Réseau pédopornographique en Belgique : 10 à 15 ans de prison requis par le Parquet

Le procès pour pédopornographie débute à Termonde
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Le procès pour pédopornographie débute à Termonde - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Cinq hommes comparaissent ce vendredi matin devant le tribunal correctionnel de Termonde. Ils sont accusés d’avoir créé, partagé et échangé 9 millions de contenus pédopornographiques au sein d’un réseau très organisé et structuré. Les cinq hommes sont poursuivis pour traite des êtres humains. "Le réseau était intéressé par de très jeunes enfants, principalement des garçons. Il faisait également des images d’abus sexuels de filles, mais le but était d’échanger avec des images de garçons sexuellement abusés. Une fois que les enfants commencent à parler, à s’exprimer, ils sont beaucoup plus prudents. On parle même d’abus sexuels de bébés", explique Heidi De Pauw, directrice de Child Focus, partie civile au procès.

Le parquet a requis, vendredi, devant le tribunal correctionnel de Termonde, des peines entre 10 et 15 ans de prison, assorties d’une mise à disposition du tribunal de l’application des peines entre cinq et sept ans, à l’encontre de cinq prévenus.

Le huis clos avait été demandé par la défense en ouverture du procès, mais il a été refusé par le tribunal. Parmi les cinq accusés, trois Belges, un Néerlandais et un Britannique. Quatre d’entre eux ont été entendus ce vendredi matin. Le cinquième, l’un des Belges, Dimitry D., manque à l’appel. Il s’est fait représenter par son avocat, ce qui n’a pas plu à la juge. "Être présent à son procès est important", a déclaré la magistrate.

Les deux autres accusés belges reconnaissent les faits qui leur sont reprochés, à savoir des abus sexuels et de la collecte et de l’échange de "matériels" pédopornographiques. "Il reconnaît une grande partie des faits dont un abus sur mineur. Les autres faits ne sont pas avérés donc il va demander l’acquittement. Grâce à la thérapie qu’il suit en prison depuis six mois, il s’en veut énormément et il comprend la gravité des faits", indique Jan Leysen, avocat de Niels M. Le prévenu a déclaré avoir été maltraité dans son enfance. "Je cherchais des réponses sur ce qui m’était arrivé et je suis entré en contact avec les autres prévenus. Je n’ai jamais abusé sexuellement de mon fils ou mon beau-fils, c’était un fantasme, un jeu de rôle, a confié Niels M. lors de son interrogatoire. Je reconnais que j’ai abusé du fils de mon voisin, mais j’étais moi-même mineur au moment des faits".

Michael M., également poursuivi pour abus sexuel, admet avoir abusé de son neveu et du fils de Niels M. "J’ai une tendance pédophile, je suis une thérapie depuis un certain temps et j’aimerais la poursuivre", a-t-il ajouté.

Le Britannique Samuel K. a expliqué qu’il n’a "jamais voulu faire de mal à personne" et qu’il reconnaît la douleur qu’il a "causée aux familles concernées". "Dans un sentiment de solitude et de recherche d’amitié, j’ai été en contact sur internet avec des personnes partageant les mêmes souhaits. Je suis tombé dans un piège et il m’a été difficile de m’en sortir. C’était un fantasme, je ne ferais jamais ces actes dans la vraie vie. Regarder ces images m’a aidé à gérer la pression et le stress, mais maintenant je ressens une grande honte", a-t-il ajouté alors qu’il est également poursuivi pour traite d’être humains mais nie cette prévention.

Le quatrième prévenu, un musicien néerlandais Lars D.R., n’a pu retenir ses larmes. Il reconnaît qu’à l’âge de 15 ans, il a découvert des penchants pédophiles. "J’ai commencé à ressentir ce sentiment avec les enfants à l’âge de 15 ans. J’ai filmé et partagé mes propres abus sur les enfants et je regrette ce que j’ai fait", a expliqué l’accusé néerlandais. Il se dit "conscient de devoir éviter des contacts avec des mineurs" lors de son interrogatoire. Il exprime des regrets et reconnaît le besoin d’être soigné, tout comme ses trois autres comparses. Tous se sont excusés auprès des victimes.

Pour l’instant, 38 enfants ont déjà été identifiés. Des milliers d’autres enfants doivent encore être retrouvés. "On se constitue partie civile également pour donner une voix et un visage aux enfants qui n’ont pas été identifiés", souligne la directrice de Child Focus.

Le verdict n’est pas attendu avant le mois de mars.

Certains accusés utilisaient leurs enfants

Le dossier s’est ouvert lorsque le trentenaire Michaël T. a été interpellé en mai 2015 alors qu’il photographiait des enfants partiellement dénudés sur la plage de Blankenberge. Une perquisition à son domicile a permis aux enquêteurs de mettre la main sur du matériel pédopornographique. Il est aussi apparu qu’il entretenait des contacts réguliers avec Dimitry D. et Niels M., deux hommes dans la vingtaine à l’époque.

Au domicile du premier, les policiers ont découvert 12 millions de fichiers à caractère pédopornographique.

La plupart des images étaient inconnues des agents d’Europol auxquels elles ont été soumises, laissant imaginer qu’elles étaient l’œuvre des suspects eux-mêmes. Une task force a alors été mise en place dans plusieurs pays et baptisée "opération Azraël", du nom du chat de l’ennemi des Schtroumpfs.

Les photos se trouvaient dans une base de données très structurée, classées en fonction du type de délit, de l’âge et de l’origine des victimes, principalement des petits garçons. Certaines sont même frappées d’un logo unique afin de garantir leur origine.

Pour alimenter leur base de données, les prévenus se faisaient passer pour des filles lors de discussions en ligne, et demandaient à leurs interlocuteurs de se dévoiler. Les clichés étaient ensuite stockés et échangés avec d’autres pédophiles.

Pour disposer de toujours plus d’images, certains n’ont pas hésité à utiliser leurs propres enfants.

Les cinq hommes se rencontraient régulièrement pour échanger des DVD. Le Néerlandais Lars De R. fournissait le groupe en photos de jeunes Indiens ramenées de ses différents voyages, lors desquels il abusait ses victimes en leur proposant en contrepartie de la nourriture ou de l’argent. Le Britannique Samuel K. profitait lui de ses missions comme jeune homme au pair en Europe.

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