Réchauffement climatique : "Il est nécessaire de voir ce qu’on peut faire face aux impacts qui sont déjà là", estime le professeur Edwin Zaccaï

Ce lundi a eu lieu un sommet virtuel sur l'"adaptation climatique", à savoir "le fait de prendre au sérieux les impacts du changement climatique qui se trouvent déjà présents aujourd’hui". Ce sommet a réuni plusieurs dirigeants à travers le monde, d’Emmanuel Macron à Angela Merkel en passant par Boris Johnson ou encore Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations-Unies.

"L’adaptation climatique" est en fait une affaire de "pragmatisme". Edwin Zaccaï est professeur de développement durable à l’ULB, et pour lui "prendre au sérieux les impacts du changement climatique", c’est cela qui permettra "de voir ce qu’on peut en tirer comme effets positifs éventuellement — il y en a quelques-uns — ou se prémunir contre les effets négatifs. On dit parfois que réduire la pollution, qui est tout à fait nécessaire, c’est éviter l’ingérable, et l’adaptation, c’est gérer l’inévitable".

Des changements déjà à l’œuvre

C’est d’ailleurs dans ce sens que le président français, Emmanuel Macron, s’est exprimé au sommet virtuel : "Au nord comme au sud, il nous faut repenser les infrastructures, les routes, les ports, à l’aune de l’élévation du niveau de la mer, des événements climatiques violents, de la hausse des températures moyennes et des transformations d’écosystèmes que cela engendre. Tout cela est la meilleure manière de prévoir les prochains chocs, de lutter contre les grandes transformations qui sont déjà à l’œuvre et aussi d’avoir une action utile et coordonnée contre les grandes inégalités de nos sociétés et à travers le monde."

Une forme de résilience pragmatique donc, dont le but est d’agir concrètement sur les changements déjà à l’œuvre. Une approche "essentielle", estime le professeur de l’ULB. "Maintenant, il est nécessaire d’être pragmatique et de voir ce qu’on peut faire par rapport aux impacts qui sont déjà là, de faire comprendre que le climat va continuer à changer. On va vivre dans un climat où le normal va évoluer de décennie en décennie et il est important que les citoyens soient informés de ce qui les attend pour qu’ils puissent prendre des décisions en conséquence et que les pouvoirs publics, effectivement, prennent des mesures", analyse Edwin Zaccaï.

Une question de justice

Informer et pouvoir s’adapter c’est aussi une question de justice. "On estime qu’un habitant du Mali ou du Burkina va émettre environ 100 fois moins qu’un Belge", indique le professeur de développement durable. Et d’ajouter, "les agriculteurs des pays en développement sont ceux qui sont les plus touchés aujourd’hui par le changement climatique, parce que ça concerne des dizaines, des centaines de millions de personnes où les saisons sont modifiées et où ils ont très peu de moyens d’agir. Et ils sont très peu responsables des émissions".

En effet, selon l’ONG Germanwatch, "sur les 500.000 victimes des événements climatiques extrêmes de ces 20 dernières années, ce sont surtout les pays les plus pauvres qui payent le prix humain le plus lourd".

A ce niveau, le système international doit pouvoir contribuer. Et cela passe aussi par des transferts financiers, mais "cela ne suffit pas". "Ceci dit, on en donne assez peu. Lorsqu’on parle de milliards, ce sont beaucoup de prêts qui sont pris en cause, plus que les dons. Mais ça ne suffit pas de faire ces transferts financiers, il faut également que ça arrive réellement sur le terrain. Et là, c’est le rôle aussi des pouvoirs publics dans ces pays-là, ou des ONG, ou de la transparence, pour voir comment on peut réellement atteindre des associations paysannes sur le terrain", indique Edwin Zaccaï.

Plusieurs acteurs ont un rôle à jouer

Si la coordination doit être mondiale pour pouvoir s’adapter aux impacts du changement climatique, les niveaux locaux peuvent aussi jouer un rôle. Et à ce niveau, plusieurs acteurs. "L’Europe demande aux différents pays d’avoir des plans d’adaptation. Ça peut se faire au niveau national, au niveau régional, au niveau local. Il y en a. Ça vient notamment des impacts qui sont constatés, par exemple par les agriculteurs également chez nous ou par les forestiers. Je vous donne un exemple tout simple : le type d’arbre qu’il faut planter aujourd’hui n’est plus le même que par le passé. Le type de culture va également évoluer."

Il faudra donc aussi repenser notre organisation et le rôle de certains acteurs. Face aux catastrophes naturelles, par exemple, les compagnies d’assurances peuvent avoir un rôle central : "Les assurances sont en effet un point clé, parce que des impacts, il y en aura nécessairement, donc on peut par exemple se prémunir contre les inondations avec d’autres types d’aménagement de l’eau, etc. Mais il y aura nécessairement des impacts et l’assurance permet de mutualiser les risques et que ça ne soit pas des individus isolés qui soient touchés, mais qu’on puisse répartir les risques", relève Edwin Zaccaï.

Et là encore, il s’agit d’une question de justice sociale. "On peut voir qu’il n’y a plus de biens assurés dans les pays du nord que dans les pays du sud. Il y a donc aussi une démarche pour voir comment des assurances peuvent se mettre en place dans des pays en développement, mais également en étant attentif à rester proche du terrain".

Informer concrètement

Mais pour Edwin Zaccaï, renseigner sur ce à quoi s’attendre est aussi impératif. Le professeur pointe le fait que "que le cerveau humain a besoin de concret et les graphiques des scientifiques, même s’ils sont bien documentés, vont avoir moins d’impact sur la décision qu’une canicule ou des événements extrêmes. Et quand il y a des événements anormaux, dans n’importe quel pays, on voit apparaître des pressions pour qu’il y ait une adaptation qui soit réalisée".


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La population a donc besoin d’information, "beaucoup de gens sont inquiets". Et d’ajouter, "quand on parle notamment à des jeunes, il y a des visions très sombres, très noires", explique Edwin Zaccaï. Et la clé, c’est donc de fournir à la population les données exactes de ce à quoi il faut s’attendre. "Ça permet de prendre des décisions par rapport à des achats immobiliers, par rapport à des activités diverses et variées. Par exemple, pour l’agriculture, c’est un peu anecdotique, mais dans des régions plus nordiques, on peut cultiver du vin, par exemple. On peut également avoir, au niveau touristique, certaines destinations qui deviennent plus agréables. Et le fait d’avoir moins de malades et de morts – c’est un peu particulier de parler ça en plein Covid – mais au niveau des grippes et au niveau de certaines infections dues à l’hiver, il y a une baisse à ce niveau-là".

Ainsi, l’information permet de faire des choix éclairés et cela peut avoir des impacts positifs. C’est ça aussi l’adaptation, point le professeur de développement durable. Même si, dit-il, "il ne faut pas se leurrer, ce sont les aspects négatifs qui dominent".

Réchauffement climatique: JT 26/01/2021

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