Renaud Mazy : "On navigue à vue en ce qui concerne le financement des hôpitaux"

Les hôpitaux sont-ils au bord de la faillite ? Renaud Mazy, l’administrateur délégué des Cliniques universitaires de Saint-Luc à Bruxelles était ce matin l’invité de Matin Première pour tenter d’y répondre.

Les hôpitaux publics bruxellois tournaient au ralenti ce lundi avec des perturbations qui se poursuivent aujourd’hui. "On continue à faire notre boulot. On est là pour les patients mais c’est un combat au quotidien", explique Renaud Mazy. "Des coupes sombres ont été faites dans le financement des hôpitaux durant les deux derniers gouvernements. Aujourd’hui, un hôpital sur trois est en déficit et les deux autres sont à la ligne de flottaison".

Les conditions de travail et de rémunération sont au centre des préoccupations des travailleurs qui doivent pourtant continuer à s’occuper des patients. "C’est le grand défi des gestionnaires d’hôpitaux, c’est faire en sorte de pouvoir compenser ces coupes de financement qui ont été réalisées", précise-t-il.

Le secteur hospitalier sous pression

Pour conserver un certain niveau de soins vis à vis des patients et compenser les coupes de financement, plusieurs méthodes existent. "On peut travailler sur le prix des médicaments et négocier avec l’industrie pharmaceutique pour faire des économies. Il faut aussi travailler sur l’organisation d’ensemble de l’hôpital pour être plus efficient. Et parfois, on en arrive à devoir toucher au personnel qui travaille sur le terrain", déplore Renaud Mazy.

Avec le coût des soins de santé qui augmente en Belgique ("25 millions de financement en moins par an rien que pour Saint Luc, c’est colossal"), la médecine, les soignants et les hôpitaux sont sous pression. Ce mouvement de grogne qui en découle, Renaud Mazy dit le comprendre et compatir. "Je pense qu’on a un combat qui est commun. On doit défendre la qualité des soins et se battre pour que les soins de santé en Belgique restent bons".

Les conséquences de ces coupes budgétaires pour les patients sont pourtant importantes mais pas uniquement imputables à l’action de ce gouvernement selon lui. "C’est un phénomène qui s’inscrit dans la durée depuis 2012. Entre 2012 et 2017, le phénomène était très fort".

Un exemple concret des conséquences pour le patient s’illustre dans la diminution de la durée des séjours hospitaliers pour certaines pathologies. Renaud Mazy nuance : "D’abord, il faut savoir que les durées de séjour diminuent parce que les thérapies s’améliorent. En revanche, les autorités forcent à diminuer la durée moyenne de séjour. Les hôpitaux qui ont une durée de séjour moyenne plus longue que les autres perdent de l’argent […] Ce que nous prônons avant tout c’est qu’on prenne en considération les patients car le risque c’est que dans certains hôpitaux, on peut être poussé à faire sortir les patients plus tôt".

Plus de transparence sur la qualité des soins

Le ministère de la Santé avance face à cette situation l’argument de la rationalisation pour financer l’avenir des soins de santé. Renaud Mazy défend plutôt l’idée de transparence vis-à-vis de l’efficacité des soins de santé. "On a besoin de plus de structure de la part des autorités et d’un seuil minimum. Il y a des opérations qui sont très délicates et si vous n’en faites pas un certain nombre par an, la qualité des soins ne sera pas bonne".

Il ajoute : "On doit pouvoir comparer les équipes et les hôpitaux mais nous devons aussi être transparents. Nous devons savoir aujourd’hui en tant que citoyen que dans tel hôpital, on va guérir un patient sur cinq en plus que dans un autre. C’est notre rôle légitime de pouvoir communique à ce sujet".

A l’inverse de la France ou de la Suisse, il n’y a actuellement pas de classement des hôpitaux les plus "performants" chez nous. "Il y a un tabou aujourd’hui en Belgique", rajoute Renaud Mazy qui considère que le financement doit se baser sur la qualité des soins. "Cela va pousser les équipes à s’améliorer et à proposer des soins de plus haute qualité".

Le gestionnaire de Saint Luc conclue en affirmant que dans de nombreux domaines, il navigue à vue, et notamment en ce qui concerne le financement et les coûts des investissements. Pour Renaud Mazy, des priorités doivent être établies. "Il faut d’abord avoir une vision d’avenir par rapport aux hôpitaux en terme de financement. Il faut finaliser les réseaux d’hôpitaux, communiquer sur la qualité des soins et enfin soutenir la digitalisation qui changera la qualité des soins de demain".
 

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