"Récolter du blé en juillet, je ne me souviens pas l'avoir fait en 25 ans de carrière"

Avec le beau temps de ces dernières semaines, la sécheresse gagne du terrain et s’attaque aux cultures. Pour Hugues Falys, agriculteur et vice-président la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (FUGEA), la situation est inquiétante.

"Les prairies sont rousses, brunes et sèches. Quant au reste des cultures, les céréales sont en partie récoltées et moissonnées, ce qui est un peu exceptionnel, explique-t-il. Récolter du blé au mois de juillet, je ne me souviens pas l’avoir fait en 25 ans de carrière. C’est quand même un symptôme assez frappant, en partie dû à la sécheresse, mais aussi aux températures très élevées qu’on a depuis le début de la saison."

On ne s’attend pas à des miracles

Cet enseignant en agronomie note aussi que la production est plus faible que les années précédentes. "Dans les récoltes d’escourgeon, on estime probablement 20% de moins qu’une année classique. Et en froment, comme on débute, on ne peut pas encore se prononcer. Mais on ne s’attend pas à des miracles."

Comment les éleveurs de vaches vivent-ils cette situation ? "Dans notre métier d’agriculteur, il faut prévoir ce genre de phénomène qui n’est pas si exceptionnel que ça, tempère Hugues Falys, qui gère une exploitation dans le Hainaut. Ces dernières années, on a quand même eu des périodes sèches comme celle qu’on connaît maintenant. C’est assez récurrent. Donc on prévoit des stocks et on commence à nourrir les bêtes en prairie."

Certaines régions sont plus touchées que d'autres. "C’est simplement en fonction de l’occurrence des orages à tel ou tel endroit. Moi je n’ai pas eu les orages et les prairies sont rousses. Je parlais avec un agriculteur du Condroz qui me disait : 'Aucun souci, on a eu de la pluie, ça pousse'. Dans le Tournaisis, la semaine passée il y a eu quelques orages. Donc évidemment la situation n’est pas du tout problématique localement."

Une assurance en cas de sécheresse ?

Faut-il pour autant mettre en place une assurance récolte, une idée mise sur la table par la Fédération wallonne de l’Agriculture ? Cette assurance couvrirait les dégâts provoqués par tous les excès climatiques, et pas uniquement la sécheresse. "En France on a beaucoup parlé de cette assurance récolte, signale Hugues Falys. Elle a été mise en place et elle fonctionne moyennement bien."

La situation n'est pas la même en Belgique où "on bénéficie du Fonds des calamités. On en a bénéficié l’année passée, notamment pour les prairies. On a eu une sécheresse l’année passée, qui a duré nettement plus longtemps que celle qu’on observe jusqu’à maintenant."

D'autres assurances existent. Comme l'assurance grêle. "Mais si vous bénéficiez de l’assurance grêle, vous n’allez pas bénéficier du Fonds des calamités, ce qui est assez normal. Donc, si on instaure une assurance sécheresse, ce sera très probablement le même phénomène. On sera assuré contre la sécheresse et on ne bénéficiera pas du Fonds des calamités."

Ne pas pénaliser les jeunes

Hugues Falys poursuit : "Ce qui nous fait également peur dans ce principe de demander à la Région wallonne d’intervenir pour payer ces primes d’assurance, déjà la FUGEA est très souvent opposée à ce qu’on réclame toujours de l’argent public pour répondre à nos difficultés. Et puis, cet argent si la Région wallonne nous l’accorde, on va très certainement aller le puiser dans le budget de la Politique agricole commune. Donc cet argent ne sera pas disponible pour des politiques précises, comme l’aide à l’installation des jeunes, qui est nettement plus importante."

Comment dès lors faire face au changement climatique ? Pour Hugues Falys, il faut que les agriculteurs s'adaptent. "Par exemple en choisissant des variétés plus résistantes". Et d'ajouter : "Un plus bel exemple peut être notre grand sujet sur l’autonomie fourragère des fermes, où on préconise de remplacer au moins en partie le maïs par les légumineuses, qui sont nettement plus résistantes que, par exemple, les graminées et l’herbe à la sécheresse. Ça, c’est une adaptation des agriculteurs qui est tout à fait faisable et qui permet de répondre à ces problèmes."

Autre solution : "Dans les céréales, on peut aussi s’orienter vers des variétés plus résistantes à la sécheresse. On ne le faisait pas jusqu’ici puisqu’on était relativement moins souvent confrontés à ces problèmes. Mais dans des régions comme le sud de la France, ils sont habitués à des sécheresses pratiquement tous les ans, donc ils travaillent avec des plantes et des variétés qui sont plus adaptées."

Reportage du JT 13h sur la sécheresse dans nos campagnes:

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