Refus du vaccin contre la polio : davantage de cas transmis au Parquet

C’est une augmentation inquiétante. Par négligence ou par refus, de plus en plus de parents ne vaccinent pas leur enfant contre la polio. En effet, le nombre de dossiers de parents récalcitrants transmis au parquet est en hausse. Il s’agit pourtant du seul vaccin légalement obligatoire en Belgique. Une attestation doit d’ailleurs être fournie à la commune lorsque les quatre premières doses, à deux mois, trois mois, quatre mois et 15 mois, ont été administrées.

880 dossiers transmis au parquet en 2019

Avant les 18 mois de leur enfant, les parents doivent transmettre la preuve de la vaccination à leur commune de résidence. Vinciane Charlier, porte-parole du SPF Santé Publique, précise la procédure : "Si la commune ne reçoit pas cette preuve après deux rappels, elle envoie le dossier auprès des inspecteurs de santé du SPF Santé Publique. Ces inspecteurs envoient alors jusqu’à trois rappels aux parents de l’enfant. S’il n’y a aucune réaction, ils dressent alors un procès-verbal avec une copie aux parents. Il s’agit d’un dernier ultimatum avant que le dossier soit transmis au parquet qui ouvre une instruction."

Malgré ces nombreux rappels, le SPF Santé Publique transmet de plus en plus de dossiers aux parquets provinciaux. En 2018, 657 dossiers ont été ouverts (550 toujours ouverts). Et depuis début 2019, on en compte déjà 880 (728 toujours ouverts). Ces parents encourent une amende de 150 à 800 euros et une peine de prison de huit jours à un mois.

Attitude des parents

Luc Decorte est bourgmestre de Chaumont-Gistoux mais aussi médecin généraliste en charge de consultations pour l’ONE. Il voit de plus en plus de parents douter face à l’administration de vaccins : "Il y a de plus en plus de questionnements par rapport à la vaccination. Les informations qui circulent sur réseaux sociaux augmentent les doutes. Il y a pourtant un consensus scientifique mondial sur les bénéfices qu’apporte la vaccination. Des risques existent mais sont tellement minimes par rapport aux bénéfices. "

Pour rappel, la poliomyélite est une maladie extrêmement dangereuse. Pr. Dimitri Van der Linden est infectiologue aux cliniques universitaires Saint-Luc : "La polio c’est une maladie infectieuse, provoqué par le virus de la poliomyélite, elle touche principalement les enfants de moins 5 ans. On craint cette maladie parce qu’elle peut provoquer des paralysies flasques, qui concernent surtout les membres inférieurs. Elle est transmise par voie oro-fécale, des aliments ou de l’eau contaminée par les selles, ou par la salive. "

Un vaccin administré en même temps que 5 autres

En évitant la vaccination contre la poliomyélite, les personnes ne vaccinent pas leurs enfants pour d’autres maladies puisque ce vaccin est administré en même temps que d’autres vaccins qu’on donne aux nourrissons. Pr. Dimitri Van der Linden, infectiologue à Saint-Luc : "En général, la polio est incluse dans un vaccin hexavalent qui contient six antigènes, la polio mais aussi le tétanos, la diphtérie, la coqueluche, l’Haemophilus influenzae de type b et l’hépatite B". Le risque de prolifération ou de réapparition de ces maladies augmente donc également.

Cette administration combinée rend les choses peu claires pour les parents. Ce que regrette Luc Decorte, bourgmestre de Chaumont-Gistoux mais aussi médecin pour l’ONE : "Ce serait plus simple, en termes de santé publique, que le législateur soit clair. Aujourd’hui les structures publiques d’accueil, type crèche ou école, exigent un carnet de vaccination en ordre pour des vaccins autres que la polio, comme la rougeole, la coqueluche, l’hépatite B ou encore Haemophilus influenzae de type b alors que d’un point de vue légal ces vaccins ne sont pas obligatoires. Cela crée de la confusion et du doute pour les parents. C’est un système ambigu qui devrait être clarifié."

Obligatoire depuis 1967 en Belgique

Le vaccin de la polio est obligatoire depuis 1967 dans notre pays ce qui a permis d’éliminer la maladie. Mais attention la poliomyélite est toujours présente dans certains pays. Il existe donc un risque d’importation de cas. C’est pourquoi les autorités souhaitent poursuivre la démarche de vaccination. En effet, une baisse de couverture vaccinale pourrait permettre au virus de circuler à nouveau en Belgique. Aujourd’hui la couverture vaccinale de la polio est de 98 %.

Disparu en Europe mais encore présent ou réapparu dans d’autres régions

Le virus de la polio n’est plus présent en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Océanie. Selon des données de l’OMS datant de novembre 2018, le virus circule à ce jour au Pakistan, en Afghanistan, en Indonésie, en Somalie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Nigéria. Par ailleurs, les Philippines viennent de lancer une campagne gouvernementale pour vacciner des millions d’enfants contre la poliomyélite, réapparue en septembre pour la première fois depuis 2001. Les taux de vaccination pour les jeunes enfants y ont chuté, passant de 77% en 2016 à 24% à peine en juin 2019.

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