Reprise de la prostitution : "Le masque ? Comme au début du sida, avec le préservatif"

A Bruxelles, les vitrines de la rue d'Aerschot sont vides depuis le début du confinement.
A Bruxelles, les vitrines de la rue d'Aerschot sont vides depuis le début du confinement. - © RTBF

En vertu du principe que ce qui n’est pas interdit est désormais autorisé, le dernier Conseil national de sécurité (CNS) a ouvert la porte à la reprise du secteur de la prostitution. A charge désormais des communes de fixer les conditions et la date de réouverture des vitrines.

Pour les travailleurs et travailleuses du sexe, cette reprise qui se profile, c’est un mélange d’anxiété et de soulagement, entre crainte sanitaire et urgence sociale.

Des femmes déjà précaires qui sont devenues encore plus précaires

A 64 ans, dont 26 passés derrière une vitrine de Saint-Josse, Marie sait sa chance d’avoir su mettre un peu d’argent de côté pour affronter le confinement, qui a creusé un trou de 9000 euros dans ses finances. "On pensait que ça aller durer une ou deux semaines, mais jamais trois mois. Puis, les factures sont arrivées : le loyer privé et celui de la carrée, deux fois le gaz et l’électricité, deux fois internet, deux fois tout en fait."

Une situation intenable pour les travailleuses du sexe, dont la grande majorité travaille sans être déclarée et n’a donc pas pu percevoir de revenu de remplacement : "des femmes déjà précaires qui sont devenues encore plus précaires", résume Marie.

"Elles ont été complètement privées de ressources pendant trois mois, sans droit passerelle. On a organisé une cagnotte et une distribution de colis alimentaires. Pour elles, il y a une urgence à retravailler tout de suite", explique Maxime Maes, coordinateur d’Utsopi, un collectif de travailleuses et travailleurs du sexe.

Les clients vont-ils revenir ?

Dans l’optique d’une reprise la plus sereine possible pour les prestataires comme pour les clients, les associations du secteur ont élaboré un protocole sanitaire, approuvé par les experts, et validé officiellement ce mardi par Denis Ducarme, le Ministre des Indépendants et de l’Intégration sociale.

"Il y aura du gel hydroalcoolique et des masques à l’entrée, détaille Maxime Maes. Il est conseillé aux deux parties de prendre une douche au début de la prestation, de changer les draps à chaque client ou d’opter pour de la literie d’hôpital qui se nettoie avec du désinfectant."

Toutes ces précautions ne rassurent pas entièrement Marie. "La reprise va être difficile, prédit cette travailleuse du sexe de Saint-Josse. Est-ce que les clients vont revenir ? Ne seront-ils pas plus agressifs ? Ils ne vont peut-être pas vouloir le masque buccal ou qu’on les désinfecte. Ce sera comme au début du sida, avec le préservatif. Cela va être tout un travail à faire avec le client pour lui expliquer ce qui est en jeu : notre vie, sa vie et celle de sa famille."

C’est chaotique, la faute au fédéral

Et pour rajouter aux difficultés, le secteur doit faire face à une autre incertitude. La prostitution ne figure pas parmi les exceptions du dernier CNS. Autrement dit, elle est donc à nouveau autorisée puisqu'elle ne fait pas partie de la liste des activités interdites. Pour autant, le CNS ne se prononce pas sur ce secteur en particulier et laisse, dans les faits, le soin aux communes de fixer les conditions et modalités de réouverture.

"C’est un peu chaotique. La faute au fédéral, pense Maxime Maes, coordinateur d’Utsopi. Pour les associations, en ce moment, c’est un travail extrêmement laborieux de contacter chaque commune, d’essayer d’avoir des informations claires, sachant que les communes ne savent pas toujours elles-mêmes ce qu’elles doivent faire ou pas."

La situation bruxelloise est à ce titre édifiante. Prenez les trois communes les plus concernées par le travail du sexe : la Ville de Bruxelles ne s’est pas encore positionnée, Saint-Josse interdit la prostitution jusqu’au 30 juin (la commune dit attendre la décision du Conseil National de Sécurité pour autoriser la reprise), à l’inverse de Schaerbeek qui l’autorise à nouveau dès le 15 juin.

Nul doute que cela créera de la confusion sur le terrain, pour les clients comme pour les travailleuses du sexe. Quid des vitrines de la rue Linné, par exemple ? Cette artère est à cheval sur Saint-Josse et Schaerbeek…
 

Les travailleurs du sexe en difficulté face à la crise du coronavirus (sujet JT du 16 mai dernier)

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