Reconnaissance faciale: le vrai visage de Big brother?

En Janvier, le CES de Las Vegas faisait la part belle à la reconnaissance faciale.
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En Janvier, le CES de Las Vegas faisait la part belle à la reconnaissance faciale. - © DAVID MCNEW - AFP

La reconnaissance faciale suscite de nombreuses craintes aux Etats-Unis. 90 ONG dédiées à la défense des libertés publiques ont écrit à Amazon, Microsoft et Google pour les inciter à ne pas vendre leurs technologies de reconnaissance faciale aux Etats, quels qu’ils soient. Selon eux, ce serait ouvrir la porte au contrôle total du pouvoir sur l’individu. Big Brother en vrai.

Pourtant, tous les experts l’assurent: dans un délai de deux ans, le mot de passe sera remplacé par des données biométriques, dont la reconnaissance faciale.

Réunies au sein de l’ACLU (American Civil Liberties Union), du Raices (Centre des réfugiés et des immigrants pour l’éducation et les services juridiques) et de l’EFF (Electronic Frontier Foundation), près de 100 organisations se sont adressées aux trois géants du web pour leur demander de conserver leurs technologies respectives loin des pouvoirs publics.

Minority Report ou Person of Interest, la fiction en moins

Pour les ONG signataires, cette technologie biométrique permettrait de repérer des migrants, des minorités ou des personnes de couleur. Avec la généralisation de la reconnaissance faciale, se rassembler en tant que communauté (religieuse ou autre) se ferait sous l’œil inquisiteur des gouvernants. La police pourrait utiliser la reconnaissance faciale pour pister des manifestants ou toute personne a priori dangereuse selon les critères -arbitraires- des autorités. Le film Minority Report ou la série Person of interest, mais sans la fiction.

Faut-il le préciser, tous les opérateurs n’ont pas la même position sur la question. En décembre, Google s’était déjà engagé à ne pas mettre en vente sa technologie de reconnaissance faciale tant que la législation en la matière ne serait pas précisée. Google et Microsoft ont reconnu les risques potentiels que représenteraient les services de reconnaissance faciale entre les mains de personnes ou d’organismes peu scrupuleux. Des arguments auxquels Amazon ne semble, elle, guère sensible. Car si Google a refusé un contrat de 10 milliards de dollars avec le Pentagone en évoquant des conflits avec ses valeurs, le magasin en ligne avait déjà annoncé dès octobre qu’il poursuivrait sa coopération technologique avec le Pentagone et continuera de vendre sa technologie de reconnaissance faciale aux forces de l’ordre.

Google et Microsoft en défenseur de la vie privée?

Mais ni Google, ni Microsoft ne sont des enfants de coeur. Généralement peu enclins à défendre la confidentialité des données de leurs clients, Google et Microsoft ont été mis en difficulté (et au pied du mur) lorsque leur propre personnel s’est levé contre la politique de leurs patrons, notamment en Chine. C’est ainsi que Google a abandonné, il y a près de 9 mois, le projet Maven mené avec le Pentagone pour le traitement d’images. Cela se passait au plus mauvais moment, lors du scandale de la séparation des enfants de leurs parents migrants. Même le président Donald Trump avait dû faire marche arrière.

La reconnaissance faciale est partout                     

Pourtant, dans l’industrie, la reconnaissance faciale est une tendance forte. Le marché est estimé entre 10 et 15 milliards de dollars d'ici à 2022. Dans le secteur de la santé, la reconnaissance est utilisée pour le diagnostic de pathologies rares. Dans le commerce, les caméras intelligentes commencent à assister les vendeurs pour envoyer des messages personnalisés aux clients identifiés. En domotique, pour 200 euros, des caméras de surveillance évitent de donner l’alarme en reconnaissant les membres de la famille.

Et ce n’est qu’un début, tout récemment, durant le CES de Las Vegas, le taïwanais Cyberlink a assuré que son système de reconnaissance faciale qualifié de "très précis" est destiné aux particuliers, aux commerces  et aux forces de l'ordre. Le délit de sale gueule a encore de beaux jours devant lui.

La technologie faciale est-elle efficace pour autant?

En tout cas pas sur les smartphones. Si l’on en croit l’association de consommateurs néerlandaise  Consumentenbond, sur 110 mobiles auxquels ont été présentées de simples photos, 42 modèles ont pu être piratés. Seuls 57 capteurs ne se sont jamais laissés piéger.

Dans le même ordre d'idée, un chercheur de l'entreprise vietnamienne de cybersécurité Bkav a réussi à tromper le logiciel de reconnaissance faciale du nouvel iPhone X en confectionnant un masque imprimé en 3D pour déverrouiller l'appareil. Mais Apple n'était pas la seule victime du test: la plupart des téléphones sont tombés dans le panneau.

Même Amazon aurait démontré la limite de ses compétences avec un logiciel de reconnaissance faciale Rekognition. Lors d’un test de l’application, 28 criminels auraient été identifiés… dans une liste de membres du Congrès américain. Amazon met en doute le test réalité par l’UCLA (ONG de défense des droits civique). Selon la même association, le système est aussi raciste, puisque les personnes de couleur, qui ne représentent que 20% des membres du Congrès, apparaissent dans 40% des résultats.

Reste à savoir si la technique de la reconnaissance faciale comme mot de passe est suffisamment sécurisée. Ce qui précède permet d’entretenir des doutes, mais un informaticien spécialisé de l’entreprise de sécurité ESET est catégorique: "Je ne lui ferais pas du tout confiance. La technologie est trop récente et trop facile à contrefaire. On peut tromper des algorithmes. C’est comme pour les empreintes digitales." Pour l’expert, la sécurité passe par des technologies avec authentification forte. Le mot de passe manuel compliqué reste l’une des meilleures protections possible.

Archives : Journal télévisé 25/04/2018

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