Récolter 16.000 mains levées pour la Journée mondiale du sida

Récolter 16.000 mains levées pour la Journée mondiale du sida
Récolter 16.000 mains levées pour la Journée mondiale du sida - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Défendre les droits des personnes vivant avec le virus de l'immunodéficience humaine (VIH/sida), c'est le de cette nouvelle Journée mondiale de Lutte contre le Sida, célébrée ce 1er décembre. Plusieurs associations actives dans le domaine iront à la rencontre des citoyens afin de les sensibiliser à cette cause et de les encourager à porter le célèbre ruban rouge, symbole universel de solidarité avec les personnes séropositives.

Chez nous, la plateforme Prévention Sida se lance ce défi : récolter 16.000 mains levées en signe de solidarité avec les 16 000 personnes séropositives suivies médicalement en Belgique pour le VIH. Concrètement, l'opération invite tout un chacun à manifester sa solidarité en levant ses mains.

Le directeur de la plateforme, Thierry Martin, était l'invité du plus de Matin Première ce jeudi.

Des citoyens consultés

"C’est un geste concret pour témoigner de sa solidarité avec les personnes vivant avec le VIH parce que ça reste important aujourd’hui encore de se mobiliser. Il y a eu beaucoup de progrès au niveau des traitements, qui font en sorte aujourd’hui qu’une personne séropositive qui prend un traitement aura ce qu’on appelle une charge virale indétectable, et donc ne transmet plus le virus. Aujourd’hui, il n’y a vraiment plus de raisons, à un moment donné, de ne pas avoir une vie affective, sexuelle avec une personne séropositive. L’idée est ici de vraiment soutenir le quotidien d’une personne vivant avec le VIH", a expliqué le directeur de la plate-forme Prévention Sida.

L'association est allée à la rencontre de citoyens et leur demander a demandé leur souhait sous forme de micro-trottoir. Un des souhaits de ces personnes est "que tous les préservatifs soient gratuits. Je sais qu’on peut aller les chercher gratuitement dans les plannings familiaux, mais pourquoi les magasins, ce jour-là, ne les offriraient pas gratuitement à tout le monde ? Une fois par an, ça ne ferait pas de mal et je ne pense pas que ça leur ferait de grosses pertes".

Le préservatif est toujours la solution ?

A la question de savoir si le préservatif reste la solution, Thierry Martin répond : "C’est une des solutions. Il faut savoir quand même que depuis quelques années, on a changé le paradigme de prévention, on est dans ce qu’on appelle maintenant la prévention combinée. Le préservatif reste le socle des stratégies de prévention du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles, mais ce qu’on sait aujourd’hui c’est que le dépistage est aussi la clé angulaire de la prévention, parce que malheureusement beaucoup de personnes ignorent qu’elles sont affectées par le virus. On estime en Belgique, d’après l’ISP, qu’il y a environ 3000 personnes qui sont séropositives et ne le savent malheureusement pas. Donc qu’est-ce qui se passe ? Elles peuvent contaminer d’autres personnes sans le savoir, parce qu’on le sait, on n’utilise pas toujours de préservatif. Aujourd’hui, les personnes qui infectent d’autres personnes sont celles qui ne connaissent pas leur statut. On invite donc vraiment aussi à profiter de ce 1er décembre pour faire le point en passant un test de dépistage".

Ne pas laisser tomber le sida dans l'oubli

"Je pense qu’il faut en parler de plus en plus parce que les jeunes d’aujourd’hui ne se rendent pas trop compte que c’est encore d’actualité. On a un peu tendance à oublier que le sida, même si on le soigne, on ne le guérit pas. Il se trouve qu’ici en Belgique on a la chance d’avoir des préventions et plein de choses en place pour les jeunes et pour les gens qui sont touchés par la maladie. Et je pense que dans tous les pays du monde entier, ça devrait être une priorité aussi", témoigne une jeune fille.

Mais pourquoi le sida reste-il un tabou dans notre société ? 

"Parler du VIH, c’est parler de quoi ? C’est parler aussi de sexualité et la sexualité reste un thème particulièrement difficile. Il y a encore quelques jours, on avait envoyé une série de préservatifs dans une école et on nous a appris après qu’on n’allait pas les distribuer pour éviter de choquer certains parents", explique Thierry Martin. "C'est pour ça qu’on demande aussi que la politique d’éducation à la vie affective et sexuelle soit vraiment une réalité. Et ce n’est pas encore le cas aujourd’hui".

"Aujourd'hui, on peut construire une vie affective et sexuelle"

Autre souhait celui exprimé par cette personne : "J’aimerais que la recherche continue d’avancer et que beaucoup de personnes qui sont atteintes de cette maladie-là puissent un jour en guérir, et que leurs familles ainsi n’en souffrent plus. Parce que c’est une maladie, malgré tout, qui fait beaucoup souffrir. C’est surtout une souffrance psychologique qui est assez difficile à vivre pour les malades".

"Il faut quand même dire que depuis une dizaine d’années, vivre avec le VIH est quand même beaucoup plus facile", précise le directeur de la plate-forme Prévention Sida. "On peut tomber amoureux et on peut même aller plus loin, on peut construire une vie affective et sexuelle puisque le VIH aujourd’hui est une maladie chronique, une maladie avec laquelle on peut vivre de très nombreuses années. L’espérance de vie est quasi la même qu’une personne non infectée par le virus. J’invite donc vraiment à pouvoir partager des moments amicaux…".

Mais n'est-ce pas paradoxale de dire cela ? 

"Oui, c’est compliqué pour nous de jouer sur cette balance en disant qu’effectivement les choses vont mieux", répond Thierry Martin. "Oui, ça va mieux médicalement, mais au niveau du tabou, ça reste malheureusement encore compliqué. Régulièrement, des personnes vivant avec le VIH nous disent à quel point c’est compliqué de dire qu’elles sont séropositives. Elles ne le disent donc pas. Et même dans la vie du travail, des personnes séropositives nous disent à quel point c’est complexe parfois de trouver un dentiste, concrètement. Puis il y a les infections sexuellement transmissibles aussi qui sont en recrudescence, donc la prévention reste importante puisqu’il y a toujours près de trois cas par jour en Belgique".

Précisons que l'association organise ce vendredi un petit concert du côté de la Bourse à Bruxelles, sur le piétonnier, avec DJ Gerimis. Il y aura aussi des tests de dépistage qui seront effectués un peu partout en Fédération Wallonie-Bruxelles. 

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