Réchauffement climatique: des abeilles plus petites, qui volent moins bien

Abeilles et bourdons, des pollinisateurs menacés
6 images
Abeilles et bourdons, des pollinisateurs menacés - © UMons

Un chercheur de l'UMons a passé 4 ans à mesurer des abeilles. Ses conclusions font un peu froid dans le dos. L'impact du réchauffement climatique se remarque sur le corps même des insectes. La taille des abeilles et des bourdons diminue. Cela fragilise les pollinisateurs, et pourrait avoir d'autres répercussions sur la faune et la flore.

C'était le sujet de sa thèse, présentée il y a quelques jours à peine. Maxence Gérard s'est penché sur la morphologie des abeilles. "Le but était de voir l’impact de différents stress, différents facteurs de déclin: parasites, pesticides, réchauffement climatique. Peuvent-ils engendrer des modifications de forme, de taille? Dans la littérature on a pu mettre en évidence que l’asymétrie pouvait augmenter". Le tout jeune Docteur de l'Umons a observé pas moins de 700 abeilles et bourdons. "Nous ne sommes pas allés les chercher dans la nature, nous avons travaillé en 'conditions contrôlées' comme on dit. Cela signifie que les spécimens ont été commandés à une firme spécialisée".

Quelles sont les conclusions de cette étude ? "Suite à certains stress, parasites et augmentation des températures, la taille des abeilles diminue et la forme des ailes change. Par contre, on n’a pas pu mettre en évidence d’augmentation de l’asymétrie."

Des modifications de taille et de forme des ailes, ce n'est pas anodin. "La taille est un facteur déterminant. Une abeille plus petite n'ira pas collecter des ressources aussi loin. Une modification des ailes peut à son tour avoir une conséquence sur la manœuvrabilité, le vol des abeilles, les performances de vol".

"Cette étude est intéressante, poursuit Denis Michez, professeur de botanique à l'UMons, car elle se place dans une réflexion globale sur les stress auxquels fait face la biodiversité. Particulièrement le stress thermique. C’est une des premières études qui montre que le réchauffement climatique peut avoir une influence sur l’apparence des pollinisateurs".

Avec ensuite des conséquences sur leur capacité à survivre ? "Il y a une relation claire entre la taille et les capacités de collecte de nourriture. Plus un animal est grand, plus loin il peut aller pour trouver des ressources. Plus sa taille diminue, plus c’est difficile". Des abeilles affaiblies risquent aussi de "moins bien travailler". "Il y a clairement un impact potentiel sur les plantes". Des problèmes de pollinisation vont entraîner des difficultés de reproduction pour les plantes. Qui dit moins de plantes, dit moins d'animaux. "On touche au cœur même du fonctionnement de l’écosystème et de sa capacité de résistance".

Dans son étude, Maxence Gérard ne s'est pas focalisé que sur la taille des abeilles en 2018. Il a analysé les paramètres "dans l'espace et dans le temps". "J'ai voulu savoir si les abeilles les plus grandes se trouvaient au nord, et les plus petites au sud. C'est ce qu'on retrouve souvent dans le règne animal. Voyez les ours : les plus grands, les ours polaires, sont en Arctique, et les plus petits, comme l’ours à lunettes sont plus au sud en Equateur". Il s'est plongé dans les archives. "J'ai comparé des dizaines de milliers de données". A l'arrivée, bingo ! "Les abeilles suivent la même tendance. Des plus grandes dans les régions plus froides. Quasiment que des bourdons au nord du cercle arctique (les bourdons font partie de la famille des abeilles, NDLR). Et des plus petites en Méditerranée".

Le scientifique montois a également voulu comparer la taille des abeilles dans le temps. "Savoir quelle était l'évolution, sur un siècle, en Belgique". Si vous avez bien suivi jusqu'ici, vous devriez émettre la même hypothèse que Maxence Gérard. "Le climat se réchauffe, donc au fil du temps, la taille des abeilles diminue". Hé bien non. Les résultats sont allés totalement à l'encontre de cette hypothèse. Fameuse tuile pour le chercheur ! "Au début tout du moins ! Mais l'intérêt est de parvenir à expliquer pourquoi les spécimens attrapés récemment en Belgique étaient plus grands que les spécimens anciens."

Selon lui, les abeilles qui ont "résisté", et donc que l'on trouve chez nous aujourd'hui, sont celles qui ont su faire face aux contraintes environnementales. "En Belgique, nous connaissons très fort le phénomène d'habitat fragmenté. C'est-à-dire que dans les champs, ce sont souvent des mono-cultures. Les haies disparaissent. On répand des pesticides. Tout cela est défavorable aux abeilles, a fortiori aux plus petites."

Doit-on rester les bras ballants face à ces constats ? N'y a-t-il pas de solutions ? "Les solutions sont toujours les mêmes, explique Denis Michez. "Plus de haies, plus de bandes fleuries, des habitats plus connectés, des cultures plus variées". Et bien sûr moins de pesticides.

La thèse de Maxence Gérard s'inscrit dans la droite ligne des travaux du Giec (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat). "On est en plein dans le développement biologique de ce que le Giec présente. Eux présentent des études sur le climat, la physique. Les biologistes commencent à publier de plus en plus sur les impacts de ces changements climatiques sur la biodiversité. On le voit très clairement avec ces canicules, et les taux de mortalité supérieurs qui s'ensuivent. Les effets peuvent également être plus indirects, comme nous venons de le montrer. Les abeilles survivent, mais subissent une modification morphologique qui impacte le comportement et l’alimentation".

Maxence Gérard va continuer ses recherches une année supplémentaire, au sein du laboratoire de zoologie de l'UMons, car sa thèse ouvre la porte à de nouvelles investigations.

Archive : Vews 21/05/2018

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK