’eau", plaisante une utilisatrice de Twitter partagée entre l’humour et le fatalisme.

Rester au travail, coûte que coûte

Dans les générations les plus touchées par la maladie, entre 40 et 60 ans, on trouve aussi de nombreuses personnes qui sont toujours sur le marché du travail… et qui sont dans des professions à risque. "Mon père est pharmacien et veut absolument faire la garde ce week-end. Alors qu’il a 66 ans", nous confie Claire, la trentaine. Et cette Bruxelloise d’ajouter : "Quand je lui dis qu’il est plus à risque que moi, il me répond : 'Ho ça va, je ne suis pas si vieux, je suis encore capable'".

Que dire aussi à ces parents malades en phase terminale et à qui on explique qu’il est désormais interdit de leur rendre visite à l’hôpital ou à la maison de repos. Car ceux qui font partie de cette catégorie d’âge ne sont pas toujours pas toujours connectés aux réseaux sociaux ou à WhatsApp. La preuve avec cette conversation glanée sur Twitter : "'Allo maman, ça va, tu restes bien chez toi' ; 'Oui oui, enfin je suis sortie voir ta grand-mère ce matin, mais t’en fais pas, on s’est pas fait la bise hein !'"

La peur de l’isolement

Garder le lien tant bien que mal, c’est devenu le quotidien de Marinella. "Ma mère née en 1938 est stable pour l’instant. Elle a aussi des problèmes articulaires. […] Elle me dit que je n’ai rien à craindre d’elle. Je lui répète tous les jours que c’est moi qui ai peur de lui transmettre un virus mortel. […] Elle souffre de la solitude. Hier, j’ai préparé du bouillon de viande et des tortellinis, je me suis bien lavé les mains avant de les lui apporter par la fenêtre."

Dans ce contexte de confinement, difficile de trouver un soignant qui veut bien se déplacer et assurer le suivi. "Le médecin y va une fois par semaine. Hier, il était sans masque et sans gants, il n’en avait peut-être plus ?", s’interroge-t-elle. Avant de conclure : "Ça n’était déjà pas facile en temps normal… Vivement que ça se termine."

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