Rechauffement climatique: les entreprises encore trop peu réactives, notamment au niveau des matériaux et de la mobilité

Rester en dessous ou au niveau de 1 degré et demi de réchauffement, c’est toujours l’objectif du GIEC. Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue et professeur à l’UCL, a participé à la rédaction de ce rapport. Son constat est sans appel : "80% de l’énergie que l’on consomme aujourd’hui viennent des combustibles fossiles, charbon, pétrole, gaz naturel". C’est donc là qu’il faut agir d’abord. Et les entreprises ont un rôle essentiel à jouer.

Mais le jouent-elles vraiment ? L’analyse de Pierre Courbe, d’Inter Environnement Wallonie est pour le moins mitigée.

"D’une manière générale, les organisations patronales restent plutôt au niveau des grands principes et des intentions en matière de développement durable et ne fixent pas d’objectifs quantifiés à leurs membres. Idéalement, elles devraient le faire pour être cohérentes avec leur discours mais ce n’est pas non plus leur rôle. Ce sont les politiques qui doivent fixer des normes et utiliser des moyens contraignants pour les atteindre."

Des progrès tout de même        

"S’il y a un progrès incontestable au niveau des entreprises, c’est celui de la maîtrise et de l’amélioration constante des performances des processus de fabrication. Elles font la chasse au gaspillage énergétique. L’énergie coûte cher et l’amélioration des processus de fabrication permet aussi d’économiser des matières premières par exemple. Tout cela fait qu’elles émettent moins de CO2. Mais aujourd’hui la marge de manœuvre se réduit dans cette démarche-là. Et donc il faut actionner demain d’autres leviers."  

Exemple : la mobilité qui pèse pour 25 % des émissions de CO2. L’Union wallonne des entreprises organisait récemment une rencontre sur l’accessibilité des parcs d’activité économique en Wallonie. Objectif : mettre en avant les solutions de mobilité alternative, comme le covoiturage, les déplacements en vélo ou d’autres moyens comme Taxistop ou les transports en commun.

Des exemples concrets d’expériences plus ou moins réussies mais jusqu’ici, aucun objectif chiffré de matière de réduction n’a été avancé. Et quand on évoque le projet de pacte énergétique que le gouvernement fédéral veut instaurer, les 4 organisations patronales sont unanimes : oui pour la réduction des émissions de CO2 mais il ne faut pas sortir totalement du nucléaire et non aux mesures qui entraîneraient une augmentation des coûts énergétiques.

Pour Pierre Courbe, ces deux exigences sont difficilement conciliables avec le développement durable.

Que peut faire un patron de PME?

"Principalement deux choses" estime Pierre Courbe. "Passer au maximum à l’électrification, en utilisant évidement de l’électricité verte. Et puis passer à autre chose en termes de produits… Les patrons doivent faire un 'shift mental' pour se projeter dans un autre futur avec des produits radicalement moins gourmands sur le plan de la consommation énergétique. Exemple : dans la construction, il faut passer de la logique 'béton' à la logique 'bois'. Les constructions en bois sont très nettement moins énergivores que le béton."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK