Réduire l'accès au tabac pour les adolescents, c'est éviter une dépendance et un sevrage difficile

La consommation de tabac chez les jeunes de 13 à 15 ans reste problématique dans de nombreux pays (40% des 143 pays observés). C’est ce que révèle une nouvelle étude du Lancet, revue scientifique médicale de renom. Mais qu’en est-il chez nous ?

Depuis 2002, la consommation du tabac chez les jeunes de 12 à 18 ans est en forte baisse : "On est passé de 20 à 7%", affirme Maud Dujeu, chercheuse au SIPES, l’école de santé publique de l’ULB.

Baisse que l’on observe aussi chez les jeunes de 13 à 15 ans car elle est progressive et quasiment uniforme entre 12 et 18 ans.

Augmenter le prix du tabac et en réduire l’accès, deux facteurs essentiels

Quant à savoir quelle est la recette de ce succès : pas vraiment grâce aux campagnes publicitaires de lutte contre le tabac, selon Vincent Lorant, professeur de sociologie médicale à l’Institut de Recherche Santé et Société de l’UCLouvain.

Quant aux paquets neutres sur lesquels figurent des images de cancer de la gorge, ils ont peu d’effet. En témoignent ces jeunes que nous avons interrogés sur le sujet : "Cela ne sert à rien…", nous confient des jeunes filles de 15 ans interrogées à la sortie de leur école. "Je ne comprends pas les jeunes qui fument. Ils voient les images et ils fument quand même", nous déclare un autre.

Ce qui marche, c’est principalement la hausse du prix du tabac, explique Vincent Lorant : "Les adolescents répondent à la contrainte de l’augmentation du prix. La littérature est relativement unanime là-dessus, ça marche chez les adultes, ça marche chez les adolescents".

Reste que cette hausse du prix du tabac, telle qu’elle existe aujourd’hui, à ses limites, notamment sur les adolescents issus d’un milieu social défavorisé : "Les adolescents de milieux socio-économiques plus défavorisés ont plus d’argent de poche. C’est un paradoxe, mais c’est comme ça. Ce sont des adolescents ou des adolescentes qui, très vite, ont des petits boulots, des jobs,…ont de l’argent de poche qui leur permet, entre autres, d’acheter leurs cigarettes".

Autre facteur important qui contribue à la diminution de la consommation du tabac, ce sont "les politiques de contrôle du tabac et en particulier, la politique des écoles en matière de contrôle du tabac", poursuit Vincent Lorant. "Une récente étude publiée par ma collègue Nora Mélard dans le cadre du projet européen SILNE, a montré que les écoles qui sont plus restrictives en matière d’application de réglementation sur le tabac sont plus efficaces pour réduire le tabagisme chez les adolescents, en particulier dans les écoles et autour des écoles".

La Fédération Wallonie-Bruxelles s’est d’ailleurs dotée d’un décret en 2006 prévoyant l’interdiction de fumer dans les écoles.

Des écoles pas encore toutes assez strictes

Le problème, "c’est que ce décret est mis en œuvre de manière très inégale dans les écoles", explique le professeur de sociologie médicale. "Il y a des écoles qui le font respecter de manière stricte pour tout le monde ; il y a des écoles qui le font moyennement respecter ; et il y a des écoles qui ont même autorisé des fumoirs dans l’école ! Et donc, ce que je dis, c’est que les écoles qui font l’effort d’appliquer ce décret, qui font l’effort de faire en sorte que le tabagisme sorte de l’école, non seulement chez les élèves, mais également de la part du staff, les professeurs, la direction et le personnel administratif, et bien, ces écoles-là, ont de meilleurs résultats en termes de prévention du tabagisme".

Or pour l’instant, ces derniers "ont l’air de considérer que la réglementation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle est là pour les élèves. Mais non ! Elle est là aussi pour les enseignants ! Et les élèves adoptent leur comportement en fonction de ce qu’ils voient. Et ce que l’on sait, c’est qu’un fumoir, même s’il est un petit peu caché, les élèves le savent. Et donc, les enseignants ou les directions qui veulent faire appliquer la réglementation ne sont pas crédibles s’il y a un fumoir dans l’école !"

Depuis juin 2019, la vente de tabac au moins de 18 ans est interdite. Une nouvelle législation dont se réjouit Vincent Lorant : "Avant, à 16 ans, 17 ans, on pouvait acheter des cigarettes. Et donc on rentrait à l’école et on les distribuait aux amis". Cette nouvelle norme est donc une bonne chose selon lui, même si "on a été un des derniers pays à le faire par rapport à nos voisins". Reste qu’il est trop tôt aujourd’hui pour en analyser les effets.

"Un des problèmes que nous avons", ajoute Vincent Lorant, "c’est que nous édictons des lois ou des réglementations, mais elles sont très peu respectées. On sait, par exemple, que dans les Night&Day et dans une série de magasins qui vendent du tabac, ils ne regardent pas les cartes d’identité. Ils donnent même des instructions aux jeunes comme : 'Mets ça dans ton sac à dos avant de sortir !'. Donc il y a une sorte de contournement de la loi avec l’aide des cigarettiers qui trouvent différentes manières de la contourner".

Pour ce spécialiste, il faut donc renforcer les contrôles et particulièrement dans les écoles. Et d’épingler le peu de volonté politique pour l’instant : "La question du tabac est devenue secondaire, y compris pour les autorités sanitaires en Fédération Wallonie-Bruxelles".

Un risque de dépendance encore plus forte chez les jeunes

Quant à savoir si cette interdiction ne risque pas de déplacer le problème ou de le postposer, Vincent Lorant ne le pense pas. En tout cas, pour lui, il faut tout mettre en œuvre pour dissuader les jeunes de commencer à fumer. Car selon lui, plus on commence à fumer jeune, plus il y a de risque d’être fort dépendant du tabac : "Le problème du tabac, c’est qu’il est terriblement addictif. Vous fumez une cigarette par semaine pendant deux mois et vous êtes accro, surtout si vous commencez jeune. Et cela va d’ailleurs plus vite chez les filles que chez les garçons".

Autrement dit, "si vous initiez la consommation plus tard, on va dire après 18 ans, il y a moins de risque que vous deveniez dépendant. C’est lié à des caractéristiques propres aux adolescents et à la manière dont ils métabolisent la nicotine".

D’où l’importance d’agir dès le plus jeune âge pour éviter une dépendance et un sevrage d’autant plus difficile.

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