Répression policière : "Pas des violences, mais un usage modéré de la force et de la contrainte", selon les syndicats

Quelle est la frontière entre une intervention policière musclée, rendue nécessaire par une menace, et un abus de pouvoir ? Les syndicats ne cessent d’être interpellés sur la question des violences policières. Les images de la manifestation du groupe Extinction Rebellion du 12 octobre dernier continuent de susciter le débat, et quatre policiers font l’objet d’une enquête disciplinaire. "A partir du moment où on dénonce des choses, il y a toujours une enquête, admet Thierry Belin, secrétaire national du Syndicat National du personnel de police et de sécurité. Le bourgmestre a demandé des comptes à la police et nous allons attendre les résultats de l’enquête."


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Pour Thierry Belin, en revanche, il n’y a pas lieu de parler de "violences" policières en Belgique. "C’est l’usage de la force et de la contrainte de manière modérée et légale, pour rétablir l’ordre public, affirmait-il dans Matin Première ce mardi. Les violences seraient en effet tout à fait inacceptables." Pourtant, l’image d’un homme maintenu à terre et aspergé de gaz lacrymogène au visage a de quoi interpeller. Selon Thierry Belin, il s’agit d’une 'fake news' : "on ne le gaze pas, on lui applique un spray décontaminant, précise-t-il. C C’est quelqu’un qui a effectivement été touché par les gaz, à qui on applique un spray pour soulager ses yeux." Pourtant, comme l’expliquait le site 7sur7.be, tout le monde ne s’accorde pas sur cette version, y compris au sein de la police : selon certains agents anonymes, le spray utilisé sur la photo est bien du gaz au poivre et non du spray apaisant, car la bouteille ne ressemble pas, et la vaporisation est moins forte.

Je préfère le gaz aux coups de matraque

Selon le syndicaliste, une "dérive sociétale" est en cours en Belgique, comme dans d’autres pays d’Europe. "Une dérive sociétale qui veut que l’on accepte plus aucune contrainte, l’autorité de qui que ce soit", martèle-t-il. Thierry Belin pointe notamment du doigt les politiciens "irresponsables", selon lui, qui appellent à la désobéissance civile, comme Philippe Lamberts (Ecolo). "Ça entraîne des violences, une résistance, des actes illégaux qui sont commis", regrette-t-il.


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La police, bras armé de l’autorité publique, peut-elle toutefois avoir la main lourde parfois ? Lors de la dernière manifestation d’Extinction Rebellion, une arroseuse (camion à jet d’eau) a fait son apparition, suscitant la polémique. "Je peux vous dire, pour avoir trente-cinq ans de service, que l’arroseuse, quand elle se met en marche, ces gens ne vont plus toucher terre !", grince Thierry Belin. Pour lui, il y a une échelle dans la violence : "je préfère qu’on gaze un peu les gens plutôt qu’on mette des coups de matraque."

Certains avaient quarante heures dans les pattes

Pour Thierry Belin, la situation est donc beaucoup moins tendue en Belgique qu’en France, avec les gilets jaunes, ou en Catalogne, qui a vécu des épisodes très violents la semaine dernière. "Le climat est clairement insurrectionnel en France", avance-t-il. Quant à ses collègues français, régulièrement pointés du doigt après plusieurs centaines de blessés, parfois mutilés, le syndicaliste affirme sa solidarité. "Les policiers français sont dans une situation bien plus déplorable que la nôtre", explique-t-il, admettant qu’il y a eu des "dérives" concernant l’utilisation du lanceur de balle en caoutchouc LBD-40. "Mais ces gens sont complètement débordés, ils sont sur les rotules", ajoute-t-il.


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Qu’en est-il des policiers belges ? Selon Thierry Belin, la fatigue se fait également sentir dans leurs rangs. "Parmi les agents de service ce week-end-là, certains avaient quarante heures dans les pattes", explique le syndicaliste, qui affirme pourtant ne pas "excuser", ni "être sur la défensive". Il pose simplement un constat : il manque 4000 policiers en Belgique, par rapport à des normes de 1998. "Les policiers sont fatigués et trop peu nombreux", résume-t-il. Et sans nouveau gouvernement fédéral, difficile de faire évoluer cette situation.

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Thierry Belin, secrétaire national du Syndicat national des agents de police et de sécurité, au micro de Matin Première. RTBF
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