Récidive au volant: "Les peines traditionnelles, comme la déchéance du permis, ont montré leurs limites"

Une grande enquête menée entre 1993 et 2013 et concernant la récidive au volant vient d’être publiée par VIAS, l’Institut belge pour la sécurité routière. Certaines conclusions de ce rapport de 70 pages, réalisé sur la base des données issues du Casier judiciaire central, soulèvent d’importantes questions sur l’efficacité des peines encourues par les personnes coupables de multiples délits au volant.

"On sait que la moitié des personnes condamnées devant un tribunal de police récidivent. Le plus préoccupant c’est que 30% de ces récidivistes le font dans l’année qui suit la première condamnation et la moitié dans les deux ans", explique Benoit Godart, porte-parole de VIAS.

En termes de profil, les récidivistes sont plutôt des hommes et les chiffres concernant le dossier de certains sont très interpellant. "85% des personnes qui atterrissent devant un tribunal sont déjà des hommes mais leur taux de récidive est deux fois plus important que les femmes. Généralement, ce sont des hommes dans leur trentaine. En d’autres termes, ce ne sont pratiquement que des hommes qui ont toujours conduit comme cela et pour qui il est très difficile de changer les habitudes", déplore Benoit Godart.

Des peines peu efficaces ?

"Voir quelqu’un condamné plus d’une centaine de fois devant un tribunal de police, c’est ahurissant. Cela signifie qu’il a commis des délits plusieurs fois par an. Cela signifie aussi que la peine n’a pas été efficace", rajoute le porte-parole.

Au niveau des peines encourues pour les récidivistes, l’institut VIAS précise que les peines alternatives sont généralement beaucoup plus efficaces que les peines traditionnelles. "Dans le cas de peines alternatives, on peut par exemple condamner quelqu’un à suivre des heures de sensibilisation. Ces gens-là ont 50% de risque de récidive en moins que ceux qui écopent de peines traditionnelles".

En ce qui concerne les autres cas, d’autres possibilités existent également comme les travaux d’intérêt général ou des éthylotests antidémarrage. L’obligation d’avoir une boîte noire pour les personnes qui sont régulièrement épinglées pour des excès de vitesse est également testée.

"Les peines traditionnelles ont montré leur limite", explique Benoit Godart. "La déchéance du droit de conduire en est le pire exemple. 85% des personnes qui ont une déchéance du droit de conduire récidivent et 55% le font dans l’année qui suit la condamnation. Déjà, on ne sait déjà pas si cette déchéance est respectée et si c’est le cas, on voit que cela ne porte pas ses fruits".

Sensibilisation plutôt que punition

L’étude, la plus large menée au niveau national, ne prend toutefois en compte que les faits qui passent devant la justice. "C’est aussi cela qui est inquiétant. On s’est basé sur les casiers judiciaires. Mais quelqu’un qui a été condamné devant le tribunal et qui a continué à commettre de petits délits, a également récidivé et ne se retrouve donc pas dans cette étude".

Pour lutter contre cela, Benoit Godart estime que les cours de sensibilisation sont les plus efficaces sur le long terme. "Ils jouent sur la responsabilisation des conducteurs. Confronter via une dynamique de groupe leurs témoignages entre eux, c’est beaucoup plus porteur qu’une personne qui tape sur les doigts en les empêchant de conduire".

Chaque profil est différent et la décision reviendra toujours au juge mais dans les faits, il est possible qu’une personne ayant entraîné la mort d’un piéton soit simplement condamnée à suivre des cours de sensibilisation en plus d’une amende. "Au niveau de l’opinion publique, entendre que des personnes qui ont commis des faits très graves soient seulement condamnées à suivre des cours, cela peut choquer. Mais il faut choisir. Soit on frappe le plus fort possible, soit on protège la société en essayant qu’ils ne récidivent pas".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK