Réchauffement climatique : les gardes-bœufs ont troqué le taureau camarguais pour le blanc bleu Belge

Photo L. DENDOOVEN.
Les marais d'harchies, un milieu foisonnant pour la faune et la flore et une héronnière abritant hérons cendrés, garde-boeuf,grande aigrettre, aigrette garcette, et spatules
Photo L. DENDOOVEN. Les marais d'harchies, un milieu foisonnant pour la faune et la flore et une héronnière abritant hérons cendrés, garde-boeuf,grande aigrettre, aigrette garcette, et spatules - © Tous droits réservés

C’est un constat. Depuis quelques années, le réchauffement et les canicules répétées ont des conséquences visibles sur la répartition des espèces animales et végétales. Une réalité observée en Belgique autant sur terre qu’en mer. Dans le marais d’Harchies à Bernissart, dans le Hainaut, les ornithologues, sont à la fête. Depuis quelques années, ils observent quantité d’oiseaux qu’ils ne voyaient jamais il y a 10 ans à peine.

Harchies : une héronnière riche en oiseaux du sud

450 hectares de nature protégée entre terre et eau. Les marais d’Harchies sont un véritable sanctuaire de la faune marécageuse. Ornithologue et aquarelliste animalier, Yves Fagniart arpente ce site exceptionnel depuis de nombreuses années. Il a pu assister à l’évolution et au brassage de sa faune et de sa flore. Pour l’heure nous lui emboîtons le pas sur un sentier suspendu entre marécages et pâturages broutés par des vaches limousines. Soudain, Yves s’arrête et oriente ses jumelles vers le groupe de vaches. Entre leurs jambes, un petit échassier blanc avec une tache jaune brune sur le sommet de la tête. Il s’agit d’un héron garde-bœuf. Pour Yves, la présence de cet oiseau est interpellante : " Quand j’avais 18 ans, je suis allé en Camargue tout spécialement pour observer cet oiseau. Il n’y avait que là que l’on pouvait l’observer. Aujourd’hui, 40 ans plus tard, je l’observe à 15 kilomètres de chez moi. "

Grande aigrette et spatule ont rejoint le pique-bœuf

Le garde-bœuf niche dans les marais d’Harchies depuis plus de dix ans. Et il n’est pas le seul. La grande aigrette, l’aigrette garcette et la spatule l’ont rejoint depuis quelque temps. Ces oiseaux du sud s’installent chez nous avec le radoucissement des températures. Un effet plutôt positif car il a permis un élargissement de la distribution de ces espèces sur le territoire européen. Mais Yves Fagniart a observé des changements moins positifs : "Certains oiseaux, plus spécialisés comme des passereaux migrateurs insectivores, le réchauffement climatique a des conséquences désastreuses. Ils sont spécialisés sur certains types d’insectes. Lorsque ces oiseaux migrent et nidifient, ils le font au moment du pic de présence de ces insectes. Mais avec le réchauffement, les dates ne coïncident plus. Un exemple typique est celui du gobe-mouches noir."


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En mer du Nord, la crevette rose remplace la grise et le bar, le cabillaud

Ce phénomène ne touche pas seulement les espèces terrestres, elle affecte aussi les espèces marines. Thierry Hance, Biologiste au centre de recherche de la Biodiversité à l’UCLouvain constate de gros changements dans les milieux marins depuis plusieurs années déjà : " C’est un phénomène marin aussi qui cause de grosses inquiétudes pour la pêche à terme. Nous savons que toute une série de poissons d’eau froide comme le cabillaud, l’aiglefin, le flétan, la limande, la plie, mais aussi la crevette grise ont tendance à remonter vers le nord. Nos eaux deviennent trop chaudes pour eux. D’autres poissons font leur apparition. C’est le cas du bar qui mange d’ailleurs une espèce invasive qui a envahi nos côtes, les couteaux d’Amérique du Nord dont les coquilles sont désormais omniprésentes sur nos plages. "

Une étude réalisée en Baie de somme observe une diminution globale de la quantité de poissons de 200.000 poissons par kilomètre carré à seulement 40.000 en quelques années avec le réchauffement de notre mer du Nord.

Les forêts ne marchent pas, elles dépriment

Un des problèmes majeurs du changement climatique c’est aussi la vitesse à laquelle il se produit. Thierry Hance nous explique : " Un arbre vit entre 150 et 400 ans et il ne peut pas se déplacer. La conséquence, c’est que nous allons vivre une transformation de la structure forestière avec la disparition progressive d’espèces comme le hêtre et l’épicéa sensibles au stress hydrique et l’arrivée d’essences qui supportent mieux la chaleur comme le châtaignier ou le robinier faux acacia. Ça complique la gestion forestière d’aujourd’hui car ce que nous plantons aujourd’hui seront des arbres de grande taille dans seulement 100-150 ans quand la température sera supérieure de 3° à 5° en moyenne. Nous avons donc un gros problème de synchronisation entre le végétal et l’animal. "

Espèces du sud ou espèces invasives, notre environnement évolue très vite et l’un des problèmes majeurs sera la vitesse à laquelle le changement s’opère.

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