Réouverture des écoles : que disent les dernières études scientifiques sur les enfants et le coronavirus ?

Déconfinement : sur quelles études les experts se sont-ils basés pour autoriser un retour à l'école ?
Déconfinement : sur quelles études les experts se sont-ils basés pour autoriser un retour à l'école ? - © Justin Paget - Getty Images

Pendant plusieurs semaines, confinement oblige, les enfants ont été privés d’école et tenus à distance de leurs grands-parents. Et voilà que, ce mercredi soir, les différents niveaux de pouvoir annoncent la reprise des cours dans la plupart des niveaux.

Cette décision est basée sur des avis scientifiques donnés par le groupe d’experts chargés du déconfinement. Mais tout de même, le choix fait par le monde politique en étonne plus d’un. "Je suis en train de perdre la boule", écrit ainsi une directrice d’école qui ne sait plus comment gérer ces rentrées des classes pas comme les autres.

Comment expliquer ce revirement ? Que dit finalement la littérature scientifique sur cette maladie apparue il y a quelques mois seulement ? C’est là tout le problème avec le Covid-19 : c’est un virus qu’on connaît encore mal, pour lequel les études scientifiques – parfois contradictoires – se multiplient.


►►► À lire aussi : "Preprint", "peer review"… comment vous y retrouver dans les publications scientifiques ?


Mi-avril, dans un article qui faisait le point sur le rapport entre les enfants et le coronavirus, nous faisions ce rappel : "Avant de plonger dans l’océan des études autour du covid-19, il est important de bien ajuster ses lunettes de tolérance à l’incertitude. La connaissance scientifique autour du nouveau coronavirus Sars-CoV-2 est très incomplète et en constante évolution […] Il faut donc accepter que la science est loin d’avoir des réponses définitives, même aux questions en apparence les plus simples."

Alors, sur quels arguments les gouvernement fédéral, régionaux et communautaires se sont-ils basés pour décider la reprise des cours ? La réponse nous est apportée par Marius Gilbert ce jeudi après-midi.

Sur Twitter, l’épidémiologiste de l’ULB se montre d’abord rassurant : "L’épidémie suit toujours une évolution positive, sans signe de rebond lié au déconfinement."


►►► À lire aussi : Le point sur l’épidémie de coronavirus en Belgique ce jeudi 28 mai


 

Marius Gilbert donne alors une série de liens vers des études scientifiques. A commencer par un article publié le 19 mai dans la revue spécialisée Acta Paediatrica. On y apprend qu’il est "peu probable que les enfants soient le moteur de la transmission" du coronavirus. Mais aussi qu’il est "peu probable que l’ouverture des écoles et des maternelles ait un impact sur les taux de mortalité chez les personnes plus âgées".

"Oui mais début mai une autre étude affirmait le contraire", seriez-vous tenté de répondre. C’est vrai, nous en parlions même dans un papier sur notre site le 1er mai. A l’époque, le virologue Christian Drosten publiait un article scientifique avec cette conclusion : les charges virales chez les très jeunes patients ne diffèrent pas significativement de celles des adultes.

En fonction de ces résultats, l’étude en question concluait qu’il fallait faire preuve de prudence par rapport à une réouverture illimitée des écoles et des jardins d’enfants.

Une autre analyse, dont il est question sur cette page datée du 25 mai, est venue contredire ces conclusions. "Les enfants de 1 à 10 ans auraient en moyenne 27% de la charge virale des adultes de plus de 20 ans. Il faut par ailleurs noter que l’étude de Dorsten ne prenait en compte que des patients (enfants et adultes) symptomatiques", écrit Marius Gilbert.

Dernier point mis en avant par l’épidémiologiste belge : une autre recherche (publiée le 20 mai) qui va dans le sens d’une moins forte présence du Covid-19 chez les enfants.

Selon cette étude-là, "la densité de récepteurs ACE2 (les récepteurs dont se sert le virus pour rentrer dans les cellules) dans le nez des enfants est significativement plus faible que chez les jeunes adultes et que chez les adultes".

Je pense qu’on va un peu trop vite par rapport aux écoles

En autorisant la reprise des cours, le monde politique a-t-il fait le bon choix ? Impossible de trancher définitivement ce 28 mai. Sur le plateau du journal télévisé de 13h, Yves Coppieters, professeur en santé publique à l’ULB, se rangeait du côté des prudents. "Je pense que les choses vont beaucoup trop vite, déclare-t-il. On ne laisse pas le temps d’évaluer les mesures."

Selon ce spécialiste, on est passé "du paradigme de la peur […] au paradigme de l’absence de risque". Et ce "alors qu’il y a encore beaucoup d’inconnues sur la transmission et sur comment cette maladie va continuer à se propager dans la population".

Dans ce contexte, Yves Coppieters, "pense qu’on va un peu trop vite par rapport aux écoles". Même s’il souligne que plusieurs centaines de pédiatres ont accueilli positivement la décision de rouvrir les écoles.

Mais, conclut-il, "on avance à l’aveugle et on ne l’assume pas dans la communication. C’est ça le problème. On pourrait assumer qu’on avance à l’aveugle et qu’on prend des mesures, mais qu’on assume l’inconnue de la prise de ces mesures".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK