Remplacement des F-16 belges: le gouvernement bientôt paré au décollage

Les F-16, en bout de vie, seront bientôt remplacés.
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Les F-16, en bout de vie, seront bientôt remplacés. - © YORICK JANSENS - BELGA

Cet été sera (normalement) lancé l'appel d'offres pour remplacer nos bons vieux F-16. Cinq constructeurs américains et européens sont en lice pour nous fournir 34 nouveaux avions de combat : le Gripen de Saab, l'Eurofighter Typhoon d'Airbus, le Rafale de Dassault, le F-18 de Boeing et le F-35 de Lockeed Martin. L'appareil américain est donné favori, mais les jeux ne sont pas encore faits.

Quel sera le coût de l'opération?

Si l'achat des appareils est évalué à près de 3,5 milliards d'euros par l'officier en charge du programme, le colonel Harry Van Pee, le coût total est bien plus important. Il comprend l'acquisition, l'entretien, l'utilisation, l'entraînement du personnel, les éventuelles pièces de rechange et modifications à long terme. Le tout estimé à 15 milliards d'euros, sur une période de 40 ans, donc 375 millions d'euros par an, en moyenne. L'investissement sera bien sûr bien plus important lors de l'acquisition des avions, puis diminuera au fil des ans.

C'est donc un sacré marché public qui est sur la table… D'où l'importance des retours économiques. Selon certaines estimations, "l'effet F-16" a permis un retour économique de 170% sur la somme avancée lors de leur achat, en 1975. Ce n'est donc pas seulement le prix d'achat des nouveau avions de chasse qui animera les discussions, mais aussi les accords industriels que pourra passer notre pays afin de rentabiliser l'investissement et d'obtenir des retours économiques et technologiques intéressants.

A-t-on vraiment besoin de ces avions...?

Si le gouvernement justifie ce remplacement des F-16 afin de "conserver pour le long terme une capacité de chasse et de bombardement", il est utile de se demander si la Belgique a réellement besoin de nouveaux avions de chasse performants.

Deux chercheurs du GRIP (groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité) ont publié une note d'analyse sur la question. Insistant sur "le poids des structures industrielles et sur le rôle de discours stratégiques" dans l'idée d'une nécessité d renouveler la flotte aérienne belge, ils avancent que des "propositions plus réalistes et raisonnables en matière de capacité militaire" dont cruellement défaut dans le débat.

En effet, la note pointe les "résultats plus que discutables des interventions militaires (aériennes)" et  la question de "la banalisation des équipements militaires, par ailleurs chers et meurtriers" qui aurait dû être questionnée de fond en comble. Pour les deux chercheurs, le vieillissement des F-16 est une "opportunité de remettre en question les choix belges en matière de sécurité et de défense."

Des appareils aux missions peu utiles et contreproductives

Christophe Wasinski, chercheur spécialisé dans les questions de sécurité internationale, va encore plus loin et fustige les interventions des chasseurs-bombardiers, qui "sont d'une utilité médiocre en matière de gestion de crise" dans les conflits récents. "Le recours à ces moyens a surtout contribué à déstabiliser les sociétés et à renforcer les dynamiques conflictuelles" dans des pays comme l'Afghanistan, l'Irak et la Libye" explique-t-il dans une note d'analyse.

Pour le chercheur, le remplacement des F-16 est n'est pas raisonnable, au vu du coût élevé de ces appareils et des missions qui leur seront confiés, qui se sont révélées "peu utiles et contreproductives lors des interventions armées de ces dernières années."

...le gouvernement en est persuadé

Mais, pour le gouvernement Michel, il n'y a pas de doutes qui planent sur le sujet. "La Belgique restera par conséquent un partenaire solidaire et crédible au sein de l’OTAN et plaidera pour que l’OTAN continue de relever de nouveaux défis", comme il est précisé dans l'accord de gouvernement.

Depuis ce mercredi, des représentants de chaque pays candidat se succèdent à la Commission Défense de la Chambre pour défendre leur candidature. Des débats à huis-clos, pour raisons commerciales. Prochaine étape, un comité ministériel restreint (kern) afin de valider le plan stratégique de la défense… qui sera suivi par le lancement officiel de l'appel d'offres.

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